L’Attorney General des Seychelles, Ronny Govinden, est venu remettre les pendules à l’heure sur le décès dans l’archipel de Harmon Chellen, l’ancien directeur de l’Académie du Tourisme de Maurice. Les autorités seychelloises, se basant sur des éléments recueillis dans le cadre de l’enquête policière sur les circonstances de ce drame survenu le 18 août dernier, ont pris la décision d’instruire une enquête judiciaire sous l’article 347 du Criminal Procedure Code des Seychelles. Avec ce développement, la thèse du suicide colportée par la police de l’archipel est écartée et la piste d’un Foul play in police custody privilégiée. Cette annonce intervenue hier soir est accueillie avec un soulagement par la famille de Harmon Chellen, encore accablée par les circonstances dramatiques de cette disparition.
La déclaration de l’Attorney General est des plus catégorique quant aux circonstances du décès de Harmon Chellen le 18 août alors que celui-ci était sous le contrôle de la police suite à des allégations d’agression sexuelle portées par une femme de chambre du Constance Ephelia Resort de Port-Glaud. L’ancien directeur de l’Académie du Tourisme, qui était l’invité des Seychelles pour une Graduation Ceremony, est décédé alors qu’il était sous le contrôle de la police au poste de Port-Glaud.
Cette déclaration de l’Attorney General rend caduques les premières explications de la police des Seychelles à l’effet que le Mauricien aurait déjoué la surveillance policière dans la journée du 18 août dernier pour aller se suicider en mer tout près de l’Islette Island. Cette piste n’a pas tenu la route car dès le départ de forts soupçons de Foul play étaient évoqués.
D’abord, la victime avait été retrouvée torse nu et portant seulement des chaussettes. Mais à ce jour, aucune des pièces de vêtements manquantes n’a été retrouvée. Plus tard, les conclusions de la contre-expertise médico-légale, pratiquée par le Chief Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, en présence de l’ancien patron de la police médicale, le Dr Satish Boolell, devaient faire état d’hématomes sous la tempe du côté gauche.
« The police upon completion of their investigation forwarded all the relevant investigative files relating to the criminal complaint against and the ensuing death of M. Chellen to the Attorney General’s office. The Attorney General has scrutinised the files and he is of the opinion that the deceased has died whilst in police custody », souligne la communication officielle émanant de l’Attorney General’s Office à Mahé.
Ainsi, dans de telles circonstances, les dispositions de la loi prévoient l’institution d’une enquête judiciaire présidée par un magistrat avec l’audition des témoins potentiels sur le déroulement de la journée du 18 août au poste de police de Port-Glaud. « Cela ne veut pas dire que la police n’a pas bien fait son enquête, mais nous devons aller plus loin… et suivant cette enquête, nous déciderons s’il faut prendre des actions contre les personnes en question », ajoute encore l’Attorney General dans la communication officielle.
Dans ce qui s’apparente à un appel à témoins pour les besoins de cette enquête judiciaire, l’Attorney General des Seychelles avance que « in the inquest witnesses would be summoned to give evidence under oath before a Magistrate as to what they personally know in this matter. The Magistrate would thereafter give a finding on the facts and circumstances relating to the death of the deceased. Any legal decision relating to this matter would be taken after the finding of the inquest. Any person who feels that they would be able to contribute further by giving relevant evidence in the inquest may contact the police wherein a statement would be taken from them before they testify ».
À ce jour, aucune date n’a été arrêtée officiellement pour le début de cette enquête. Dans l’entourage de la famille de Harmon Chellen, ce revirement constitue un véritable soulagement. « La famille n’a jamais cru que Harmon Chellen aurait pu se suicider d’autant plus qu’il était extrêmement allergique à l’eau de mer. Dès le début, ils se sont appesantis sur le fait que l’ancien directeur de l’Académie du Tourisme était mort alors qu’il était sous la garde de la police des Seychelles. La famille prendra des dispositions pour assurer un Watching Brief lors de cette enquête judiciaire. Le souhait des proches de Harmon Chellen est de voir une étroite collaboration entre la police de Maurice et celle des Seychelles pour élucider ce décès suspect, le moins que l’on puisse dire, dans un poste de police seychellois », a déclaré au Mauricien Me Veda Baloomoody, dont les services ont été retenus par la famille depuis le 18 août dernier.
Rappelons que l’autopsie pratiquée par les autorités seychelloises n’avait pas mis en lumière les blessures relevées lors de la contre-autopsie à la morgue du Princess Margaret Orthopaedic Centre à Candos. Le communiqué de la police seychelloise avait déclaré que l’autopsie réalisée sur le corps a montré que Chellen est mort asphyxié dû à la noyade sans donner plus de détails.