Un nouvel épisode de guerre des affidavits impliquant le Central CID se profile en marge de l’enquête dans le sillage de l’opération « Lakaz Lerwa Lion » avec l’arrestation de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam. L’avoué Pazhany Thandrayen, qui a fait l’objet d’une interpellation à sa descente d’avion à l’aéroport SSR samedi, a retenu les services de Me Christophe Bellepeau, avoué, pour loger une demande d’injonction contre le Central CID en vue de préserver le caractère confidentiel et privilégié des informations contenues dans son laptop, dans la mémoire de ses deux téléphones cellulaires aussi bien que les documents et notes de travail saisis par la police depuis son retour au pays.
Parallèlement, le dossier d’Airway Coffee de Nandanee Soornack retient toujours l’attention avec l’expiration de l’échéance pour le remboursement des dettes de Rs 59 millions auprès d’Airports of Mauritius Limited (AML) et d’Airport Terminal Operations Ltd (ATOL). Une décision portant sur la résiliation de ce contrat est annoncée officiellement en fin de semaine.
Le traitement qu’a subi me Pazhany Thandrayen, l’avouée de Nandanee Soornack, à son retour de consultations professionnelles avec celle-ci à Milan en Italie, continue à faire des vagues dans les milieux du barreau. Des hommes de loi s’indignent devant la violation présumée des relations privilégiées entre un homme de loi et son client en marge de la Law Practitioners’ Act. De ce fait, l’avoué, victime de « undue harassment » de la part des autorités compétentes, a préféré saisir les instances judiciaires appropriées pour obtenir une injonction contre toute ingérence du Central CID dans ces documents.
Ce matin, les conseils légaux de Me Thandrayen, en l’occurrence l’avoué Christophe Bellepeau, mettaient au point les derniers détails d’un affidavit à être juré devant le Master and Registrar de la Cour suprême pour forcer le Central CID à remettre sans autre forme de procès tous les équipements informatiques et de communications de même que les documents compromettants pour Rakesh Gooljaury, le patron de Fashion Style, actuellement sous scellés au Central CID suite à la mise à exécution d’un Notice on Arrival logé au Passport and Immigration Office (PIO).
Dans l’affidavit, Me Thandrayen devrait étaler en détail le déroulement des événements dans le terminal des arrivées de l’aéroport samedi après-midi. Il rentrait de Milan où depuis mercredi dernier, il a eu des séances de travail avec Nandanee Soornack au sujet de plusieurs affaires, dont le scandale des commissions de Rs 100 millions de Dufry AG, Suisse, à Frydu, sur le contrat d’approvisionnement et de gestion des boutiques hors taxes de la Mauritius Duty Free Paradise Ltd, et le dossier de la résiliation du contrat exclusif de restauration d’Airway Coffee à l’aéroport.
D’aucuns affirment que des documents se trouvant dans les bagages de l’avoué Thandrayen pourraient être « extremely damning » contre Rakesh Gooljaury, celui qui s’est lancé dans des dénonciations tous azimuts depuis le début de l’année contre l’ancien Premier ministre et son ancienne partenaire en affaires. D’autres sources avancent qu’un autre passager courrier VIP, et non des moindres, a débarqué à Maurice, venant d’Europe, hier après-midi, avec des compléments d’informations et des documents susceptibles d’alimenter la contre-offensive contre le blue-eyed boy Gooljaury, l’homme derrière la SICOM Tower au coût de Rs 500 millions et quatre emprunts de plus de Rs 500 millions, dont en libellé en euros, accordés en un seul jour par une banque littéralement à la veille des dernières élections générales.
Néanmoins, la bataille légale pour la récupération des documents Soornack saisis sur l’avoué Thandrayen pourrait être de courte durée. Le Central CID devrait privilégier l’économie d’un débat sur les privileged information des hommes de loi où la police pourrait laisser des plumes en Cour suprême. Les soupçons de complicité de Money Laundering entretenus contre l’avoué et à la base du Notice on arrival au Passport and Immigration Office ne s’est pas matérialisé à ce stade de l’enquête.
En effet, le billet d’avion, les frais de séjour ou même les fees de l’homme de loi n’ont pas été assurés des fonds sous le contrôle de Nandanee Soornack. Une tierce partie aurait approché Me Thandrayen en vue de retenir ses services contre la garantie qu’à aucun moment, il sera payé à partir de tainted money.
Ainsi, le central CID, après les premières consultations au State Law Office hier matin, aurait déjà pris la décision de retourner à qui de droit les documents, laptop et téléphones cellulaires « impounded » lors de l’interpellation quasi abusive de l’avoué. Dès réception de l’affidavit, le Central CID fera comprendre au juge siégeant en référé qu’il n’a aucune objection à ce que cet épisode soit réglé dans les meilleurs délais.
Le dénouement dans la bataille autour de la survie d’Airway Coffee à l’aéroport SSR pourrait intervenir vers la fin de la semaine. C’est ce qu’a indiqué le porte-parole officiel d’AML, Girish Appayah. « En ce début de semaine, il n’y a rien de nouveau sur le dossier d’Airway Coffee. Nous sommes en consultations avec nos conseils légaux sur la marche à suivre. Nous aviserons probablement en fin de semaine », a-t-il déclaré.
Du côté d’AML et d’ATOL, l’on évite de commenter la demande d’injonction contre la mise sous administration judiciaire d’Airway Coffee sous les dispositions de l’Insolvency Act pour non-paiement d’arrérages de Rs 59 millions. Le plan de remboursement formulé par Nandanee Soornack n’est, semble-t-il, pas à la satisfaction de ces deux sociétés assurant la gestion de l’infrastructure aéroportuaire à Plaisance. AML et ATOL ne veulent pas également s’immiscer dans la bagarre entre les deux partenaires sur papier d’Airway Coffee…