Le nouveau gouvernement constitué, il est désormais temps de prendre le taureau par les cornes en matière environnementale. Ces cinq dernières années, plus que lors de tous mandats précédents, le gouvernement sortant aura entamé un grand nombre de projets infrastructurels d’envergure, lesquels auront poussé les autorités à déboiser. Avec une promesse cependant, celle de replanter trois arbres pour chaque arbre abattu.

Une intention a priori louable, mais qui, dans les faits, ne palliera jamais le préjudice encouru, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, il va sans dire qu’un jeune arbre prend des années, et quelquefois même plusieurs décennies selon les espèces, pour arriver à pleine maturité. Ensuite parce que la reforestation n’est pas forcément garante d’une bonne gestion de l’écosystème lorsque cette dernière est pratiquée sans étude préalable. Dans certains cas, l’exercice peut même s’avérer avoir l’exact effet contraire que celui recherché.

Le fait est que, contrairement aux forêts primitives, la cohabitation forcée entre différentes espèces peut en effet avoir des effets pervers. Pour illustrer cet exemple, prenons le cas d’un site argentin (mais il en existe des dizaines de milliers d’autres) où l’on a reboisé (dans le cas présent, une culture d’eucalyptus) à côté d’un écosystème traditionnel. Résultat : ces arbres ont absorbé la moitié des précipitations annuelles au sein même de la nappe phréatique, provoquant un appauvrissement hydrologique, mais aussi une importante hausse de la salinité du sol, avec des conséquences dramatiques pour la pampa voisine.

Cet exemple prouve donc à quel point l’homme ne peut se substituer à Dame Nature sans au minimum une étude environnementale préalable. Qui plus est, la reforestation n’est qu’une infime partie de la solution, l’argument servant d’ailleurs le plus souvent à nous dédouaner – comme nous l’avons fait récemment chez nous pour une célèbre promenade – de nos actions « environnementicides ». Le reboisement, estiment certains politiques et économistes, serait pourtant, selon eux, « l’instrument le plus efficace et le plus économique » contre le réchauffement planétaire. Une idée toutefois totalement absurde, des études prouvant en effet que le coût réel de l’opération est bien plus élevé que prévu et, au final, qu’il serait bien plus approprié d’arrêter tout simplement de déboiser. L’argent étant le principal leitmotiv de nos décideurs économiques, ce seul argument devrait les convaincre d’y réfléchir à deux fois.

Pour rappel, les forêts tropicales, y compris celles de pays à la taille aussi insignifiante que le nôtre, jouent un important rôle dans le maintien des écosystèmes, mais aussi en tant que machinerie verte d’absorption de carbone. Un fait qu’une récente étude vient d’ailleurs non seulement de confirmer (s’il le fallait encore), mais aussi de préciser par de nouvelles données, expliquant en effet que ces puits de stockage que représentent nos forêts tropicales sont six fois plus importants que prévu. Raison pour laquelle ces chercheurs australiens n’hésitent pas à qualifier la destruction des forêts tropicales de « bombe à retardement » environnementale. « Il est urgent de sauvegarder ces écosystèmes, car ils jouent un rôle majeur dans la stabilisation du climat », rappelle ainsi Sean Maxwell, de l’université du Queensland.

Dans cette optique, il apparaît évidemment clair que la stratégie de Bolsonaro – président du plus grand pays d’Amérique du Sud, à savoir le Brésil, mais aussi et surtout du pays où subsiste la plus grande partie de l’Amazonie –, et qui vise à transformer ses immenses forêts en dollars, est quasi génocidaire. Pas seulement pour son peuple, mais pour la Terre entière. Cela dit, ce seul exemple ne devrait pas nous exempter de tout reproche. D’une part parce qu’aucun dirigeant ni aucune institution n’ont osé prendre de réelles mesures contre le Brésil, mais aussi parce que nous appliquons tous, chacun à notre échelle, cette même logique bassement mercantile. Chez nous, la priorité était récemment le métro, et tant pis pour les arbres situés sur son tracé. Tandis que dans d’autres pays, les priorités auront été d’une autre nature – le plus souvent agricole –, mais avec les mêmes conséquences. Preuve en est que le vert des billets aura toujours plus d’importance que celui de nos forêts, dont ils sont pourtant issus !