Francis Perrin offre un exceptionnel moment de théâtre avec Molière malgré moi. Une pièce écrite, mise en scène et interprétée par ce comédien de grande expérience. Il célèbre avec talent le dramaturge et lève le rideau sur la vie de Jean-Baptiste Poquelin, dont l’existence ne fut pas toujours des plus drôles.
Peignoir en satin et perruque grisonnante. Seul en scène, Francis Perrin narre les quinze dernières années de Molière. Il est à la fois le narrateur qui situe l’action dans le temps ou celui qui lance un commentaire bien placé dans le public. Et incarne non seulement Molière, le chef de troupe, mais aussi Jean-Baptiste Poquelin, cet homme blessé par les traîtrises de ses amis et les trahisons sentimentales. Ces aléas donneront matière au dramaturge. Molière a en effet beaucoup mis en scène des épisodes de sa propre vie.
La genèse des pièces de Molière semble soudain plus claire à la lumière de ce monologue joué au Théâtre Serge Constantin. Une amusante et sensible balade dans les coulisses d’une existence mouvementée. Nous avons pu apprécier le jeu du comédien selon les émotions et selon les nombreux personnages interprétés. La prestance du Roi Soleil, la diction heurtée de Jean-Baptiste Poquelin, et celle, servile, d’un quelconque valet. Quand ce n’est pas le ton détaché et narquois du narrateur. L’on comprendra pourquoi la farce est préférée à la tragédie.
Francis Perrin donne la parole à Molière à travers un récit structuré. Il met en lumière succès publics et épreuves personnelles. Aussi bien les oeuvres interdites de représentation, la jalousie des autres troupes, les détracteurs, le bûcher préconisé pour ses oeuvres et pour le dramaturge, la perte de deux enfants, la maladie…
Au fur et à mesure du spectacle, la fougue du comédien mue imperceptiblement en tristesse, et progresse jusqu’au déclin de Molière. On se figure sans mal un homme miné par la maladie, trompé par sa jeune épouse. Mais qui reprend vie sur les planches pour jouer Le malade imaginaire, malgré sa quinte de toux tuberculeuse. Ce sera l’ultime représentation de Molière. Il est évacué de scène sous les applaudissements du public, alors que l’homme de théâtre se meurt vraiment.
Francis Perrin ne conclut pas sur une note triste. En un bond dans le temps, le comédien nous emmène à la cérémonie de remise des Molières. Et le Molière du meilleur auteur est décerné à… Jean-Baptiste Poquelin ! Mais la plus belle récompense est sans doute que nous parlions toujours la langue de Molière. Merci au sieur Perrin de nous le rappeler avec autant de panache.