J’ai en tête cette image de La Mort, celle qui illustre cet écrit. Il me semble que dans une enfance lointaine, peut-être même une autre vie, cette image, gravée sur une carte du Tarot de Marseille, m’a quelque peu choquée, voire fait tressaillir de peur… Mais la mort, depuis, je l’ai mieux comprise et je tiens ici à préciser que ma pensée à ce sujet est très personnelle, intimiste. L’objectif étant de pousser ceux qui auront la bonté de me lire, à réfléchir sur ce volet de la vie elle-même, qui nous effraie beaucoup trop ces jours-ci.
Je constate de plus en plus cette peur de mourir et cela m’interpelle au plus haut point vu que la mort est notre seule certitude. Dès l’âge de raison, nous pouvons comprendre dans une certaine mesure ce qu’est mourir. Nous en faisons peut-être l’expérience, mais beaucoup d’entre nous y sont aussi confrontés par le biais de l’éducation religieuse. La plupart des traditions spirituelles invoquent la mort comme une forme de libération, un retour au Créateur ou la réincarnation. Nous savons donc que c’est la seule chose inévitable à la vie humaine, mais qu’il ne s’agit pas d’une finalité en soi, mais plutôt d’un rite de passage. La mort, comme notre destin, relève du défini… nous sommes nés pour mourir et c’est ainsi que se poursuit le cycle de la création.
Mais, nous vivons dans un monde où nous sommes amenés à croire que la mort peut être indéfiniment remise à plus tard. On nous vend de belles promesses de survie à tort et à travers. On nous offre de nous ‘battre’, de ‘lutter’… contre le cancer, le cholestérol, le diabète, les maladies du ‘coeur’, le stress et toutes ces gravités du monde moderne. On nous rappelle constamment les contrôles médicaux, les analyses de sang, les biopsies… il faut se coller un machin ici, un truc là-bas; est-ce que le sang est assez ‘ceci’, les cellules assez ‘cela’? Faites du sport, mangez maigre, prenez du thé vert… non, non, gare à la caféine! Mettez-vous de la crème solaire, attention au cancer de la peau… non, non, plutôt faites attention aux produits que contient cette crème. Mangez des légumes, mais attention aux pesticides… et la viande alors? Salmonelle, fièvre aphteuse, grippe aviaire… ça vous dit?
Mais au-delà de maintenir une bonne santé, est-ce que nous nous demandons si cela est nécessaire ? Si notre ‘heure est arrivée’, dans quel but nous battons-nous pour survivre ? Il est normal qu’un jeune père de famille veuille s’accrocher, puisqu’il doit pourvoir aux besoins des siens ; qu’une mère atteinte du cancer veuille pouvoir voir son enfant grandir ; que tant d’autres personnes qui ont encore un rôle à jouer essaient de rester le plus longtemps possible pour les accomplir, et cela, je le comprends entièrement. Mais qu’en est-il de ceux qui ont tout accompli ou presque? Au risque de choquer, bon nombre de ceux qui s’accrochent à la vie, de mon point de vue, ne le font que par crainte de la mort, ou ont simplement oublié qu’il est normal de mourir, puisqu’il existe aujourd’hui des traitements et médicaments que les médecins et leurs copains des groupes pharmaceutiques nous conseillent fortement. Et on n’y réfléchit pas à deux fois. On ne se pose aucune question sur notre qualité de vie suite à cette ‘extension’ ou quant à la nécessité même de « demeurer » ici. Si nous avons tout accompli, n’est-il pas un peu égoïste, peut-être même lâche, de ne pas céder la place aux autres pour que le cycle naturel de la vie puisse se poursuivre ? Cela ne va-t-il pas à l’encontre de ce que dictent beaucoup de nos enseignements spirituels ?
Remarquez que notre planète a une population tant grandissante que vieillissante, et il lui est de plus en plus difficile de la soutenir. Nous sommes à court d’eau, de nourriture et de toutes ces ressources naturelles essentielles à notre survie, parce qu’il semble, de par notre résistance à la mort, que nous allons contre-nature; nos réserves s’épuisent. En termes démographiques, en particulier dans les pays développés, mais aussi à Maurice, cela donne une pyramide inversée. Ceci signifie que la tranche de personnes toujours économiquement actives est relativement insuffisante comparée à celle qui ne participe plus, ou pas encore à l’économie. Si nous examinons les choses à Maurice, combien de ‘jeunes’ se trouvent au sommet des hiérarchies? Combien sont-ils frustrés à attendre que ceux qui ont eu leur chance d’exercer se retirent ponctuellement?
Depuis la nuit des temps, notre planète s’équilibre seule. Toutes nos sciences et croyances nous le démontrent. Ainsi, elle continuera seule son cycle de vie et de mort, même si l’humain refuse de s’y prêter. Ce que nous voyons tous les jours… toutes les catastrophes qui clament des vies innocentes, tout ce qui tue les enfants : les virus, les atrocités de guerre, les tremblements de terre ou tsunamis… c’est la planète qui se rééquilibre. Il s’agit d’un constat. Puisque nous voulons vivre plus longtemps, alors que notre cycle de vie est de durée déterminée, elle doit quelque part rétablir la balance. Non? Si ceux que La Mort vient chercher refusent de s’en aller, elle doit bien trouver ses passagers ailleurs. Est-ce si difficile de comprendre que nous avons chacun un rôle à jouer, et que nous devons simplement nous retirer quand il se termine et que notre Créateur nous le demande?
Nous nous devons cette réflexion à titre individuel. Nous devons nous poser librement des questions sur notre utilité, le but de notre vie, les leçons que nous retenons… et si nous avons le sentiment du devoir accompli. Même si ce n’est pas le cas bien souvent, notre vie s’arrêtera… parce que ce Créateur, qui a un plan bien plus grand et bien plus important que le nôtre (ainsi va ma conviction), en a décidé ainsi. Avons-nous quelque chose à gagner à prolonger notre vie lorsque nous sommes ‘condamnés’, en particulier quand nous jouons le jeu de tous ceux qui en profitent, soit ceux du ‘commerce’ médical?
Il est grand temps de laisser la nature suivre son cours, et d’arrêter de faire de la mort un plan de survie… mais cela, bien entendu, est tout simplement mon humble avis.