Deux dossiers majeurs ont animé la tranche du Question Time des travaux de l’Assemblée nationale d’hier après-midi. D’abord, le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Anil Bachoo, a été soumis à un feu roulant d’interpellations supplémentaires venant des rangs de l’opposition au sujet des retards accumulés dans la fin des travaux de construction de la Terre-Rouge/Verdun Link Road, soit déjà dix mois. Un autre dossier brûlant au niveau de l’Infrastructures routière demeure l’introduction du péage sur les routes, avec la mise à exécution du Road Decongestion Programme sous la responsabilité de la Road Development Authority (RDA). Interpellé à ce sujet par le député Raffick Sorefan, le vice-Premier ministre et ministre de tutelle a révélé que tôt ou tard avec la livraison de la route Terre-Rouge/Verdun, le gouvernement sera appelé à entériner une décision sur le projet de Toll Road Network avec accès à la capitale.
De son côté, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, a déclaré que pas moins de 54 sociétés sont impliquées et font l’objet d’enquête de la part des autorités compétentes, dont le Central CID, à la suite de l’éclatement du scandale des arnaques financières avec Sunkai Co Ltd, White Dot International Consultancy Co Ltd et Je T’Aime Marketing Co Ltd, en tant que locomotive. Il a réitéré l’intention des autorités en vue de recouvrer le maximum des avoirs au nom des compagnies concernées afin de les vendre pour assurer le versement d’une compensation aux victimes des Ponzi Schemes.
L’affaire du Foyer Namasté continue de hanter la ministre Mireille Martin, qui a essuyé un véritable barrage de questions de l’opposition, dont de la parlementaire mauve Lysie Ribot. Les députés de l’opposition ont pris la mouche devant la déclaration de la ministre confirmant qu’une enquête a été ouverte sur les activités de l’ONG Open Mind au lieu que le problème de pédophilie alléguée de Namasté soit approfondi.
« Government will have to take a decision (on the toll road project) sooner or later », a répondu le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques à une interpellation du député du MSM, Nando Bodha par rapport à la mise en service de la Terre-Rouge/Verdun Link Road à partir de juillet prochain. Cette nouvelle route, permettant d’éviter de traverser le centre ville de Port-Louis pour relier le Nord aux Plaines-Wilhems, fait partie du Tollable Road Network. Le député de l’opposition voulait connaître les modalités de la mise en service de ce tronçon du réseau routier en vue de décongestionner les principales artères de l’île, dont celles menant à Port-Louis.
Initialement, Anil Bachoo avait fait comprendre à Raffick Sorefan que la collection du péage auprès des automobilistes sur les routes se fera par voie d’un Electronic Tolling System et que la formule du Public Private Partnership a été privilégiée pour la réalisation de ce projet.
Sorefan : Peut-il nous révéler les solutions envisagées si le montant du péage récolté par l’opérateur est inférieur aux prévisions établies ? Le gouvernement sera-t-il amené à assurer la différence dans ces revenus ?
Bachoo : C’est au contracteur désigné de se débrouiller. Government has nothing to do with that…
Sorefan : Peut-il expliquer à la Chambre et à la population comment feront les habitants de Valentina et des environs, qui sont encerclés par le réseau de routes à péage ? Devront-ils payer à chaque fois qu’ils quittent leurs domiciles ?
Bachoo : Il est du devoir des autorités de prévoir des alternatives aux conducteurs qui veulent éviter d’utiliser le réseau de routes à péage. Il en sera de même dans tout le système.
Auparavant, lors de la séance d’hier après-midi, le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques a confirmé que les travaux de la Terre-Rouge/Verdun Link Road, qui ont démarré le 18 février 2010, n’ont pas été complétés dans les délais prescrits, soit au 17 octobre de l’année dernière. Il répondait toujours au député Sorefan. En principe, cette route devra être livrée à la RDA le 17 juillet prochain.
