À Maurice, c’est un fait, la protection animale n’est pas vraiment une préoccupation majeure, que ce soit de la part des autorités ou de la population générale d’ailleurs. Chiens errants, chauve-souris, animaux d’élevage, chevaux en fin de vie… Autant d’espèces qui mériteraient pourtant un tantinet plus d’attention, et ce dans le respect et la dignité que l’on leur doit. Autre cas, et non des moindres : celui de nos macaques. Ces singes, de la famille des cercopithécidés (appelés aussi Macaca cynomolgus ou fascicularis, ou plus simplement encore macaque crabier), sont principalement visibles dans les forêts du sud du pays, autant dire sur une superficie relativement restreinte. Ce qui n’empêche pas ces derniers de s’attirer depuis trop longtemps déjà la convoitise des entreprises engagées dans la recherche médicale. Ainsi, en 2017, 8 820 primates mauriciens avaient été exportés à cette seule fin, et ce principalement en direction des États-Unis et de l’Europe, incluant la Grande-Bretagne.

Un spécialiste de la recherche médicale, de nationalité britannique, expliquait ainsi récemment que le macaque mauricien est un « modèle de choix » pour l’expérimentation animale du fait qu’il soit exempt de rétrovirus, que l’on retrouve quelquefois chez les singes asiatiques. Ce qui explique d’ailleurs, selon lui, que Maurice soit le 2e exportateur mondial après la Chine. Sauf que… Maurice n’est pas la Chine justement, et que l’on ne peut évidemment comparer, à l’échelle de nos superficies forestières respectives, nos populations de macaques. D’où la question : pourquoi autant de macaques sont-ils exportés de notre pays ?

Plus loin, revenant sur la « qualité » de nos macaques, l’intervenant affirmait que les éleveurs mauriciens comptaient comme étant « les meilleurs au monde », évoquant la « culture du bien-être animal » et la « biosécurité » mauriciennes. Balivernes ! L’auteur de ces lignes pourrait d’ailleurs en témoigner en évoquant le cas d’un primate, « propriété » d’un voisin, enfermé toute sa misérable vie dans une minuscule cage sans jamais devoir en sortir, si ce n’est les « pattes » devant. Triste réalité ! Aussi pourrions-nous évoquer le cas de nos chauves-souris, endémiques pour leur part, victimes de campagnes d’abattages régulières, cautionnées par le gouvernement sous le seul prétexte qu’elles pillent nos arbres fruitiers. Ou encore des chiens errants, maltraités, avec ou sans la complicité de membres du personnel de la Mauritius Society for Animal Welfare, voire encore de ces chevaux de course qui, au crépuscule de leur vie, après avoir allègrement fait la fortune de leur propriétaire, finissent dans un état déplorable, quelquefois sous-alimentés et sans jamais recevoir l’assistance d’un vétérinaire. Alors, de quel bien-être animal parle-t-on ? Ce spécialiste qui, à la question de savoir ce qu’il pense des Ong militant contre la recherche médicale sur les animaux, répondait qu’il faut « d’abord se documenter, comprendre et, après, émettre un avis », devrait peut-être, pour le coup, personnellement appliquer ce même principe.

Quant aux pratiques d’élevage de macaques, il est dit le plus souvent que celles-ci répondent à « une culture très impliquée dans la promotion pour le bien-être animal ». Sans remettre en question cette affirmation, dont le bien-fondé paraît d’ailleurs impossible à vérifier, ce bien-être, il faut l’avouer, s’avère pour le moins hypothéqué, sachant que nos macaques sont sujets d’études, que des produits leur sont injectés, qu’ils font l’objet d’expériences et, évidemment, qu’ils finissent le plus souvent euthanasiés pour passer, ensuite, sous le scalpel des chercheurs.

Il n’est ici nullement de notre intention de discréditer la nécessité de poursuivre la recherche médicale. Pour autant, il nous semble qu’il conviendrait de revoir nos protocoles en optimisant davantage les « ressources » animales, de nombreuses vies étant en effet inutilement sacrifiées du fait d’un nombre accru d’expérimentations pas toujours justifiées. Que les grandes entreprises d’importation animale et laboratoires estiment crucial ce besoin croissant d’animaux pour leurs expériences s’inscrit non seulement en contradiction totale avec la notion de bien-être animal, mais accentue aussi la perception de notre hégémonie sur les autres espèces. Un diktat que nous continuons d’imposer à nos « frères » animaux alors que l’humain ne représente que moins de 0,01% des espèces animales terrestres, et ce pour seul argument notre propre bien-être et, accessoirement, celui des animaux qui nous sont « utiles », autrement dit de compagnie ou d’élevage.

Qui plus est, il faut aussi savoir que le commerce de macaques est l’un des plus lucratifs en matière d’exportation animale, chaque individu pouvant aller jusqu’à se négocier à hauteur de 3 000 euros (Rs 120 000). Autant dire que nos singes ont de quoi se faire du souci, notre portefeuille et notre santé étant en effet bien plus importants que leur insignifiante existence. Et dire que nous partageons avec eux près de 98,5% de nos gènes !

Michel Jourdan