Lors de la traditionnelle messe du Travail hier à l’église de la Sainte Famille, Rose-Belle, le père Jean-Maurice Labour, est revenu sur les crises qui secouent le pays. Il a plaidé pour un travail sur les structures, les mentalités et les coeurs. Les scandales financiers, la crise des institutions et la recrudescence des violences sexuelles, entre autres, ne doivent pas laisser indifférents, mais provoquer une remise en question, a-t-il fait ressortir.
« Notre pays fait face à des crises successives préoccupantes ; comme d’habitude, ce sont les pauvres qui payent le prix fort. » Le père Jean-Maurice Labour, n’est pas passé par quatre chemins pour dénoncer avec force, les scandales qui ont éclaboussé le pays récemment.
Revenant d’abord sur les inondations du 30 mars dernier, Jean-Maurice Labour a dénoncé l’irresponsabilité de certaines personnes, allant de l’homme de la rue aux décideurs politiques. « Ces événements sont venus remettre en cause la question de bonne gouvernance, la politique de logement, la manière dont la terre est gérée, les permis de construction dans les endroits dangereux, ainsi que la capacité de nos services d’urgence en situation de crise. » De même, il a invité le citoyen à réfléchir quant à sa responsabilité envers l’environnement.
L’autre sujet qui mérite qu’on s’y attarde, selon le vicaire général, est le scandale financier qui a révélé les fortes sommes d’argent en circulation dans le pays. À l’opposé de ces montants astronomiques, devait-il ajouter, les pauvres doivent se contenter des maisonnettes de 31 mètres carrés parce qu’il n’y a pas suffisamment d’argent pour leur offrir une maison qui respecte leur dignité.
Revenant sur les affaires d’arnaques qui défraient la chronique, le père Labour a dénoncé les « spéculateurs véreux assoiffés de gains faciles qui ont à la fois abusé de la confiance de victimes innocentes et blanchi l’argent issu de trafics illicites. » Il s’est dit aussi préoccupé par l’ampleur que prennent les jeux de hasard. « L’appât du gain facile, l’idolâtrie de l’argent fait perdre la tête, même à certains responsables religieux. »
La dégradation des valeurs morales démontrent que la société passe par une « profonde crise qui secoue toutes les couches de la population », a souligné le père Jean-Maurice Labour. Devant une telle situation, il ne suffit pas de regretter, mais de s’indigner, a-t-il ajouté. Le plus préoccupant, c’est que les institutions « censées être des garde-fous » ouvrent la porte au laxisme.
Faisant référence au cas d’abus sexuel allégué au MITD, où l’enseignante « qui a eu le courage de dénoncer le cas » ainsi que la psychologue « qui a fait son rapport professionnel », ont toutes deux été suspendues, le vicaire général a relevé la gravité du problème. « Ce cas est extrêmement grave puisqu’il constitue un détournement de la loi par l’autorité de tutelle qui est censée veiller à son application. Comment inspirer confiance à tous ceux et celles qui veulent lutter contre les abus sur les enfants ? »
De même, il s’est arrêté sur les « nombreuses institutions de notre République, gangrenées de l’intérieur et qui semblent souvent être protégées par des intérêts corporatistes ». Devant toutes ces situations, le père Jean-Maurice Labour a invité à ne pas se comporter comme Pilate, « l’assoiffé du pouvoir » qui a livré Jésus, même s’il savait qu’il était innocent, « par peur de perdre sa place. » Il a ainsi plaidé pour que la fête du Travail 2013 soit l’occasion d’une reconstruction. « Une fête du Travail qui remet en question nos fonctionnements, une fête du Travail qui prend racine dans l’espérance qu’une autre île Maurice est possible. »