Entre janvier et juillet de cette année, 887 disparitions ont été rapportées à la police. Et à ce jour, 399 personnes sont toujours portées manquantes – ni mortes, ni vivantes. Les proches de personnes disparues comme ceux d’Akmez Aumeer, Moise Philippe, Hemantparsad Ramchurn et ces centaines d’autres cas non élucidés chaque année, doivent composer seuls avec la souffrance en pensant à cet être cher évanoui du jour au lendemain. Leur quotidien est fait d’angoisses et d’incertitude, étant dans l’incapacité de faire leur deuil.

15 heures, Camp Fouquereaux. Le téléphone retentit. A l’autre bout du fil, le chauffeur du ramassage scolaire de la fille de Nazleen Aumeer qui demande où est cette dernière. La peur et l’effroi gagnent subitement son regard alors qu’elle répond à l’individu, d’une voix cassée et tremblante, que “Alyssa est à l’école”. Quelques instants plus tard, c’est le soulagement car le chauffeur aperçoit enfin la petite fille de 10 ans. Ces quelques secondes ont été suffisantes pour réveiller le traumatisme et l’angoisse de la mère d’Akmez Aumeer, porté disparu depuis 16 ans cette année. “Chaque jour qui passe, mon cœur de mère saigne toujours de la disparition de mon fils. C’est comme une plaie ouverte qui n’a jamais cicatrisé”.

La mort dans l’âme

Pour Nazleen Aumeer, Odile Philippe, Indira Ramchurn et ces autres qui ont soudainement perdu un proche, les années n’atténuent pas la souffrance “car nous ne sommes pas en mesure de faire notre deuil”. C’est la mort dans l’âme qu’Odile Philippe se rend à la morgue à chaque fois qu’un cadavre inconnu correspondant physiquement à celui de son fils disparu est découvert. Âgé de 28 ans au moment de sa disparition, cette année il aurait fêté ses 38 ans. Dix ans plus tard, sa mère et sa sœur gardent un mince espoir de le retrouver vivant. Le scénario douloureux du jour entourant sa disparition se rejoue souvent dans la tête de sa mère. Il avait été “admis à l’hôpital de Candos pour une blessure qu’il s’était lui-même infligé au cou”, et elle se souvient de ce coup de téléphone de l’administration du centre hospitalier l’informant de la fuite de son fils. Au fil des heures, des recherches, des investigations policières, l’angoisse s’est transformée en désespoir, la rongeant chaque jour de l’intérieur.

À New Grove, Hemantparsad Ramchurn est porté manquant depuis plus d’un an. “C’était un énorme choc pour nous. Il était habillé très chic ce jour-là comme toujours mais est sorti pour ne plus jamais revenir”, relate sa belle-sœur Indira.

Odile Philippe montrant une photo de Moïse,
son fils disparu depuis 10 ans.

Souvenirs douloureux

La tristement fameuse disparition du petit Akmez Aumeer à l’âge de 9 ans en 2003 à Camp Chapelon, Pailles, reste toujours aussi mystérieuse. Les enquêtes policières qui se sont succédé sous différents gouvernements n’ont rien donné jusqu’ici. La police n’a jamais été en mesure d’élucider l’affaire. Pour tenter de recommencer à vivre normalement, la famille du garçonnet s’est installée à Camp Fouquereaux. “C’était difficile pour nous de continuer à habiter dans cet endroit qui nous rappelait autant de souvenirs douloureux”. Seize ans après, l’émotion et la souffrance de reparler de son petit gars qui aurait soufflé ses 26 bougies cette année sont les mêmes. « Je me souviens de tout. Ce 25 janvier 2003, Akmez et son petit frère de 3 ans jouaient dans le van devant la porte. À un moment donné, alors qu’il venait chercher un peu d’eau à boire, mon cadet m’a rapporté que son frère n’était plus là. Étant un enfant très obéissant qui ne sortait presque pas, j’ai pensé qu’Akmez devait être quelque part. À ce moment, je ne savais pas que ma vie ne serait plus jamais la même”, confie Nazleen, les yeux remplis de larmes.

S’accrochent à l’espoir

La famille de Moïse Philippe, qui vivait à Pointe-aux-Sables, habite aujourd’hui Vacoas. Assise sur une chaise dans la salle à manger, Odile nous montre une photo où nous voyons son petit garçon tout sourire et plein de vie, ainsi que deux autres membres de cette fratrie de sept enfants. Son cœur de mère garde toujours espoir de revoir un jour son fils vivant, bien qu’elle soit “découragée et épuisée”.

Du côté de New Grove, l’espoir est encore intact car “il ne se passe pas un jour sans que nous pensions à Hemantparsad. S’il avait coutume de se rendre à la boutique du coin, il ne partait jamais plus loin. Nous vivons dans l’attente de son retour.”

Les épreuves, les coups bas, les jugements de part et d’autre, aussi bien que les personnes malveillantes qui ont gravité autour d’eux depuis la disparition de leur fils ont suscité une grande méfiance chez la famille Aumeer. À maintes reprises, ils ont été contactés par des individus véreux voulant leur extorquer de l’argent en échange d’Akmez. “Mais encore, beaucoup de personnes nous ont donné de faux espoirs, nous disant l’avoir vu. À chaque fois, c’est la désillusion et nous souffrons énormément”. Parallèlement, la famille Ramchurn est aussi souvent invitée à chercher dans les autres villages du Sud, comme Grand-Bois et tout dernièrement Rivière-des-Anguilles. C’est toujours peine perdue.

