Zulu, de son vrai nom Michel Bavajee, a présenté en avant-première son nouvel album, intitulé Intimiste, lors d’un concert au Backstage Lounge à l’hôtel Hennessy Park, à Ébène, samedi dernier. L’occasion pour Le Mauricien de revenir sur le cheminement musical de l’artiste dans le cadre de sa préparation. Un parcours difficile, certes, mais riche en rencontres humaines, comme le confie le chanteur.
A la veille de son entrée sur scène au Hennessy Park, Zulu confiait au Mauricien ses sentiments : une certaine excitation mêlée à l’éternel trac des artistes avant d’affronter le public. « To pa kapav imazine. Mo gagn per ! » affirmait-il. Par la suite, heureux certes de la réaction de son public, Zulu soutient : « C’est à eux de dire s’ils ont aimé. Je suis heureux, mais je pense qu’on peut faire encore mieux. ». Pour son manager, Uvi Babajee, « cela a été un véritable succès ! ». La jeune femme le suit depuis deux ans et travaille actuellement sur sa tournée dans l’île, à partir de vendredi prochain.
Trois ans après la sortie de son premier album, le chanteur et compositeur Zulu revient avec Intimiste. Un parcours de deux ans conté à travers une quinzaine de morceaux qui évoquent les sujets simples de la vie. « Mais nous savons que les choses les plus simples sont souvent les plus compliquées », dit-il.
« Se enn long sime, dezan travay. Dabor, ena text lamem; mo ekrir lor saki mo trouve, saki mo tande, saki mo resanti. Bann ti kout-bluz, bann kout-zel, nostalzi… Mo lar se saki mo viv partou kot mo ale. Souvan mo gagn mo ek melodi an mem tan. Mo gard zot e kan mo rant lakaz, mo reprodwir zot lor mo lagitar, mo anrezistre li lor mo telefonn. Me boukou lide anvole. Apre ena konpozision, anrezistreman », confie Zulu au Mauricien.
Sachant exactement ce qu’il veut comme musique, l’ancien membre du regretté groupe Blackmen Bluz ne fait pas dans la demi-mesure. Pour Intimiste, Zulu a préféré prendre le temps jusqu’à trouver l’harmonie nécessaire avec ses collaborateurs. « A enn moman bizin arete parski parfwa bann dimounn avek ki to travay pa bien sezi saki to le. Bizin arete, reflesi, donn letan pou apre avanse dousman-dousman. Apre re-al dan stidio, tou sala inn pran dezan », confie-t-il.
De ses réflexions sont nées des collaborations avec Les soeurs Clarisse en tant que choristes, Menwar, la chanteuse Kenyane Mumala, qui fait des études de droit à Maurice, Paul Loup Sullitzer, homme d’affaires et écrivain français établi à Maurice, Uvi Babajee et Fanio, le slameur, parmi d’autres. Ceux-là étaient présents au Backstage Lounge samedi dernier. Zulu a un mot spécial pour Thierry Maillard, qui lui a prêté son studio à L’Escalier, et le Dj David Jay. L’enregistrement, indique-t-il, a eu lieu chez Richard Hein.
« Monn retourn lor lamer al rod kass »
Heureux et ému d’avoir pu produire son album, Zulu raconte ce long cheminement pour arriver jusqu’au bout du projet. Faute de financements, il a même été contraint d’arrêter momentanément la production. « Monn retourn lor lamer al rod kas, trase », révèle-t-il. Pour le pêcheur de Mahébourg, la mer représente, en outre, un lieu où il se ressource. C’est ainsi qu’après la cassure de Blackmen Bluz, il y est retourné. « Sikse inn vinn tro vit. Mo pa ti ankor pre pou sa. Monn bizin retrouv mwa avek la mer. Mahébourg et la ville sont deux mondes différents », soutient-il.
Zulu observe qu’à Maurice, les artistes n’ont pas l’encadrement nécessaire pour pratiquer, assurer et vivre de leur art. Ces derniers doivent tout faire, dit-il, même se mettre dans la peau d’un négociateur, quitte à faire des erreurs de calcul. « Enn lartis li pa enn biznesman. Me isi, li oblize fer tou, y konpri negosie, e parfwa li perdi kas parski li mal kalkile. Anplis, li perdi enn ta letan », déclare le chanteur de Betty Blues. Un temps, soutient-il, qu’il aurait pu consacrer à son art. « Me mo mari kontan noune resi prodwir li, lot kou pa pou refer mem erer. »
Zulu précise que ce cheminement, il l’a fait aux côtés d’Uvi Babajee « qui apprend le travail sur le tas ». Il raconte : « Je l’ai rencontrée à la sortie du premier album de Blackmen Bluz, en 2009. » Après ses études en Sciences Po à l’Université de Maurice, Uvi Babajee s’est lancée dans la musique. La jeune femme écrit aussi des textes pour Zulu. Elle avance : « J’ai eu l’occasion de poser ma voix sur l’album “Zulu” et maintenant sur “Intimiste”. » Aux côtés d’Uvi Babajee, Zulu a frappé aux portes de plusieurs sponsors pour l’aboutissement de ce projet. Car cet album est « le premier que j’ai produit de toute ma vie, ou plutôt coproduit, avec Uvi Babajee ». Le Groupe Sun, l’hôtel Henessy Park et la station de pompe à essence La Miner, le supermarché Kong et la compagnie de bateau One Love, de Mahébourg, ont répondu positivement à son appel. « C’est une production 100% mauricienne », lance Zulu.
Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de le voir samedi dernier au Backstage Lounge, ils pourront le découvrir vendredi prochain en soirée au Kiltir Loft, à Petite-Rivière. Mumala et Nicolas Larché assureront la première partie de ce concert, qui commence à 19 h. Billets en vente à la porte à Rs 200.