Le rapport du ciel triste est le deuxième roman que publie l’écrivain et poète Sylvestre Le Bon, aux éditions Assyelle en France. Désormais disponible dans les librairies, ce texte poignant qui nous fait voyager dans le temps et l’espace, entre l’Allemagne, l’île Maurice et l’Argentine, entre le monde actuel et celui de la Seconde guerre mondiale, a été présenté au public mercredi dernier, notamment par un autre auteur, Gillian Geneviève, à l’hôtel Hennessy. Sylvestre Le Bon sera aussi l’invité du Café des lecteurs, à la médiathèque de l’Institut Français de Maurice, samedi 27 juillet, à 11 heures.

 

L’histoire que relate Le rapport du ciel triste est très différente du premier roman de Sylvestre Le Bon, Une destinée bohémienne, paru chez L’Harmattan en 2011, mais il y a fort à parier que les deux textes partagent des aspirations et des valeurs communes. Le premier narrateur, Alexandre, s’inscrit dans une quête identitaire qui va le mener en France, puis en Allemagne, sur les traces d’un père qu’il n’a pas connu. Il vit à Maurice et a été élevé par une famille mauricienne, mais tout un pan de son enfance lui échappe complètement, et devenu septuagénaire, il s’interroge sur ses véritables origines.

L’auteur nous confie qu’il a eu l’idée de ce roman, suite à un séjour en Allemagne en 2012, lors duquel il avait vu un documentaire sur les familles et les couples qui avaient été séparés par les horreurs de la Seconde guerre mondiale, notamment à cause des déportations en camps de concentration. Aussi a-t-il décidé de créer un personnage mauricien qui permette de relier notre pays à cette histoire. « La Shoah, nous fait-il remarquer, la Seconde guerre mondiale recouvre une réalité qui appartient aussi aux Mauriciens. Nous avons eu nous aussi des soldats mobilisés et des héros de la résistance. Nous avons eu aussi de triste mémoire des familles emprisonnées à cause de leur identité juive. »

Sylvestre Le Bon dédicace d’ailleurs ce roman à une grande tante, née à Maurice mais qui a vécu en France très jeune, et qui s’est engagée dans la résistance pendant la guerre. Cette combattante, qui ne voulait pas parler de son rôle dans la résistance, a inspiré un de ses personnages du Rapport du ciel triste, pour qui il imagine aussi l’histoire d’un amour impossible. Pour écrire ce roman, l’auteur s’est abondamment documenté sur la Seconde guerre mondiale, particulièrement sur le nazisme et ses monstrueuses exactions, ainsi que sur la survie dans les camps de concentration. Aussi, joue-t-il perpétuellement dans ce texte, entre la réalité vécue à cette période et la fiction de ses personnages et de leur destinée. Une des motivations de ce livre était notamment de s’adresser à la jeunesse mauricienne : « Beaucoup de gens ne savent pas ce qui s’est passé dans les camps de concentration. Particulièrement à Maurice, je me rends compte que les jeunes restent indifférents à ce pan essentiel de l’histoire contemporaine, qui appartient pourtant à notre réalité universelle. »

Un autre poète, Gillian Geneviève, a présenté ce livre à l’assistance mercredi soir, lors de son lancement à l’hôtel Hennessy. Cet ami de longue date, avec qui il partage sa passion et d’abondants échanges sur la littérature, était tout désigné pour l’exercice. Sans en dévoiler la trame narrative, il considère Le rapport du ciel triste comme un roman qui désarçonne le lecteur autant par la forme que par le fond. Il le déroute surtout à travers le caractère imprévisible et aléatoire de ses personnages, loin des caricatures, des clichés et des stéréotypes. « On peut ainsi aimer Wagner, Schubert, être profondément sensible à la beauté, à la musique, être capable d’empathie et d’amour, de désir et de quête spirituelle mais aussi participer à la solution finale en fonctionnaire zélé ; on peut aussi être né en Europe mais se retrouver fils adoptif d’un couple de jardiniers modestes dans une petite île perdue dans l’océan indien ; on peut avoir aimé une juive, avoir eu une maîtresse résistante, être un officier nazi froid et cruel et devenir par la suite écrivain public à l’écriture poétique et sensible en Amérique du Sud. »

Comme avec Ernest dans Une destinée bohémienne, on retrouve ici un personnage en errance et en quête de lui-même. Mais la structure du texte et les thèmes abordés semblent plus variés et complexes. Pour l’orateur, nous avons là « un roman de l’errance, mais aussi un roman de la mémoire, de la quête identitaire, un roman d’amour et de ses conséquences, un roman de la guerre et de la monstruosité de l’homme, un roman résolument contemporain qui interroge le déterminisme et le devenir, la nécessité de l’ancrage mais aussi le désir de l’exil et de l’évasion ».