À l’issue de sa toute première réunion constitutive, la plateforme anti-privatisation a décidé samedi dernier de demander au gouvernement de reporter, au-delà de la prochaine présentation du budget, sa décision concernant une éventuelle privatisation de la Centre Water Authority (CWA), le temps que la société civile puisse débattre de la question et faire entendre son point de vue.
« Nous avons décidé, dans un premier temps, d’écrire au gouvernement pour lui demander de reporter sa décision concernant une éventuelle privatisation ou la recherche d’un partenaire stratégique pour la CWA, le temps que la société civile et la population en général puissent débattre de la question et faire entendre leur point de vue sur cette question. » C’est ce qu’a déclaré au Mauricien Jane Ragoo à la fin de cette toute première réunion constitutive de la plateforme anti-privatisation, convoquée samedi dernier au siège de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), Rose-Hill. Une vingtaine de personnes ont répondu à cet appel de Jane Ragoo et de Reeaz Chuttoo.
Au début des discussions, Jane Ragoo a été choisie pour présider la première réunion de cette plateforme anti-privatisation. D’entrée de jeu, Reeaz Chuttoo a expliqué que cette décision de convoquer un front anti-privatisation n’est pas une démarche syndicale, mais une initiative citoyenne. « Jane et moi réagissons en tant que citoyens devant ce projet gouvernemental de privatiser la CWA et d’autres secteurs de notre économie, comme le port et la NTA », a-t-il expliqué.
Jane Ragoo a affirmé que les termes « privatisation » ou « partenariat stratégique » employés par le ministre de l’Énergie et des Services publics, Ivan Collendavelloo, ne vise « qu’à créer de la confusion dans la tête des gens ». La syndicaliste Rehana Ameer a déclaré que, quel que soit le terme employé, quand il y a une agence gouvernementale qui est reprise par le secteur privé, « c’est toujours les citoyens qui en paient les pots cassés ». L’avocat Dev Ramano a pour sa part affirmé que la privatisation est une « politique de ce gouvernement mise en oeuvre dans le cadre de sa politique néolibérale » (inspirée par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale), « où il y a un désengagement progressif de l’État envers ses citoyens pour les laissés entre les mains du secteur privé ». Et de s’indigner : « Sekter prive ena enn sel bu : se le profi ! »
Les participants aux débats ont également exprimé leur indignation envers les déclarations de certains dirigeants à l’effet que « l’eau est bon marché » à Maurice. « Ils recherchent toutes sortes de justifications, allant jusqu’à blâmer les employés pour privatiser au lieu de donner les moyens pour un redressement. » L’universitaire Sheila Bunwaree a de son côté expliqué que, « partout dans le monde où il y a eu privatisation du secteur de l’eau, cela a été suivi d’une augmentation » des prix. « C’est un fait vérifiable. Une augmentation du prix de l’eau amène à un accroissement de l’inégalité et de la pauvreté ! L’eau c’est un droit ! », s’est-elle écriée avant de préconiser une « mobilisation tous azimuts de la population » contre ce projet de privatisation. « Le problème de l’eau mène à l’insécurité alimentaire, laquelle mène à la pauvreté ! » En sus d’affirmer que les “Smarts Cities” et les « terrains de golf pour les riches von exacerber le problème » d’eau. « Eski zis bann ris ki pou kapav gagn akse a lo ? » s’est-elle demandée. Anand Purahoo, Atma Shanto, Enrico Permam et Dino Dig ont tous dénoncé « la politique de privatisation que veut promouvoir » le gouvernement. Ils estiment que cela se fera « au détriment de la population ».
Après presque deux heures de discussions, un certain nombre de décisions ont été prises pour, d’une part, élargir à la composition de la plateforme et, ensuite, vulgariser ses actions. La première d’entre elles est d’écrire au gouvernement pour lui demander de reporter, au-delà de la prochaine présentation du Budget, sa décision concernant une éventuelle privatisation de la CWA, soit le temps nécessaire pour débattre de la question. « C’est une urgence ! » ont-ils affirmé unanimement. « Nous invitons toutes les personnes de bonne volonté à se joindre à nous car nous avons besoin de la contribution de tous pour faire avancer notre cause », a lancé Jane Ragoo.