« Mahébourg, se enn vilaz ki finn abandone depi byen lontan. Oken devlopman pa pe fer. Li pe tom an rwin », lance Michel Fricot, 65 ans, un habitant de Mahébourg, qui se rend chaque matin sur le front de mer du village pour discuter de tout et de rien avec ses amis retraités. Il note avec beaucoup de regret l’état dans lequel se trouve le Waterfront. « Il n’y a rien d’attirant. Les bancs sont abîmés, les poubelles saccagées. Il n’y a plus d’entretien, comme c’était le cas avant. Il n’y a aucune animation les week-ends. Mais heureusement que des jeunes y viennent parfois en semaine », dit-il.

L’absence de toilettes sur le Waterfront, constate-t-il, complique davantage la situation des visiteurs, surtout des parents qui sont accompagnés de leurs enfants. « Les toilettes à proximité sont dans un état lamentable. Une odeur nauséabonde s’en dégage régulièrement. Il y a définitivement un manque de volonté de la part des autorités pour gérer cet espace comme il le faut », regrette-t-il.

Ce qui préoccupe Michel, c’est l’état des bâtiments historiques qui tombent en décrépitude autour du Waterfront. « Ces anciennes structures qui ont toute une histoire et qui faisaient la fierté des habitants ont été transformées en repaire pour les drogués. Il est triste de constater que de beaux bâtiments en bois, recouverts de bardeaux, se sont effondrés. Les autorités ne peuvent plus rester insensibles. Il faut donner une nouvelle vie à ces bâtisses qui peuvent être utilisées à des fins touristiques », suggère-t-il.

Michel ne veut plus entendre parler d’animations culturelles à Pointe-Canon où se dresse le monument dédié à l’abolition de l’esclavage. « Premyer fevrye pe aprose, ler la ki ou pou tande ki pou ena aktivite e la osi pa ankor sir. Enn zoli plas pe laise abandone », ajoute-t-il.

Akhmez Jaulim est lui aussi animé par un sentiment de révolte lorsqu’il constate que rien n’a changé au Mahébourg Waterfront. Il a encore en tête, dit-il, l’image de ce politicien qui était débout sur le Waterfront un après-midi et qui avait brandi une maquette pour annoncer comment il allait transformer Mahébourg en un village touristique avec plage artificielle, coin pour régates, une promenade de Ville-Noire jusqu’à la gare routière, l’aménagement de “food-courts” répondant à des normes sanitaires, entre autres.

« Je n’avais que 15 ans alors. J’avais cru en lui. Je rêvais. Par naïveté. Lorsque je retourne 20 ans en arrière, je me rends compte que c’était du bluff. Que de paroles en l’air ! Que de promesses pour avoir des votes ! C’est le contraire se passe aujourd’hui. Que voit-on ? Je vous cite un exemple. La rue Flamands, très fréquentée par les Mahébourgeois et les touristes, est devenue le lieu où les toxicomanes viennent prendre leurs doses quotidiennes au nez et à la barbe des policiers. Zot vinn bwar zot posyon siro touse. Kouma ou fer konplainte ek lapolis, zot touse kalme apre li rekomanse de ou trwa zour apre », ironise Akhmez qui travaille depuis plus de vingt ans dans cette localité, non loin du poste de police.

Akhmez abonde dans le même sens que Michel Fricot sur la question du patrimoine. « Mahébourg est un village fondé durant la colonisation hollandaise et est chargé d’histoire. Les autorités auraient dû tout entreprendre pour préserver son passé glorieux. Au lieu de cela, le village tombe en ruine. Il n’y a plus de développement à Mahébourg. Ce village où il faisait autrefois bon vivre est resté comme figé dans le temps. Personne ne prend d’initiative dans ce village qui regorge de richesses historiques. Si rien n’est fait à Mahébourg, on pourra y tourner des films d’horreur dans 10 ou 15 ans », lance-t-il comme une boutade.

Catherine Thelva, présidente du Mouvement Solidarité de Mahébourg, une Ong fondée il y a sept ans pour venir en aide aux femmes et aux enfants des pêcheurs, n’est pas tendre envers les autorités. Elle fait état de ce qui se passe sur le front de mer, la nuit. « Il y a une mère de famille qui vient presque tous les jours à cet endroit pour se prostituer. Je ne la défends pas. Je crois comprendre qu’elle a deux enfants et qu’elle doit trouver de quoi les nourrir. Si nous ne faisons pas attention au problème de la prostitution, il prendra de l’ampleur », prévient-elle.

Outre la prostitution, elle note que le fléau du chômage commence à toucher sérieusement la région. « Nous ne sommes pas dans les bons carnets des élus dans notre circonscription. Des habitants d’autres circonscriptions telles que Rose-Hill, Triolet et Port-Louis trouvent de l’emploi à l’aéroport de Plaisance ou dans les hôtels qui sont à dix minutes de Mahébourg. Mais il n’y a rien pour les Mahébourgeois. Étant cuisinière de formation, je n’arrive pas à trouver un emploi dans un hôtel malgré mes multiples démarches. Si ce n’est pas de l’injustice à notre égard, c’est quoi alors ? » s’interroge-t-elle.

Selon Catherine Thelva, il existe bel et bien des poches de pauvreté à Mahébourg. « Certaines familles de pêcheurs n’avaient rien à se mettre sous la dent pendant la première semaine de janvier avec le mauvais temps qui persistait. Nous n’avons pas pu rester insensibles. Nous nous sommes mobilisés pour leur venir en aide, surtout aux enfants. Nous sommes des citoyens comme les autres Mauriciens. Il est temps que nos élus et le gouvernement prêtent une oreille attentive à nos revendications », soutient la présidente du Mouvement Solidarité de Mahébourg.