Ils sont trois spécialistes de la profession médicale, carriéristes de renom, qui, dans une lettre ouverte envoyée au ministre de la Santé Lormus Bundhoo, déplorent « plusieurs manquements à l’éthique médicale ». Ils citent entre autres des avis publicitaires émis par « certaines cliniques privées qui contribuent à ce manque de respect envers notre profession et qui la ternissent ». Les docteurs Guy Adam, Anil Banymandhub et Paul Teckham, auteurs de cette correspondance rendue publique hier dénoncent « le laxisme des autorités face à ces actes irrespectueux envers l’éthique où tant le Medical Council que certaines cliniques privées sont concernés ! »
Dans leur missive adressée à Lormus Bundhoo, les Dr Adam, Banymandhub et Teckham relèvent la « mauvaise gestion du Medical Council et le manque d’éthique de certaines cliniques ». Dans un premier temps, ces trois médecins déplorent « le non-respect de l’éthique dans la profession médicale en ce qu’il s’agit, par exemple, de publicités ». Diverses cliniques, notent-ils, « se sont laissé aller à publier des encarts publicitaires dans les médias ces derniers temps, ce qui est totalement à l’encontre du code déontologique régissant le corps médical ».
Admettant que « nous sommes conscients que, nous, en tant que professionnels du privé, tenons pour responsables certaines cliniques, donc le privé, pour ces écarts, nous ne pouvons, nous, médecins locaux, rester insensibles et les bras croisés face à cette situation, même si le Medical Council, lui, ne dit pas un mot ».
Les Dr Adam, Banymandhub et Teckham, dans leur correspondance au ministre Bundhoo, sollicitent de ce dernier qu’il réagisse par rapport au « manque de rigueur de la part du Medical Council sur plusieurs points relatifs au respect de l’éthique ». Les trois signataires de la lettre ouverte à Lormus Bundhoo ajoutent aussi le fait que « le système étant ce qu’il est à Maurice, nous n’avons, hélas !, pas de bel espoir que les autorités bougeront le petit doigt pour stopper ce type de malpractices… »
“Perplexes…”
La lettre ouverte des trois médecins du privé se décline en trois parties. La première gravite autour du Continuous Professional Development (CPD), un projet annoncé « à grands renforts d’investissements et de bla-bla à ce stade », estiment ces médecins, interrogés par Le Mauricien. Or, relèvent nos interlocuteurs, « pour rendre opérationnel un projet comme le CPD, en France ou en Angleterre, cela a requis huit ou neuf ans à ces pays et leurs autorités concernées. Alors qu’à Maurice, on nous vend le fait que cela sera chose faite “dans trois mois” ! Si ce n’est pas une farce, ça y ressemble beaucoup ! »
La première mention du CPD avait été faite il y a quelques mois et ce projet devait être opérationnel, initialement, en octobre dernier. Après quelques représentations auprès des autorités concernées, la date butoir a finalement été repoussée à fin janvier 2014. Il faut savoir que le CPD implique dans sa mise en route, l’élaboration, avec la concertation et la participation du corps médical national, d’ateliers de travail et de sessions de formations ; car il s’agit bien là de formation évolutive et continue pour la profession.
Les Dr Adam, Banymandhub et Teckham soulignent que « nous souhaitons que ce projet se réalise avec tout le sérieux et le professionnalisme qui vont de pair. Mais nous craignons qu’un certain degré d’amateurisme pénalise le CPD et que le professionnalisme en pâtisse, par incidence ». (Voir plus loin)
Ces médecins étayent leurs propos par le fait que « le ministre Bundhoo, sollicité pour réagir sur ce point, a laissé comprendre que le CPD ne pourra se réaliser avant quelques années. En revanche, sur le site web du Medical Council, il est clairement stipulé qu’à “fin janvier 2014”, ce projet sera implémenté. Ce qui nous laisse plutôt… perplexes ! »
CPD : projet “esquissé”
Nos interlocuteurs continuent : « Il y a toute une structure à penser et à mettre en place, et ce, avec la contribution et la participation des médecins ! Dans la formule telle qu’il est présenté, le CPD ressemble à un projet à peine esquissé et encore moins, ficelé ! » De fait, font-ils remarquer, « si en janvier le projet est mis en route, tout médecin, s’il n’a pas pris ses précautions et qu’il ne suive pas le programme établi, admettons qu’il a prévu d’être en congé, par exemple, risque bien de perdre les deux points précieux conférés par le CPD. Ce qui n’est pas juste. »
Les trois médecins élaborent : « Le CPD implique, de manière générale, la mise en place de groupes de médecins, professionnels, spécialistes, soit des peer groups, de même que l’élaboration, avec concertation des médecins concernés et d’organismes avérés, de programmes de travail pour soutenir ces sessions de formations. C’est un projet fort louable, dans la mesure où il entraîne la nécessité pour la profession de rester en contact avec tout ce qui se fait dans ce monde et d’être, ainsi, à la pointe dans ce domaine. » Dans la formule proposée, le CPD exige que tout médecin parvienne à accumuler 30 points sur trois ans. Mais, durant la première année, il est obligatoire pour chaque médecin d’obtenir 10 points afin de pouvoir continuer à pratiquer.
En point d’orgue, les Dr Adam, Banymandhub et Teckham notent : « Nous avons des principes et nous ne voulons pas que notre profession soit traînée dans la boue. Maintenant, la balle est dans le camp des autorités concernées… »
Et de lancer un appel au corps médical, en général : « Nous sommes ouverts à nos confrères qui souhaitent nous donner un coup de main dans cette entreprise. Toute initiative en ce sens est la bienvenue. »