Bachoo : Le projet a accumulé des délais en raison de plusieurs facteurs, dont des retards dans la prise de possession du site par les contracteurs suite à des litiges avec d’anciens propriétaires de terrain refusant catégoriquement d’évacuer les lieux, des conditions climatiques difficiles et des pluies exceptionnelles, des glissements de terrain non prévus dans cette région montagneuse, des travaux supplémentaires exécutés par la firme de construction concernée, la construction de quatre Underpasses additionnels à l’intention des petits planteurs alors que le projet initial n’en prévoyait qu’un entre Bois Pignolet et Valton, la Dualling of Road entre Khoyratty et Calebasses et des travaux de réhabilitation des accès et des Track Roads.
De ce fait, les contracteurs ont bénéficié d’une extension de la durée des travaux avec la livraison de la route étendue au 17 juillet prochain. Les coûts additionnels des travaux sont de l’ordre de Rs 58 624 868. De ces dernières réclamations, seul un montant de Rs 18 864 629 a été réglé jusqu’ici.
Sorefan : Il me semblerait n’avoir pas entendu le ministre faire état de l’expert en géotechnique ?
Bachoo : Je m’excuse. Je suis informé que la Road Development Authority n’a pas procédé à la nomination de cet expert en géotechnique. Ses expertises font partie des services sous le contrat de Consultancy. Dans ce contexte, la firme de consultants, Egis International, avait eu recours au concours de cet expert en deux occasions. Une somme de 12 200 euros a été payée à cet effet. Les rapports de cet expert sont de nature technique et ne peuvent être rendus publics.
Hanoomanjee : J’ai entendu le ministre justifier le retard dans les travaux par des problèmes de glissements de terrain et l’autorisation des planteurs. Il me semble qu’avant le démarrage de tout projet, le ministère des Infrastructures publiques se fait un devoir d’exiger une étude de faisabilité. Puis-je savoir si dans ce cas précis, une telle démarche a été imposée et si tel est le cas pourquoi les problèmes rencontrés n’ont-ils pas été mentionnés ?
Bachoo : En fait, la firme BCEOM avait été nommée en tant que consultante. An intensive survey was carried out. Dans le passé, suite à des interpellations à cette Chambre, j’avais fait comprendre que c’est une région extrêmement difficile. Nous avions pris toutes les mesures nécessaires mais nous n’avons pu éviter des glissements de terrain. Nous avons mobilisé de l’expertise venant de France pour essayer de trouver des solutions. C’est l’une des raisons.
Puis il y a eu l’entêtement de quatre anciens propriétaires, qui ne voulaient nullement évacuer les lieux pour les travaux. Dans un des cas, les ingénieurs de mon ministère ont été menacés avec un fusil. Un véritable problème, avec le commissaire de police appelé à intervenir. Cela nous a pris des mois pour permettre au contracteur de prendre possession du site.
Lesjongard : Ce matin avec la PNQ du leader de l’opposition, nous nous retrouvons avec un autre cas de délais inacceptables pour la mise à exécution de projets. Le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques considère-t-il normal que pour des contrats d’une durée de deux ans, des extensions de dix mois soient accordés ?
Bachoo : Comme je l’ai dit c’est un méga projet qui est réalisé pour la première fois dans l’histoire du pays. (Des interruptions se font entendre.) Puis quand la route sera prête vous verrez de quoi il s’agit…
Speaker : No interruption…
Bachoo : Si vous voulez que je réponde, je vais le faire. Au cas contraire… Également, il ne fait pas occulter le fait que le projet se résume à la construction d’une route entre deux montagnes. We are cutting the mountain… Je ne suis ni ingénieur ni expert en la matière. (De nouvelles interruptions). Soit ils veulent écouter soit ils ne veulent pas… Nous avons eu à faire face à de graves problèmes de glissement de terrain. Nous avons voulu prendre toutes les précautions pour que cela ne se reproduise pas quand la route sera opérationnelle. Nous avons eu une saison pluvieuse sortant de l’ordinaire. Nous avons eu à attendre que le chantier s’assèche pour reprendre les travaux. Nous avons toute une équipe d’ingénieurs affectés à ce projet sans oublier ceux de BCEOM et de France.
