Les membres de l’opposition ont effectué un Walk-Out hier soir des travaux parlementaires. Raison invoquée : le refus du gouvernement de permettre à Pravind Jugnauth d’intervenir avant le Premier ministre Navin Ramgoolam et, éventuellement, le vice-Premier ministre Rashid Beebeejaun. « C’est la première fois que quatre ministres interviennent successivement dans un débat sur le Budget. C’est un viol de la démocratie parlementaire », a déclaré Alan Ganoo lors d’un point de presse après avoir quitté l’hémicycle en compagnie des membres de l’opposition. De son côté, Patrick Assirvaden a expliqué qu’il n’y aurait eu aucun problème si l’opposition avait accepté la proposition du Premier ministre de permettre à Alan Ganoo, N° 2 de l’opposition, d’intervenir avant lui. « Il y a une hiérarchie dans l’opposition et Pravind Jugnauth n’est qu’un simple membre », estime Patrick Assirvaden, qui a suggéré que le principal intéressé soit officiellement nommé N° 2 de l’opposition à la place d’Alan Ganoo.
L’alignement des orateurs, lors de la fin des débats sur le Budget 2014, a dominé l’après-midi d’hier ainsi qu’une partie de la soirée, provoquant deux suspensions des travaux parlementaires. C’est ainsi qu’après l’intervention de Nando Bodha, Pravind Jugnauth, se prévalant d’un point d’ordre, s’est adressé au Speaker, lui disant de demander au gouvernement de revoir la liste des orateurs, car « il n’était pas possible » que quatre ministres du gouvernement interviennent successivement. Selon la liste officielle, Pravind Jugnauth devait en effet être le dernier orateur de l’opposition après Alan Ganoo.
Par la suite, ce sont Anil Bachoo, Rashid Beebeejaun, Navin Ramgoolam et Xavier-Luc Duval qui devaient intervenir. Le Speaker a alors suspendu les travaux pendant près d’une heure et 20 minutes et, à son retour, vers 19h40, il a observé qu’à la lumière des provisions d’Erskin May, il revenait aux deux Whips du gouvernement et de l’opposition d’arriver à un accord pour le bon déroulement des travaux. Il a alors suspendu la séance, le temps du dîner, demandant aux deux Whips de régler le problème.
A la reprise, soit vers 21h15, Alan Ganoo a expliqué que les discussions entre les deux Whips de l’opposition et du gouvernement étaient arrivés à un deadlock et a demandé au Speaker, selon les termes du “standing order 77”, de régler lui-même le problème. Alan Ganoo a alors donné les raisons pour lesquelles l’opposition n’était pas d’accord avec l’alignement de quatre ministres du gouvernement à la suite, provoquant alors des cris de mécontentement, des insultes fusant de chaque côté de la chambre. Le Speaker avait, dans un premier temps, suspendu les travaux, mais s’est ravisé immédiatement, demandant au Deputy Speaker de prendre sa place, le temps pour lui de préparer un ruling concernant la demande d’Alan Ganoo. Le ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, s’est alors levé pour commencer son discours, mais a été interrompu par Alan Ganoo qui, sur un point d’ordre, a tenu à savoir auprès du gouvernement s’il maintenait la liste des orateurs telle que présentée. Anil Bachoo, seul membre sur le Front Bench du gouvernement, a alors lancé : « Oui, nous la maintenons. » C’est alors que l’opposition a effectué un Walk-Out dans un nouveau brouhaha général. Les premiers mots d’Arvin Boolell, alors qu’il prenait la parole, ont été à l’adresse de l’opposition, dont « la façon de faire est en train de ternir la réputation du Parlement ».
Rencontrant la presse peu après, Alan Ganoo a alors donné son point de vue. Ainsi, les débats parlementaires se sont « bien déroulés depuis le début », a-t-il dit, ajoutant que le principe d’alternance des orateurs de la majorité et de l’opposition avait été respecté, en droite ligne avec la convention établie « de tout temps et dans un esprit de fairness et d’équité ». Cependant, poursuit-il, le gouvernement a fait circuler une liste d’orateurs sans que le Whip de l’opposition ne soit consulté. Selon les termes de cette liste, sept orateurs devaient intervenir. La liste comprenait deux orateurs de l’opposition suivis de deux orateurs du gouvernement avant qu’Alan Ganoo et Pravind Jugnauth n’interviennent finalement. Et, par la suite, Anil Bachoo lui-même, devant intervenir avant que Rashid Beebeejaun ne demande l’ajournement pour qu’il puisse prendre la parole avant le Premier ministre et le ministre des Finances. Ce qui, selon l’intéressé, constitue un fait « sans précédent ». Jamais quatre orateurs du gouvernement, dit-il, ne sont intervenus successivement pour clore les débats budgétaires. « Cela va à l’encontre des conventions établies », a-t-il poursuivi. Et d’observer qu’en 2010, Kee Cheong Li Kwong Wing était intervenu avant le Premier ministre et le ministre des Finances et qu’en 2011, Pravind Jugnauth était intervenu avant le Premier ministre. « Si la convention veut que le Premier ministre parle avant le ministre des Finances, il ne peut pas imposer son choix concernant les orateurs devant le précéder », explique Alan Ganoo. Selon lui, l’opposition avait demandé à ce que Pravind Jugnauth intervienne avant Rashid Beebeejaun, soit après Anil Bachoo, ce que le gouvernement a refusé. « C’est le coeur lourd que nous avons effectué ce Walk-Out, car on ne peut permettre qu’un principe fondamental soit violé par des pulsions antidémocratiques », dit encore Alan Ganoo, déplorant dans le même souffle que le Speaker « n’ait pas trouvé bon de demander au gouvernement de modifier l’alignement » des orateurs. La question, ajoute-t-il, sera évoquée lors de la conférence de presse du Remake aujourd’hui. Une décision sera prise sur la ligne à adopter mardi prochain ainsi que dans le cadre de l’examen du Budget en comité.
Rencontrant la presse pour sa part, Patrick Assirvaden – qui avait à ses côtés Sheila Bappoo, Abdullah Hossen et le Chief Whip Rihun Howaldar – a rappelé que les deux Whips ont toujours travaillé « en étroite coopération ». Le gouvernement, même s’il a la majorité, a toujours fait des concessions et fait preuve de compréhension pour accommoder les demandes de l’opposition. Poursuivant, Patrick Assirvaden explique que l’opposition a demandé de modifier l’alignement des orateurs. Or, selon lui, tout comme il y a une hiérarchie au niveau du gouvernement, « il y en a une aussi au niveau de l’opposition, où il y a un leader et un Deputy leader qui le remplace en son absence ». Le Premier ministre tient à respecter cette hiérarchie, raison pour laquelle il était d’accord qu’Alan Ganoo intervienne juste avant lui. « Il y a eu beaucoup de pression de la part du MSM afin de permettre à Pravind Jugnauth d’intervenir avant lui. Il a refusé », dit Patrick Assirvaden. « Il était inacceptable d’admettre que l’opposition pervertisse les conventions établies », a-t-il poursuivi. Et de qualifier « d’inacceptable » le fait de « changer ces conventions pour faire plaisir » à Pravind Jugnauth. « Si le MMM veut passer les caprices d’un clan familial, c’est son affaire. Nous, nous avons le sens de l’État. »
Rihun Howaldar a révélé pour sa part qu’Alan Ganoo et Rajesh Bhagwan ont rencontré le Premier ministre. Navin Ramgoolam leur a fait comprendre qu’il était d’accord qu’Alan Ganoo intervienne avant lui… mais pas Pravind Jugnauth.