Quel impact a la technologie sur la démocratie et vice versa ?? Cette question a été abordée la semaine dernière sous la forme d’un débat au Mother Courage Centre, à Moka. Une initiative du Centre for Alternative Research and Studies (CARES), en collaboration avec Rezistans ek Alternativ.
Intitulé “Technology, Democracy and Opencracy”, le débat de mercredi soir au Mother Courage Centre a été retransmis en direct sur Internet. « Nous souhaitons mettre en place cette technologie de “live streaming” comme nouveau moyen de communication », dit Ashok Subron, de Rezistans ek Alternativ, qui pense implémenter une telle logistique à l’avenir. Le débat a mis en perspective les avancements apportés à la communication, à la production et à la consommation grâce aux technologies. « Laplipar zafer pe prodwir ena enn par dizital, que ce soit dans le secteur automobile, immobilier ou sucrier », a fait ressortir Ashok Subron. Cette technologie, a-t-il souligné, a été créée « pour faciliter le travail des hommes ». Et aujourd’hui, sa tâche a évolué, notamment avec l’avènement de l’Internet, souligne-t-il. « La production peut désormais se faire à partir de différentes parties du monde. Nul besoin d’être dans la même pièce pour travailler ensemble. Différents secteurs collaborent désormais de cette manière », a soutenu Ashok Subron. La distribution, précise-t-il, a également changé avec, entre autres, les achats en ligne.
L’omniprésence des téléphones portables au sein de la population a aussitôt été relevée. Dans cette optique, l’intervenant a fait ressortir que la société dépend de la technologie, qui procède grâce à des programmes. « Ceux qui contrôlent ces programmes, a-t-il observé, contrôlent la société. (…) Ces programmes utilisent des codes pour fonctionner et appartiennent à des géants, tels Bill Gates pour Windows ou Mark Zuckerberg pour Facebook. Les codes sont gardés secrets. Li met enn lisans ek nou pa gagn kod-la. » Ces grosses compagnies, a indiqué Ashok Subron, évoluent souvent en étroite collaboration avec l’État. Comme l’a révélé Edward Snowden à travers la controverse de la National Security Agency (NSA), la question relève dès lors du niveau de contrôle et de la surveillance des citoyens, qui reviennent finalement aux droits des hommes et de la démocratie. « Quelle quantité de contrôle et quel est l’intérêt de contrôler les technologies ? » a-t-il demandé. Ashok Subron devait dès lors plaider pour l’utilisation de logiciels libres, qui peuvent être utilisés, modifiés et redistribués sans restriction par celui à qui il a été distribué. « Ainsi, les citoyens ont le contrôle de ce qui dirige leur vie. Il faut démystifier ces programmes afin qu’ils soient rendus publics pour que nous sachions ce qui est bon ou pas. Nous pourrons dès lors l’améliorer », a-t-il déclaré.
Ces logiciels libres, a soutenu David Sauvage, ingénieur logiciel, permettent aux utilisateurs de partager ce qu’ils ont développé. « C’est comme un jardin où les gens viennent mettre leur code », explique-t-il. Une notion de contribution se développe alors et un modèle de communauté apparaît. À titre d’exemple, debian.org et lautre.net, entre autres, ont été cités. Le premier nommé a été créé en 1992 et contient des données de 30 années de développement technologique. « Le fait que tous les utilisateurs peuvent utiliser un code et le modifier permet à un programme d’évoluer plus rapidement », indique David Sauvage. Le géant Apple, a-t-il ajouté, a récemment implémenté un logiciel libre. « Major components of Mac OS X are made available under Apple’s Open Source license, allowing developers and students to view source code », cite le site officiel d’Apple, qui parle notamment de la création d’une communauté de logiciel libre.
Pour sa part, Stephan Gua, de CARES, a, lui, évoqué la thématique des “new political dynamics” rendues possible grâce à l’Internet. Se basant sur la thèse du Pr Gilbert Achcar, l’intervenant est d’avis que le Printemps arabe « n’est pas une révolution, mais un processus révolutionnaire qui est survenu en grande partie à cause de l’avènement du néolibéralisme et du “patrimonial state” », avant de poursuivre que « l’apport de la technologie et de la communication a été important dans ce mouvement ».
Par ailleurs, la question du “copyright” a également été au centre des discussions. Dans ce contexte, la technologie, a argué Ashok Subron, permet de distribuer des connaissances presque gratuitement. « C’est cela, la révolution ?! » a-t-il déclaré. Deux cas ont été cités : celui d’Éric Triton, qui a mis fin à son contrat chez Universal et distribue depuis ses albums uniquement lors de ses concerts, et celui de Jean-Marc Volcy qui, le temps d’une représentation à Maurice, avait rempli un stade et avait déclaré que « s’il n’y avait pas eu de piratage, il n’y aurait pas eu de foule ». Selon Stephan Gua, la numérisation a changé le marché de l’art, surtout celui du domaine musical. « À l’époque, les musiciens vivaient des recettes que générait leur album. Désormais, ils vivent de l’argent récolté à travers leur concert », affirme-t-il, avant d’avancer que le mode de ventes des albums doit être revu. Une quarantaine de personnes étaient présentes au Mother Courage Centre, à Moka, et environ quatre autres visualisaient la diffusion des débats en ligne.