Parlons de ce qui fait l’actualité, les 10e Jeux des Îles de l’océan Indien. Pour dire d’abord bravo à tous ceux qui défendent les couleurs de leur pays et surtout aux vaillants représentants de notre quadricolore et, ensuite, saluer le spectacle qui a été offert pour l’ouverture officielle de ces Jeux.

Or, le beau peut aussi côtoyer le grotesque avec la plus grande insolence. Dommage qu’il n’y ait pas une médaille d’or du grotesque, la compétition aurait été féroce. Des exemples quotidiens de la politisation des Jeux nous ont été offerts depuis que les préparatifs ont commencé pour leur tenue sur le sol mauricien. Ce qui devait être une grande fête de l’unité et de la fierté nationales a été sacrifié sur l’autel de l’outrance partisane.

Le parcours de la flamme des Jeux a été transformé en pèlerinage des politiciens du gouvernement. La flamme passe dans la circonscription Grand Baie/Poudre d’Or. C’est évidemment le ministre Ashit Gungah qui pose avec la flamme pour les caméras paillasson de la MBC.

La flamme doit arriver au Stade Anjalay pour la cérémonie officielle d’ouverture en passant par Rivière du Rempart. Qui d’autre pour l’accompagner et faire un grand discours pour la télévision sous tutelle si ce n’est Ravi Rutnah, député de la circonscription?

SAJ ne pouvant évidemment pas être de la course et Vishnu Lutchmeenaraidoo ayant déjà quitté la piste, la MBC, qui n’est jamais en manque d’imagination lorsqu’il s’agit de montrer tout ce qui touche de près ou de loin aux locataires de l’Hôtel du gouvernement, a vite fait de trouver un “sparring partner” idéal. Elle a ainsi choisi de braquer sa caméra sur Prakash Maunthrooa, figure du MSM qui a depuis longtemps investi le No 7, sans pour autant être assuré d’une investiture à une prochaine échéance, fut-elle partielle ou générale. Il est quand même curieux que ce personnage qui intéresse tant la MBC n’ait pas été aussi filmé lorsqu’il gravit les marches du tribunal de Port-Louis, assigné régulier qu’il est à comparaître dans l’affaire Boskalis.

Ils ont tellement eu envie de se mettre en avant en espérant qu’ils amélioreront leur image qu’ils ont fini par oublier ce qui est essentiel. On a fait croire que tous les billets de toutes les compétitions avaient été vendus au point où même les proches parents des compétiteurs ont obtenu leur ticket à la dernière minute mais il a quand même fallu ouvrir grandes les portes de certains sites de compétition pour remplir des gradins désespérément déserts et libérer fonctionnaires et employés de certains organismes para-publics pour être assuré du nombre.

Ils ont tellement cru eux-mêmes en ce surbooking, brandi comme la manifestation d’un engouement sans précédent pour les Jeux avant même qu’ils commencent, qu’ils ont, en catastrophe, dû organiser des “fan zones” avec écran géant pour la retransmission des épreuves. Sauf que celui de Rose-Hill, par exemple, n’a attiré que quelques curieux.

Or, les “fan zones” ne sont pas une mauvaise idée, mais fallait faire comme les footeux, acquis à Liverpool et Manchester United, les organiser dans des gymnases ou salles couvertes. Plus agréables en ce temps d’hiver et, surtout, plus convivial les aussi. Avec l’avantage de résoudre, en plus, le problème de parkings autour des sites de compétition.

Ces couacs sont cependant bien moins importants que l’effroi national ressenti, jeudi, lors du match de football opposant Maurice aux Seychelles. Si quelques jours auparavant, à Côte d’Or, il n’y avait que le mot bijou dans la bouche des dirigeants, jeudi, c’était plutôt la mot boue ou bourbier qui était sur toutes les lèvres. Une véritable honte de jouer le match d’ouverture sur une telle pelouse!

Et pourtant, il y a à peine un mois à la mi-juin, le directeur des Jeux, Jean Pierre Sauzier, avait assuré qu’il n’y avait rien d’inquiétant. Malgré le mauvais état de la pelouse, exactement comme il est aujourd’hui et, pour cela, il n’y a qu’à aller revoir le reportage fait par Le Mauricien et les photos qui l’accompagnent, il assurait que tout serait en état pour les Jeux. Non, c’est sans doute pire qu’il y a un mois.

Et que l’orange de service, Stéphane Toussaint, ne vienne pas nous raconter des fadaises au lieu d’assumer la responsabilité de cette embrouille. Oui, en hiver, il pleut tous les jours à Curepipe. Et dans toute la région, d’ailleurs. Cela n’empêche pas l’entretien et surtout le recours à des personnes passionnées qui, comme dans le temps, veillaient à la qualité de la pelouse comme si c’était leur propre jardin. Et au stade, comme si c’était leur seconde maison.

Si le ministre des Sports s’aventure à un jet de pierre de sa circonscription, il constatera que le joli petit terrain de foot de Mangalkhan est, lui, dans un état impeccable. Qu’il pleuve à Curepipe n’est pas une excuse. Maurice a remporté par deux fois, en 1985 et 2003, la médaille d’or de foot sur ce même terrain et les rencontres se sont disputées à la même période hivernale.

Qu’est-ce qu’il nous raconte, donc, ce ministre! Ceux qui sont responsables de ce désastre méritent un gros carton rouge, pas seulement le petit employé du stade. En fait, Ils ont placé et ils planquent encore tellement leurs agents partout que l’on se retrouve forcément dans une situation d’improvisation permanente. Avec les résultats que l’on a vus.

Au-delà des ratés qui doivent donner à réfléchir à ceux qui croient que tout politiser rapporte des dividendes, restent la beauté de la compétition, le frisson de la médaille, la communion derrière les couleurs nationales. Qu’on se le dise, le pays est plus grand que ceux qui se comportent comme s’ils en étaient les propriétaires. Le drapeau national est bien plus rayonnant que ceux qui se drapent dans la petitesse et le sectarisme politique. À tous ces jeunes qui se sont investis, sacrifiés, un seul message: on vous soutient. Allez Maurice!