La publication du rapport de la Commission d’enquête Lam Shang Leen vendredi dernier a eu un effet d’entraînement dont l’issue au plan politique demeure encore incertaine.
Dès sa publication, les partis de l’Opposition, en particulier le MMM et le Ptr, en ont fait leur cheval de bataille pour tenter de forcer la démission du gouvernement vers les législatives dans les meilleurs délais.

Le MMM considère que le rapport de la Commission fragilise le gouvernement, qui se retrouve à la merci de chantage des membres du gouvernement et des parlementaires de la majorité dont certains ont été contraints à démissionner du gouvernement. Le Parti travailliste n’est, lui, pas passé par quatre chemins pour estimer que ce rapport a donné un coup fatal à ce gouvernement qu’il a qualifié de « pourri » et réclame également des élections générales. Le leader des rouges a annoncé la décision de son parti d’engager une campagne contre ceux perçus en ce moment comme les maillons faibles de l’alliance gouvernementale, à savoir Roubina Jadoo-Jaunbocus dans la circonscription n° 2 à Port Louis, Sanjeev Teeluckdharry dans la circonscription n° 5 à Triolet et Sudhir Sesungkur dans la circonscription n° 10 à Bel Air.

L’idée consiste, selon ses dirigeants, à maintenir une forte pression sur le gouvernement en place dans l’espoir de le déstabiliser. Le gouvernement, en particulier le MSM, accuse le coup en ce moment face à ce rapport qualifié de “rotin bazar” dans certains milieux du fait que le rapport donne à première vue la perception d’une raclée donnée au gouvernement; et ce, du fait que ce sont surtout les avocats membres de ce parti qui ont été pris à partie par le rapport Lam Shang Leen, en particulier Roubina Jadoo-Jaunbocus, qui était mem- bre du Cabinet, et Sanjeev Teeluckdharry, qui était adjoint au Speaker de l’Assemblée nationale. Ces der- niers clament leur innocence et s’apprêtent à engager des actions judiciaires pour se défendre contre les ac- cusations portées à leur encontre. Le leader du MSM et Premier ministre Pravind Jugnauth est visiblement tiraillé entre la raison et l’émotion. Il doit reconnaî- tre le bon travail abattu par la Commission d’enquête sans acculer les membres de son parti qui doivent s’évertuer à blanchir la réputation « bien qu’ils soient innocents tant qu’ils ne sont pas condamnés par une cour de justice ». Pourtant la balle est pour le moment dans le camp du Premier ministre. Il lui revient de tout faire pour maintenir la main dans ce jeu de poker politique face à des adversaires coriaces.

Il faut reconnaître que c’est le présent gouvernement qui a pris le risque d’instituer une Commission d’enquête, qui a choisi un président, en la personne de l’ancien chef juge Paul Lam Shang Leen, et ses deux assesseurs Samioullah (Sam) Lauthan et Ravind Kumar Domun contre lesquels il n’y a eu aucune contestation. La Commission a été menée de main de maître jusqu’à ce que son rapport ait été remis au Président de la République, et par la suite au Premier ministre.

Le vin est tiré, le Premier doit maintenant le boire sans amertume aucune – et jusqu’à la lie – et prendre le taureau par les cornes. Il lui revient maintenant de démontrer que la constitution d’un Comité ministériel pour se pencher sur le rapport n’est pas un stratagème pour retarder la mise en œuvre des recommandations du rapport. On s’attend à ce que les sanctions soient prises sans tarder et que les enquêtes appropriées soi- ent initiées là où cela s’avère nécessaire. Tout se situe dans sa capacité de passer à l’action même si cela im- plique le sacrifice de ses proches. Il lui revient main- tenant de prendre les décisions courageuses que les circonstances actuelles commandent sans tarder afin d’éclaircir la situation car le flou joue en faveur des trafiquants de drogue.