RAMANUJAM SOORIAMOORTHY

Dès les commencements, depuis le mois de décembre au moins, on avait, du moins d’après certaines personnes, les moyens de savoir, on pouvait, toujours d’après ces mêmes  personnes et leurs disciples, sa-voir, on savait déjà, d’après presque tous, apparemment, qu’on allait devoir, non pas vivre avec le virus (le COVID-19), comme l’ont tout bêtement cru et fort maladroitement dit d’aucuns, mais tenir au loin le virus, le plus loin possible et le plus longtemps possible, en recourant à toutes les astuces et en exploitant toutes les ruses concevables, en sollicitant l’aide, la coopération et le soutien de tous ceux, individus, experts et spécialistes ou simples bénévoles, institutions, gouvernements, capables d’en être les pourvoyeurs, le but ultime étant d’identifier la nature du virus et de son mode opératoire, de comprendre la genèse et l’évolution de la pathologie dont il est porteur, de découvrir ou / et d’inventer, en fonction de la dangerosité reconnue, les modèles de prévention à préconiser et les systèmes de guérison à adopter, s’il y en a ou que l’on en trouve et, dans le pire des cas, de réduire la virulence, c’est le cas de le dire, du vi-rus au point de le rendre inoffensif ou, du moins, contrôlable, et, surtout, d’abord, avant d’en arriver là, de tout mettre en œuvre pour empêcher le virus d’arriver chez nous, d’aborder, d’atterrir chez nous par quelque moyen que ce soit, délibéré ou non, de se glisser chez nous, sur une île qui, comme toute autre île et comme les plus petites d’entre elles pour commencer, est particulièrement vulnérable du fait d’être exposée aux éléments porteurs de virus en général, du coronavirus (du COVID-19) en la conjoncture, de n’être pas protégée contre les éventuels facteurs (au sens de la personne qui vient vous remettre votre courrier aussi bien qu’au sens de fabricant) et agents (terme dont ne peut qu’apprécier la diversité des connotations dans la situation présente) qui pourraient être, sans le savoir, responsables de la présence et de la propagation du virus dans l’île, car il est bien connu que le virus, que tout virus est, par vocation, d’origine étrangère, même quand il est d’origine locale, vu qu’il vient bouleverser l’équilibre, réel et imaginaire, du lieu où il élit domicile, qu’il en dérange les habitudes, désorganise la vie collective non moins qu’individuelle, introduit le chaos là où on voudrait croire que régnaient la paix et la convivialité avant l’apparition, avant l’irruption du virus, de l’extérieur, de l’étranger et, donc, d’autant plus étrange et dangereux, surtout qu’il est invisible à l’œil nu, aux sens en général, à la perception sensible aussi bien qu’intelligible, et qu’il faut, pour l’affronter, le confronter et, éventuellement l’éliminer, le secours de la tech-nique, si redoutable est-il qu’il le faut toujours, de préférence, considérer, qu’il soit béni ou malin, comme un ennemi, et se rap-peler qu’il est, mortel, mais de tout cela, qui, soit dit au passage, m’est même pas exhaustif et que l’on savait depuis décembre dernier au moins, d’aucuns n’ont rien voulu savoir, ont feint de ne rien savoir et ont, ici et ailleurs, tout fait pour que l’on n’en sût rien, mentant à outrance peut-être, bien naïvement, sans doute, et contre l’évidence la moins réfutable, pour que l’on crût qu’il n’y avait de crainte à éprouver, qu’aucun danger ne menaçait, alors que le ver était déjà dans le fruit ou plutôt le virus dans l’île, et ce n’était même pas pour apaiser les appréhensions d’une population qui n’en demandait pas tant, ni non plus dans le but de démontrer à la face du monde que l’île allait être épargnée, grâce à la politique saine et judicieuse d’un gouvernement compétent et responsable, alors que même à Singapour et en Malaisie, pays réputés pour l’extrême rigueur avec laquelle ils traitent toutes les questions ayant trait à l’hygiène publique et se rapportant à la santé et au bien-être de la population, le coronavirus avait osé faire irruption, mais parce qu’il ne fallait, en toute bonne foi, mettre en péril l’industrie du tourisme, parce que le pays, l’île risquait de subir des pertes irréparables au cas où l’on fermerait les voies d’accès de l’étranger, des étrangers et on laissa alors les frontières grandes ouvertes pour souhai-ter, sans le vouloir, la bienvenue à Son Excellence COVID-19, le Virus couronné, Corona Virus, le deuxième de sa dynastie après le SRAS, qui s’attendait probablement à tout, sauf à ça, mais sans doute Son Excellence ne savait-elle, elle qui avait dû fuir Wuhan, où elle se trouvait…

Le « confinement » au gré de la plume du philosophe et poète Ramanujam Sooriamoorthy