S’il décrochait un nouveau contrat publicitaire le sketch de Gad El Maleh dirait : « Je rêve d’un pays dont le peuple ne se laisserait pas faire, d’une société dont les membres pourraient générer leurs propres opinions, je rêve d’institutions qui ne pencheraient pas systématiquement en faveur de promoteurs immobiliers, enfin, je rêve d’une presse qui prendrait la peine de se renseigner un minimum avant de traiter un quelconque sujet, qui permettrait à ses lecteurs de se faire leur propre opinion basée sur une information balancée. Je rêve d’éditoriaux qui posent les vraies questions, qui seraient de véritables faisceaux d’opinions éclairant le lecteur lambda ».
Ces opinions auraient pu engager le pays dans un débat sain quant à la nécessité de concilier les considérations économiques et la sensibilité verte. Ce n’est pas le cas. Car ces opinions sont faussées dès le départ puisqu’elles s’appuient manifestement sur un unique son de cloche ; en l’occurrence le tocsin. Ce timbre lugubre qui alerte la population d’un danger imminent, d’une catastrophe pas toujours naturelle. Ces opinions s’appuient sur une version des faits totalement erronée. Du coup, c’est un monologue du muet qui s’est installé. Ça ne change d’ailleurs pas grand-chose, certains canards, condamnés à l’enchaînement à vie après n’avoir pas opté pour le devoir d’informer, ont toujours préféré soigner leur plumage quitte à avoir le bec cloué.
Le canard a-t-il emprunté, de plein gré, la voie du plus fort, même si pas la meilleure ? Pas sûr, ça ressemble plus à un appel (du pied) reçu au lendemain du « hearing » du district council, auquel les journalistes n’avaient, au départ, pas droit d’assister. Et ça, ça ne choque ni n’interpelle notre canard. Même si relevé et mentionné dans la presse par la suite, il me paraît important de tenter faire le contre-poids en citant quelques faits entourant ce fameux « hearing ».
1. Il y a eu plus de 1,300 personnes qui ont formellement contesté le projet de Le Chaland Resort en envoyant une lettre au District Council de Grand Port Savanne. Environ 320 personnes seulement ont été « convoquées » au hearing. Je dis bien convoquées car…
2. Les contestataires ont reçu la lettre le 10 août, soit seulement 4 jours avant.
3. Les représentants d’ONG qui souhaitaient préparer leur plaidoirie n’ont pas eu le droit de faire des photocopies ni d’obtenir une copie électronique du dossier du promoteur. Il leur a été proposé de transcrire le tout à la main…
4. Il a été interdit à ces mêmes représentants d’utiliser un projecteur en salle.
Il y a aussi nécessité de recadrer l’information semée par les promoteurs. Ainsi, lorsque ceux-ci disent que le projet n’empiète pas sur la plage publique, ce n’est qu’un trompe l’oeil car si en effet le projet ne le fait pas directement, c’est via le déplacement du poste des gardes-côtes que l’empiétement a lieu. 1,5 arpent de plage publique perdue sur 60 mètres de front de mer, ce n’est pas rien.
Le canard poursuit en citant l’argument passe-partout de tous promoteurs ; le nombre d’emplois que générera le projet. Le public est décidément très généreux. Troquer 19 arpents de « defence land » plus 1,5 arpent de plage publique contre 300 emplois annoncés… La vérité est qu’on ne lui a pas demandé son avis et c’est bien pour cela que nous ne sommes pas sourds pour avoir été entendre ce que le promoteur avait à dire.
Aucun point soulevé, aucun sourcil de levé par rapport au fait que le comité Ramsar local (c’est-à-dire le « National Parks » sous la tutelle du ministère de l’Agro-Industrie), ait donné son aval à un projet hôtelier en pleine zone protégée par la convention et classée « Environmentally sensitive » ou que le promoteur stipule qu’il ne s’agit que de prolonger la zone prévue de développement touristique qui, selon le plan national de développement se trouve… au-delà de Mahebourg. Devons-nous comprendre qu’en fin de compte ce sont les promoteurs qui décident du plan directeur. A quoi bon faire des plans et des rapports complexes financés par les Nations unies ? Cerise sur le gâteau, toujours de la bouche du cheval, qu’il est prévu dans le projet, de « créer un Écosystème » Wow ! Les dieux sont tombés sur la terre ; à Blue Bay plus précisément.
La liste des contradictions est longue. Pourtant, il devrait être facile de consulter le document officiel contenant les détails précis du projet. Je conçois qu’un canard ne puisse comprendre ce que dit un cheval mais ce canard au bec cloué, serait-il aussi aveugle ?
Avec tout le respect que j’ai pour les sourds, les muets et les aveugles qui n’ont pas demandé à y être mêlés.