La Grande nuit de Shiva. Tel est le sens premier de la fête Maha Shivaratree. Mais, plus encore, que se passe-t-il pendant cette nuit sacrée pour les hindous ? « C’est pendant cette nuit que la divinité Shiva avait ouvert son troisième oeil pour éradiquer le mal en dansant le ‘Tandav Nritya’ », nous explique le pandit Narendra Sharma Ramchurn. D’où aussi son appellation : Kala Ratri (« la nuit de l’art »). Le pandit Ramchurn nous aide à faire le point sur ce qui fait de cette célébration une nuit si spéciale pour les dévots.
Cette année, selon le pandit Ramchurn, la Grande nuit de Shiva commencera à partir de 18 h le lundi 7 mars pour se terminer à 18 h le lendemain matin. Mais qu’est ce qui fait que cette nuit soit aussi spéciale ? « Certains penseurs et dévots pensent que, durant cette nuit, considérée comme étant de bon augure, Shiva récompense ses dévots d’un certificat de satisfaction. Durant toute l’année, les fidèles se sont engagés dans des prières, la méditation, les louanges et l’obéissance aux instructions de la divinité. Ont-ils satisfait ses attentes ? Ont-ils eu de la compassion envers leur prochain ? Se sont-ils libérés du sentiment d’égoïsme ? Ont-ils pardonné ? Durant la Grande nuit de Shiva, les fidèles étudient leur propre personne et évaluent leur progrès spirituel. Ils marquent une pause et sollicitent la grâce divine », selon le pandit Ramchurn.
Parmi les différentes caractéristiques de la divinité Shiva, on retrouve le blanc, symbole de pureté, d’absence d’obscurité et signifiant le triomphe de la sagesse sur l’ignorance. Les trois yeux de Shiva représentent la connaissance du passé, du présent et du futur. Le troisième oeil est celui de la connaissance. La peau du tigre symbolise la destruction des tendances bestiales et la maîtrise complète sur les désirs primaires.
Durant la nuit de Shiva, des prières sont dites en quatre étapes. La première a lieu entre 18 et 21h. La deuxième entre 21h et minuit. La troisième entre minuit et 3h et la quatrième entre 3 et 6h du matin. Parmi les offrandes ce jour-là, on retrouve des fleurs et des grains de riz. Mais aussi du lait pour la longévité, le « ghee » pour le salut, le miel, le jus de canne pour la santé, le sucre pour l’amitié, le limon pour la liberté et la noix de coco pour une vie confortable. Des prières sont dites en même temps que l’on fait les offrandes. Les fidèles récitent les 108 noms de Shiva.
S’agissant des pèlerins et les « kanwars » qu’ils portent, le pandit Ramchurn explique que ces structures « représentent le poids et les souffrances » dans notre vie. « Si nous suivons la bonne route, nous pourrons faire face aux multiples difficultés. Mais au départ, la forme des ‘kanwars’ était simple. Aujourd’hui, ils sont devenus plus complexes. Mais les mantras, les prières et les symboles doivent être compris de manière intelligente. La taille des ‘kanwars’ ne montre pas le degré de dévotion et de foi du dévot. Ces deux choses se trouvent à l’intérieur de nous-mêmes » dit-il.
Pour rappel, la légende veut que ce soit un religieux répondant au nom de Jhumun Giri Gossagne qui ait mené à la découverte du lac sacré de Grand-Bassin. On raconte qu’en 1897, il avait fait un rêve dans lequel il avait vu un lac ayant un lien avec le Gange. Il avait alors décidé, avec un groupe de personnes, de partir à la recherche de ce lac. « En 1897, il n’y avait pas de route au-delà de Vacoas et l’on ne pouvait voir que des arpents et des arpents de forêts. Bravant les obstacles, les chercheurs sont cependant parvenus à un bassin répondant à la description du rêve de Gossagne. Le lac et ses environs respiraient la paix. On l’appela le “Pari Talao”, soit le lac des fées, et par la suite il fut appelé “Ganga Talao”. À l’occasion du Ganga Dashera, le 21 juin 1972, de l’eau du Gange a été apportée à Grand-Bassin et des rites et rituels ont été observés. » Depuis, les pèlerins viennent y faire leurs prières, chanter des « bhajans » et écouter des chants dévotionnels. De retour du lac, les pèlerins rejoignent les autres fidèles le lendemain dans les temples de leur localité et y apportent l’eau du Grand-Bassin pour la verser sur le « Shivling ».