Les débats parlementaires au sujet des amendements aux lois du travail se sont déroulés dans une atmosphère plus ou moins calme avec Shakeel Mohamed affichant une assurance tout au long de son discours. Dans son plaidoyer, le ministre du Travail s’est défendu d’être « enn zom patron », tout en se présentant comme un ministre ayant à coeur l’intérêt de la classe des travailleurs. Il a d’autre part été très critique envers certains syndicalistes, notamment le porte-parole de la General Workers Federation Ashok Subron, et l’hôtel St Géran qui, a-t-il soutenu, a été « indécent » envers ses employés.
C’est parce qu’il détient des informations selon lesquelles certaines personnes projettent « de mettre le pays à genoux » en organisant des grèves illégales et de tenir en conséquent, le pays en otage, qu’il a précipité les débats sur des amendements à l’Employment Relations Act et l’Employment Rights Act, explique le ministre Mohamed lors de la seconde lecture de ces amendements au Parlement. « Je n’ai en aucun cas de hidden agenda », martèle le ministre tout au long de son discours. Il accuse certaines personnes de profiter de certaines anomalies de la loi pour entamer des grèves, notamment dans le secteur du port, du transport et de l’industrie sucrière. « Certaines personnes sont concernées uniquement par leur succès », dit-il.
Au beau milieu de son discours, le ministre Mohamed prend pour cible un syndicaliste, sans pour autant faire mention de son nom, mais les journalistes ont vite compris qu’il s’agit d’Ashok Subron, le porte-parole de la General Workers Federation (GWF), l’accusant de vouloir copier « le Paul Bérenger des années 70 », à côté de qui « il » n’arrive pas à la cheville. Intervenant sur le droit de grève, le ministre réplique que certains syndicalistes induisent en erreur la population en interprétant mal les amendements proposés.
Le ministre du Travail n’a pas été tendre envers le St Géran, soutenant que l’établissement hôtelier a été indécent envers ses employés. Une rencontre au courant de la journée avec les représentants de la direction et leur avoué, avait eu lieu dans le bureau du ministre. Des questions et demandes de précision formulées par Shakeel Mohamed sont restées évasives ou flou. « Je suis dégoûté, déçu et agacé par l’insouciance de la direction de cet hôtel. Il s’agit d’un cas idéal à être considéré par l’Employment Promotion and Protection Division par l’Employment Relations Tribunal. » Cette instance, dont la création est proposée dans les amendements aux lois du Travail, sera chargée de déterminer, dans un laps de temps précis, si les redondance ou fermeture d’entreprises sont justifiées ou pas. « Arrêtez de vous cacher derrière des excuses de raisons économiques », lance Shakeel Mohamed.
Défendant les grandes lignes de l’Employment Rights (Amendment) Bill et l’Employment Relations (Amendment) Bill Shakeel Mohamed se défend en lançant : « Is this anti-union ? Is this zom patron ? » Le ministre du Travail a aussi énuméré : la création d’un cadre légal pour le shift work en le réduisant de 12 heures à 8 heures (en fonction des secteurs) ; l’introduction du concept de réintégration en cas de licenciement injustifié « on grounds of redundancy, discrimination and victimisation for participation in trade union activities » ; le service de conciliation avec le ministre comme médiateur lors d’une labour dispute « before a lawful strike takes place, only at the request of both parties to the dispute », entre autres propositions et nouveautés.
Ces amendements, selon Shakeel Mohamed, vont renforcer les relations industrielles et engendront des win-win situations en faveur de toutes les parties prenantes. Ils ont été élaborés en consultation avec le Bureau International du Travail (BIT). L’obligation pour tout employé d’obtenir de son employeur un « written statement of particulars of employment », est un « changement historique » dans les lois du travail, d’autant que ce document devra être traduit en Français et en Kreol. « Personne n’a jamais introduit le Kreol afin que le travailleur se sente en confiance », souligne-t-il.
Le leader suppléant de l’Opposition, Alan Ganoo, devait pour sa part réclamer un délai de quelques semaines en vue de préparer ses propositions. Le Premier ministre Ramgoolam a alors suggéré que les travaux soient ajournés au 29 mars, soit le vendredi saint. Devant le refus de l’Opposition, le mardi 2 avril a finalement été retenu pour la reprise des débats.