En dix ans, Odile Philippe a fait beaucoup de démarches, dépensé beaucoup d’argent, marché jusqu’au bord de l’essoufflement, entre autres tests ADN pour essayer de retrouver Moïse. On lui a aussi fait miroiter l’espoir que son fils est vivant. “Si c’était le cas, li ti pou vini. Nous pa kapav fer nou dey e ankor mwin enn rit finerer parski nou pa kone si li mor ou vivan”. Quant à cette “pseudo-enquête de la police qui ne mène nulle part”, elle n’y croit plus. Comme Nazleen, elle cherche aussi cet être perdu sur le visage de chaque personne dont l’âge avoisinerait celui de Moïse. “C’est indépendant de ma volonté. On est à l’affût, que ce soit en bus, à la plage, au supermarché et les endroits qu’il fréquentait”. Des questions fusent chaque jour dans la tête de Nazleen. Est-il vivant ? Si oui, dans quelles conditions ? Souffrent-ils ? Que dire de ces jours de fête, comme Noël, la fête des mères, le jour de l’anniversaire des disparus, etc. “Je demande à Dieu dans mes prières d’épargner cette douleur à d’autres”.

Patrick Perne :
“Comment faire mon deuil ?”

“Ce 29 août 2019, ça fera trois ans que mon fils Stéphane a disparu. Une coïncidence que ça tombe un jour avant la Journée Internationale des Personnes Disparues. Chaque jour qui passe, il me manque toujours autant. Lors des rencontres familiales, nous faisons toujours une prière pour les personnes qui sont à l’extérieur, ou encore ceux qui sont partis. Mais dans le cas de Stéphane, nous ne savons pas ce qui s’est passé. Comment faire mon deuil quand je ne sais pas où il est ? Comment il vit ? S’il est au ciel, j’aimerais au moins connaître comment s’est passé son départ. Autant de questions qui me taraudent au quotidien car c’est une blessure qui ne cicatrisera jamais. Pourtant, l’espoir de le retrouver un beau jour est toujours présent. Du côté des autorités, l’enquête est au point mort”.

30 août
Journée internationale des personnes disparues

Rendre hommage à toutes ces personnes qui ont disparu, c’est le but de la journée observée le 30 août. À travers le monde, des milliers de personnes disparaissent chaque année. En 1981, à la demande de la Fédération sud-américaine des associations de familles de détenus et de personnes portées disparues, cette journée internationale fut décrétée par l’Assemblée Générale de l’ONU. L’objectif de ce triste anniversaire est d’attirer l’attention de l’opinion internationale sur toutes ces personnes qui sont toujours portées manquantes.

Ce que dit la loi

Le point avec Me Neelkant Dulloo sur les dispositions légales à Maurice suite à la disparition d’un citoyen.

Les procédures en cas de situation de disparition

Quand il y a une disparition, les membres de la famille doivent obligatoirement informer la police. Une enquête est initiée pour retracer l’individu. Mais quand il devient évident qu’une personne a cessé de paraître au lieu de son domicile ou de sa résidence sans que l’on en ait eu de nouvelles, un juge peut à la demande des parties concernées ou de ministère Public constater qu’il y a présomption d’absence.

L’absence est officielle assimilée à un décès lorsque…

Il se sera écoulé trois ans depuis la décision qui a constaté la présomption d’absence ; l’absence en elle-même pourra être déclarée par un juge à la requête de toute personne intéressée ou du ministère Public. Il en sera de même si la personne a cessé de paraître au lieu de son domicile ou de sa résidence, sans que l’on ait eu de ses nouvelles depuis plus de cinq ans.

Disparition en mer.

Les conclusions sont que la personne a disparu dans les circonstances de nature à mettre sa vie en danger et que son corps n’a pu être retrouvé. Dans ce cas, l’individu en question peut être judiciairement déclaré mort, à la requête du ministère Public ou des parties intéressées. Il n’y a pas de délai. La procédure ou la déclaration judiciaire de décès est applicable lorsque le décès est certain mais que le corps n’a pu être retrouvé. Si le juge estime que le décès n’est pas suffisamment établi, il peut ordonner toute mesure d’information complémentaire et requérir notamment une enquête administrative sur les circonstances de la disparition. Si le décès est déclaré, sa date doit être fixée en tenant compte des présomptions tirées des circonstances de la cause et, à défaut, au jour de la disparition. Cette date ne doit jamais être indéterminée.

En ce qui concerne ses biens, son mariage, etc.

Le juge peut désigner un ou plusieurs parents ou alliés ou toutes autres personnes pour représenter la personne présumée absente dans l’exercice de ses droits ou dans tout acte auquel elle serait intéressée, ainsi que pour administrer tout ou une partie de ses biens. La représentation du présumé absent et l’administration de ses biens sont alors soumises aux règles applicables. Le juge peut, à tout moment et même d’office, mettre fin à la mission de la personne ainsi désignée, et peut également procéder à son remplacement. Si le présumé absent est appelé à un partage, le juge peut autoriser le partage, même partiel, et designer un notaire pour y procéder. Le conjoint de l’absent peut contracter un nouveau mariage.

Demande de pension

Suivant l’importance des biens, le juge fixe les sommes qu’il convient d’affecter annuellement à l’entretien de la famille aux charges du mariage. Le juge détermine comment il est pourvu à l’établissement des enfants. Il spécifie aussi comment sont réglées les dépenses d’administration et la rémunération. Si besoin est, on peut faire appel au bon sens du ministère de la Sécurité sociale pour les démarches administratives en vue d’obtenir une allocation sociale temporaire. Avant que la décision déclarative d’absence soit rendue, on peut toujours trouver des solutions pratiques pour l’obtention d’une pension temporaire si la demande est réelle et urgente pour les “basic needs”, surtout lorsqu’il y a des enfants présents.