UNE CITOYENNE CONCERNÉE

Madame la ministre de l’Égalité des genres, du Développement de l’enfant et du Bien-être de la famille,

Monsieur le Commissaire de police,

Monsieur le Directeur des Poursuites publiques (DPP),

L’autre jour, en rentrant d’une magnifique journée en famille à la plage, nous avons été témoins d’une scène qui nous a perturbés :

En bordure de route et à proximité d’un champ de cannes, un jeune homme bat sa femme… enceinte ! Nous nous arrêtons pour demander à cette dame si elle a besoin d’aide. Elle pleure et nous demande de l’aider car son mari la bat… et lui, impassible, nous dit de poursuivre notre route car tout va bien. On décide d’appeler la police et, pendant ce temps, des voitures s’arrêtent et les badauds s’approchent. Ils questionnent le jeune homme puis finissent par le tabasser un peu. Ce dernier avoue qu’il bat sa femme et qu’il en a le droit car « MO FAM SA » !!!
Au téléphone, la police ne me demandera ni mon nom, ni l’adresse ni même le numéro du véhicule du jeune homme en question, juste un « ouais ok » avant de me raccrocher au nez.
Nous décidons finalement de partir car la situation dégénère et nos enfants en ont assez vu.

Mais un goût amer reste… Cette femme ne pourra pas être protégée car la police n’a rien pris comme information et je ne comprends pas comment ils pourront intervenir !
A la maison, mes filles me posent beaucoup de questions « pourquoi la fille pleurait », « pourquoi son mari la frappait » , etc… J’explique comme je peux et je leur fais comprendre qu’elles ne devront jamais accepter ce genre de traitement d’un homme ou de qui que ce soit d’ailleurs !
Avant de se coucher, mon aînée me demande : « Tu penses que la police est déjà là-bas ? » Sans y croire vraiment, je lui dis « oui je l’espère… » Ce à quoi elle me répond : « Mais s’ils ne savent pas comment la trouver et s’ils ne l’aident pas, qui l’aidera ?! »
Nous sommes en 2019, chaque jour des femmes sont battues sans complexes et je me demande combien d’appels la police ne prend pas en compte, combien de femmes sont blessées chaque jour alors qu’elles auraient pu être protégées, combien de féminicides sont commis à cause de l’inaction de ceux qui sont censés nous protéger ?

J’espère un jour pouvoir dire à mes filles qu’elles pourront compter sur les instances publiques pour les protéger mais je vois mal comment elles me croiront si c’est le seul souvenir qu’elles gardent de ce moment. La Journée internationale contre la violence faite aux femmes est le 25 novembre, j’espère voir ce jour-là, en grand titre des journaux, toutes les initiatives que vous avez mises ou mettez en œuvre pour nous protéger nous les femmes ainsi que nos enfants.