Seize mois après la saisie de Rs 220 millions + Rs 4 M, dont Rs 110 millions en Never-Used Dollar Notes dans des coffres-forts en la résidence de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, l’enquête du Central CID a franchi une nouvelle étape déterminante. En effet, la collaboration des autorités allemandes a été sollicitée dans le cadre de la Legal Mutual Assistance en vue d’établir de manière formelle l’origine de la cargaison des coupures bancaires de 100 dollars US chacune, soit les Rs 110 millions, retrouvées dans des Vaults, dissimulés dans une Wardrobe à Floréal lors de l’arrestation de Navin Ramgoolam le vendredi 6 février 2015. Une demande formelle a été soumise à l’Allemagne au début du mois avec le déplacement dans ce pays d’une mission comprenant des représentants du State Law Office et des limiers du CCID, chargés de cette enquête dans le cadre de l’opération Lakaz Lerwa Lion, initiée au lendemain des dernières élections générales du 10 décembre 2014.
Depuis le début de cette enquête et sur la base d’un rapport préliminaire du Federal Bureau of Investigation (FBI) des États-Unis, avec des agents ayant fait le déplacement à Maurice à cet effet, il était convenu que les coupures de 100 dollars US, avec les numéros successifs dans les coffres de Navin Ramgoolam, étaient destinées à un pays européen, en l’occurrence l’Allemagne. Jusqu’à tout récemment, les autorités mauriciennes avaient pris le soin de ne pas ébruiter ce détail spécifique, le temps de compléter les procédures prévues pour la Legal Mutual Assistance pour l’obtention de compléments d’informations.
La confirmation de la destination intermédiaire de cette cargaison de billets de 100 dollars US avait été fournie par la Federal Reserve Bank des États-Unis, institution émettrice de ces coupures. Toutefois, l’enquête ouverte à Maurice au sujet de ces Rs 110 millions en devises étrangères n’a pas permis d’identifier la piste utilisée pour le cheminement d’un tel magot jusqu’aux coffres-forts de River Walk. L’exécution des Judge’s Orders obtenus par le CCID aurait indiqué qu’aucune des banques et institutions de change, opérant sous le contrôle de la Banque de Maurice, n’aurait traité un tel volume de coupures de 100 dollars US d’un seul coup.
Avec le récent déplacement de la mission conjointe State Law Office–Central CID, le dossier de coopération a été présenté à l’Allemagne, afin que les autorités de ce dernier pays puissent ouvrir une enquête en réclamant des informations dans le secteur bancaire allemand au sujet du commanditaire d’une telle transaction. Le nom d’une banque allemande concernée est dans le domaine public. Les principaux détails recherchés auprès de l’Allemagne sont les suivantes : l’identité de l’institution ou de l’individu transmettant les directives pour le transfert de ces Rs 110 millions de dollars US et également les bénéficiaires de ce transfert et les raisons de celui-ci.
Ces informations sont jugées cruciales car à partir de cette étape, le CCID tentera de remonter de manière formelle tout le réseau mis en place pour le transfert de ces fonds à Maurice. Certaines sources officielles avancent que des avions privés avaient été mis à contribution à cet effet, et qu’il y avait un système de couverture à toute épreuve au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport pour garder au loin tout oeil indiscret ou tout contrôle inopiné. Toutefois, en attendant une première réaction de l’Allemagne à la démarche de Maurice, le CCID compte revoir son calendrier de travail dans l’enquête, tout au moins pour le délit de Money Laundering dans le volet des Rs 220 millions.
Initialement, le CCID avait prévu de convoquer de nouveau, la semaine prochaine, Navin Ramgoolam pour la reprise de son interrogatoire interrompu en décembre de l’année dernière suite à des objections du panel d’hommes de loi, mené par Me Gavin Glover, Senior Counsel. L’ancien Premier ministre devait être confronté à la thèse que ce montant de devises étrangères ne pouvait représenter ses allocations de Per Diem en tant que chef du gouvernement de 2005 à 2010. Chiffres à l’appui et selon un rapport comptable, retraçant ses différentes transactions bancaires, avec presque sa trentaine de cartes de crédit, dont des AMEX Black Cards, avec des crédits illimités, le CCID se dit confiant de pouvoir mener à terme cet exercice.
Mais compte tenu du nouveau développement au niveau de l’Allemagne, les Casernes centrales préfèrent faire durer le suspense et probablement abattre les cartes des Rs 110 millions en dollars US en même temps que l’autre composante de Rs 110 millions, avec principalement des coupures de Rs 2 000, présentées comme des dons de bienfaiteurs au Parti travailliste.
Affaire à suivre…