JEAN CLÉMENT CANGY

En 2017, le philosophe français Michel Onfray  proposait dans son livre : Zéro de conduite : carnets d’après-campagne une analyse grinçante du personnel politique en France, à commencer par le président Emmanuel Macron qui venait d’accéder au pouvoir : «  Loin du général de Gaulle qu’il évoque avec des clins d’œil appuyés, Macron a simplement rassemblé sous son nom la rouerie et le cynisme de Mitterrand, la vassalisation et le pragmatisme de Chirac, l’énergie et l’hyper-présidence de Sarkozy, la roublardise et le sourire de Hollande : c’est l’homme de la synthèse construit par les médias aux mains de quelques-uns et par les marchés. » « Zéro de conduite propose la chronique d’un début de règne. On y croisera aussi nombre de personnages secondaires qui se croient principaux. Nul doute qu’avec ce personnel politique la preuve se trouve donnée que nous sommes sortis de l’Histoire… », peut-on lire en quatrième de couverture.

On peut reprocher à Michel Onfray une certaine arrogance dans le propos et un certain mépris du personnel politique, mais son analyse ne manque pas de pertinence.  « Mais au-delà des piques et des saillies, Onfray montre, si besoin en était, de manière à mon avis définitive, à quel point le « nouveau monde » est vieux, croulant, décati, éculé. Ce monde (…)  d’individus louches, magouilleurs, de menteurs, de carriéristes à la veste usée d’avoir été tant de fois retournée, d’élus sans conviction ni idée ni projet – à part de servir leurs intérêts propres -, (…) Ce monde macronien est un vieux monde, un très vieux monde. Lire Zéro de conduite suffit à dénoncer toute tentative de nous faire croire l’inverse », écrit M.C.   

À voir comment se comporte le personnel politique mauricien on n’est pas loin de leur décerner un zéro de conduite. De la bouche des politiciens de chez nous on entend tout et leur contraire. Le discours politique servant à justifier l’injustifiable. L’injustifiable dissimulant l’inavouable. Mais personne n’est dupe de la supercherie et surtout pas la population qui assiste à ce triste spectacle tantôt sidérée, tantôt en colère.

D’alliances en mésalliances, de retournements de veste en nouveaux credos, ainsi va la politique mauricienne. Plus d’idéologie, plus d’idée, plus de projet de société. Un immense vide. Un vacuum abyssal. En attendant, les pauvres demeurent toujours pauvres et les riches font toujours leur beurre, plus tendre que jamais. En attendant, la violence routière fait trois morts par semaine… Et tout le monde trouve cela normal. C’est dans la normalité des choses. En attendant, des jeunes traînent les rues, sans avenir. A la recherche de quelque paradis artificiel. En attendant, l’hôpital public souffre des mêmes insuffisances, de la même gabegie. En attendant, on a transformé le pays en un immense centre commercial. Qui le fréquente ? Alors que des Mauriciens mangent mal et se satisfassent de ce que les autres refusent de manger. Alors que d’autres s’empilent dans des réduits dans une promiscuité inacceptable. En attendant, on coupe allègrement des arbres et on s’étonnera au prochain été qu’il ne pleut pas et qu’à défaut de légumes pleins de pesticides on mangera du béton. En attendant le prochain sauveur qui nous sauvera… avec son cortège de promesses, jamais réalisées.

Avec ce qui se passe ces jours-ci, nul doute que nous sommes sortis de l’Histoire. Et si nous n’y prenons pas garde, au lieu d’une recomposition du paysage politique nous assisterons à sa décomposition. Et cela est mauvais pour la démocratie, cette démocratie scrupuleuse que tout le monde appelle de ses vœux.

À méditer ces paroles de Jacques Dutronc, toujours d’actualité, dans sa chanson, L’opportuniste :

(…) Il y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent
Moi je ne fais qu’un seul geste, je retourne ma veste,
Je retourne ma veste toujours du bon côté (…)

Je n’ai pas peur des profiteurs
Ni même des agitateurs
Je fais confiance aux électeurs, et j’en profite pour faire mon beurre (…)

Je suis de tous les partis
Je suis de toutes les patries
Je suis de toutes les coteries
Je suis le roi des convertis. » (…)