Le ministre des Finances n’a pas eu besoin d’entendre la polémique sur la publicité interdite par l’IBA pour annoncer, vendredi, une série de mesures qui devraient remettre de l’ordre dans le secteur de l’automobile et donner un choix plus libre aux consommateurs. Et c’est sans surprise que les avis des professionnels du secteur divergent sur le budget.
Parmi les mesures annoncées par le Grand Argentier : la baisse de 5% des droits d’accises sur les véhicules entre 1000cc et 1600cc, la baisse de 30% de droits d’accises sur les véhicules hybrides de moins de 1600cc, l’abolition des droits d’accises sur les voitures électriques jusqu’à 180kw, ou encore la suspension de la taxe carbone, introduite en 2001. Des mesures qui, dans l’ensemble, ravissent les membres de la Motor Vehicles Dealers Association (MVDA).
Dans un communiqué émis hier soir, son président, Vivian Serret, remercie le ministre des Finances et lui dit “bravo d’avoir eu le courage de remettre de l’ordre dans notre secteur d’activité”. La MVDA accueille ainsi “très favorablement” les baisses de taxes introduites pour booster les achats de voitures écologiques et économiques, en l’occurrence le 100% duty free sur les véhicules électriques et la révision à la baisse de la registration duty sur ces mêmes véhicules, la réduction de 30% des frais de douane sur les véhicules hybrides, ce qui, selon les concessionnaires, viendra mettre des voitures plus propres et économes sur le marché, et la baisse de frais de douane sur les petites cylindrées de moins de 1600cc pour palier la perte du “CO2 rebate”.
Une voiture pas taxée
 “La MVDA constate avec grand plaisir que, désormais, et pour la première fois, un véhicule vendu à Maurice sera taxé à 0%. C’est un premier pas vers une détaxe future sur d’autres voitures, pour toutes les familles mauriciennes”, indique Vivian Serret. Cependant, l’association des concessionnaires trouve “dommage et triste que la taxe CO2 recommandée par le FMI, l’AFD et la MVDA ait dû être abolie en raison des manipulations de nos lois par certains acteurs de notre secteur qui ont abusé de ce système.”
Elle dit soutenir totalement cette décision qui va ramener de l’ordre dans le secteur. “La MVDA espère sincèrement que, dorénavant, les actions non conformes aux lois seront choses du passé afin que la confiance puisse revenir au sein du marché de l’automobile à Maurice. Il y a de la place pour tous dans un marché sain, juste et équilibré”, souligne Vivian Serret.
 La Dealer in Imported Used Motor Vehicle Association (DIVA) accueille quant à elle de façon mitigée les annonces budgétaires concernant le secteur de l’automobile. Ainsi, si d’un côté la baisse des frais de douane sur les véhicules de moins de 1600cc (quelque 50%) et les véhicules hybrides (30%) est favorablement accueillie par les importateurs de véhicules de seconde main, de l’autre, ils déplorent que cette seconde baisse n’aura pas d’impact du fait de la suspension de la taxe carbone.
Zaid Ameer, président de la DIVA, estime qu’il faudra trouver des solutions au plus vite afin que les gros véhicules polluent moins le pays et, dans le même temps, il faudra s’assurer également que plus de véhicules disposant des technologies qui permettent de réduire l’émission de carbone bénéficient d’un rebate. Dans cette optique, la DIVA souhaite des actions urgentes afin que le pays respecte ses engagements pris pour la COP21.
Déception chez les importateurs
Parallèlement, les importateurs de voitures de seconde main regrettent que le budget 2016-17 remette en cause la valeur de dépréciation des véhicules importés. “Auparavant, nous avions une price list du Japon et nous bénéficiions d’une baisse de 25% sur cette price list. Treize ans plus tard, on ramène cette dépréciation à 5 %. Ce n’est pas correct”, dit Zaid Ameer.
Il déplore également le taux de dépréciation de 56% ramené à 50% sur les véhicules de quatre ans. “Cela aura des conséquences graves sur les ventes. Dorénavant, nous aurons des véhicules de quatre ans, types Allion ou Toyota Corolla, à Rs 50 000 plus chers. Idem sur les petites cylindrées type Nissan March ou Toyota Vitz, ou Honda Fit de 1190cc, qui coûteront Rs 25 000 plus cher”, dit-il.
La DIVA est d’avis que ces nouvelles mesures pousseront les consommateurs à se tourner vers les véhicules de bas de gamme. Dans cette optique, l’association compte envoyer dès demain une lettre au ministre des Finances, sollicitant une rencontre urgente afin de discuter de ces nouvelles mesures.