ROGER CHAROUX

Il est malheureusement chez nous une pratique courante de couper sans vergogne et sans connaissances nos arbres – qui sont des poumons de notre vie – car nous dépendons d’eux pour nous ombrager, surtout en ces jours de grande chaleur.

Je suis à Rose Hill, dans un jardin que j’ai créé à côté de celui de mon voisin d’autrefois, le Dr Alfred Orian qui, lui, étant de l’agriculture, avait un amour pour les plantes rares, endémiques pour la plupart, et avait donné vie à un jardin paradisiaque. Ayant émigré pour l’Australie, la propriété a dû être vendue.

Aujourd’hui, les nouveaux propriétaires ont décidé d’abattre ces arbres. Et dire que ces derniers ont pris une cinquantaine d’années pour atteindre un tel épanouissement.

Les tronçonneuses ont commencé leur ravage.

J’entends choir ces géants et cela me fait mal.

L’irréparable va se poursuivre.

J’ai dû fuir ma maison pour une journée.

Par ignorance les arbres sont coupés sous n’importe quel prétexte tel que “zot zet feyaz” ou alors des “zot atir fourmi ek kameleon”. Pauvres Mauriciens…

Le gouvernement en place a commencé à bien faire. J’espère qu’il va vite légiférer contre cette pratique car un désert nous attend tous.

Imaginez une île sans arbres, sans oiseaux et sans reptiles.

Je cite Rimbaud dans Le bateau ivre:

“ …Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,

Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau…”

Nous avons hélas connu la promenade Roland Armand. Aujourd’hui le métro a pris sa place.

Maintenant plus d’arbres et plus de gaz carbonique!!

Les arbres n’ont-ils pas inspiré nos peintres et nos poètes?

Quelle belle image nous a laissé le poète Pierre Renaud.

“Les jacarandas mettent leurs fleurs aux portes d’octobre”.

Nos délicieuses chauves-souris ne nous annoncent-elles pas les mois d’août et de décembre?

Enfin, peut-être qu’un gouvernement réalisera l’importance de nos arbres; alors viendra une législation pour nous sauver, si ce n’est pas trop tard.