J’ai été interpellée l’autre jour de lire sur le profil d’un réseau social d’un « ami » qu’il lui avait fallu un récent voyage à l’étranger pour découvrir à quel point le citoyen local est – en général – « nombriliste ». Une autre amie s’est, elle, plaint l’autre jour du manque « d’intérêt » d’une certaine presse pour les messages qu’elle est censée faire passer… surtout lorsqu’il s’agit de politiques susceptibles de bénéficier au public. Quant à moi… cela fait plusieurs années déjà que j’observe ce que j’estime être une perte de pouvoir certaine à Maurice – c’est-à-dire auprès de ce que l’on appelle communément le ‘deuxième’ et le ‘quatrième’ pouvoir, donc le législatif et la presse.
Je m’explique : une rapide lecture des questions posées le jour même de la rentrée parlementaire me permet de faire une analyse… 51 questions seront posées, dont 14 au premier ministre. Au chef de l’exécutif (soit le ‘premier’ pouvoir), l’on posera pour le moins quatre questions qui se réfèrent à des personnes spécifiques. Dans ces cas, il ne m’est pas possible d’en comprendre l’intérêt public ; par exemple, l’insistance sur l’achat de terres par un tel ou la nomination d’un autre à un tel poste. Il n’est pas clair en quoi ce genre de choses porterait préjudice à l’intérêt public… alors que d’autres questions sur la pollution sonore, les accidents de la route et les cas d’enlèvement de mineurs relèvent directement des points en rapport avec la paix et la sécurité. Les interpellations aux autres ministres sont généralement liées aux circonscriptions. Elles sont donc posées dans l’intérêt des communautés locales.
Mais la « question » la plus importante reste la carte maîtresse – la reine du jour – la fameuse PNQ (Private Notice Question) du leader de l’opposition. Cette question est, à mon humble avis, celle qui doit à tout prix être dédiée au thème qui importe le plus à la population en cet instant précis. Or, les activités « douteuses » de certains sont toujours d’ordre prioritaire ? Tous les scandales ont-ils une importance nationale ? Ne serait-il pas plus judicieux de réserver cet atout pour les véritables urgences : l’eau, l’énergie, la santé publique, l’éducation, la sécurité alimentaire… et surtout le manque d’emploi, le coût de la vie en hausse permanente, le bétonnage de tout et partout… et la ‘vente’ des petits morceaux de notre pays à des fins que le peuple admirable mauricien accepte sans comprendre.
Pour faire comprendre ces choses… les médias sont de mise. C’est à cela que sert le dit ‘quatrième’ pouvoir. C’est à lui d’établir le lien entre le peuple et les trois premiers pouvoirs avec lesquels il a un accès direct, en vue de poser les questions qui ont un vrai intérêt public. Malheureusement, une lecture de certains articles permet une analyse qui se rapproche souvent de celle des PNQ : certains médias préfèrent les scandales à autre chose. Certains préfèrent s’acharner sur des dossiers qui ont bien souvent comme dessous des vendettas personnelles ou politiques. Il est clair qu’une partie du lectorat « aime » être informée de certains petits ou gros ragots, ou d’autres histoires « tragiques ». Cependant, un autre genre de lecteur a besoin d’informations plus appropriées. Il ne suffit pas de rapporter n’importe quelle info « tendance » ou que l’on peut glaner de son « contact » mais penser à celui et celle qui achètera le journal ou allumera sa radio ou sa télé pour prendre connaissance de politiques et de décisions susceptibles de changer, voire d’améliorer sa vie. Je reviens à ce que disait cet ami sur un réseau social; à Maurice on a cette propension à ce regrettable « nombrilisme » qui fait que tout se résume à notre petite personne ou notre petit pays. Beaucoup d’entre nous souffrent d’une insularité chronique qui met à mal le fonctionnement même de nos familles, de nos institutions ou de nos communautés. Nous devrions nous ouvrir encore plus sur le monde. comprendre ce qui s’y passe et comment cela se relie à nos vies. Nous devrions poser des questions ayant trait à nos besoins quotidiens et non aux besoins de cette petite majorité qui croit détenir tous les pouvoirs. Nous sommes ceux qui installent ces pouvoirs. Nous devrions prendre en main nos propres priorités et les dicter à ceux qui devraient nous écouter… sinon, c’est le peuple qui perd son pouvoir.