Bhagwan : Puisque le vice-Premier et ministre des Infrastructures publiques parle de Mega Highway, peut-il informer le pays et la population en général que suite à ce qui s’est passé récemment avec pas moins de 21 victimes sur les routes en raison de négligence criminelle, quelles sont les mesures supplémentaires envisagées avec l’ouverture de cette route pour ne pas ajouter de nouvelles victimes sur la tête du ministre ?
Bachoo (visiblement irrité) : I take strong exception to the statement made by the Honourable member. Ce n’est nullement une plaisanterie. They want me to rush but I cannot rush. Nous avons pris des mesures de précaution…
Dans le brouhaha rendant inaudible la suite de la réponse d’Anil Bachoo, on entend le mot “Yamraj” répété à plusieurs reprises des bancs de l’opposition.
Speaker : There should be no interruption… Honorable Bhagwan soit vous voulez prendre connaissance de la réponse à votre interpellation soit non…
Bachoo : Entre 2000 et 2005, rien n’avait été fait pour les drains dans le pays… Même si j’étais ministre, les fonds n’étaient nullement disponibles dans le budget pour ces travaux…
Cette réponse est également interrompue par des remarques venant des rangs de l’opposition et le Speaker tentant de ramener la discipline au sein de l’hémicycle.
Bachoo : Li pe nek koze koze. Comme je l’ai dit, nous avons pris toutes les mesures nécessaires. La route sera prête dans quelques mois mais en même temps nous avons eu à régler le problème de glissement de terrain. C’est un problème très grave. Au ministère et à la RDA, nous voulons nous assurer qu’il n’y ait pas de problème. This is a highway from one end to the other.
Sorefan : Les problèmes qui ont surgi ne font-ils pas partie du design de ce méga projet, comme le dit le ministre, et que la RDA n’a pas été en mesure de concevoir ?
Bachoo : Ce n’est pas la RDA. La RDA avait commandité le projet. Nous ne pouvions savoir ce qu’il peut y avoir à 30 ou 40 pieds de la surface. Nobody will be in a position to know. Je le répète, nous ne sommes pas des experts en la matière. La RDA a pris le relais mais le travail a été confié à des firmes spécialisées. I would like to reassure the House that we want to see that nothing should be left just like that. Tout doit être fait comme il faut.
Sorefan : Le ministre a annoncé la fin des travaux pour le 17 juillet. C’est déjà derrière la porte. Qu’en sera-t-il si tel n’est pas le cas à la date annoncée ?
Bachoo : Tout dépend. La mise à exécution du projet n’est pas sous mon contrôle. Nous avons des consultants. Il faut rappeler qu’il y a quelques mois de cela, le même honorable membre avait fait état des réclamations de Rs 704 millions. Je me rappelle de cette affaire et des rumeurs. Aujourd’hui qu’en est-il ? Il est clair que le gouvernement veut aller de l’avant avec ce projet en dépit des rumeurs.
Jugnauth : En réponse à la PNQ du leader de l’opposition du 5 juin 2012, le ministre avait parlé des réclamations de Rs 3 millions. Aujourd’hui, il fait état de Rs 58 millions. Qu’en est-il ?
Bachoo : J’ai fait état de travaux supplémentaires comme les quatre Underpasses, des facilités de lumière et la double voie de Khoyratty à Terre-Rouge. L’opposition avait parlé de Rs 704 millions et mon ministère avait mentionné le montant de Rs 490 millions. En fait, il y a eu des négociations et nous sommes arrivés au montant en question.
Le scandale des arnaques financières est également remonté à la surface lors du Question Time d’hier. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances a révélé que pas moins de 54 entités, principalement des filiales opérées par les promoteurs de ces investissements fictifs, font l’objet d’enquête de la part des autorités, dont le Central CID ou encore l’Asset Recovery Unit sous l’égide du Directeur des poursuites publiques. Les compagnies têtes de série dans cette fraude sont White Dot International Consultancy Co Ltd, Sunkai Co Ltd et Je T’Aime Marketing Co Ltd.
En réponse aux interpellations supplémentaires des députés du MMM, Kee Chong Li Kwong et Reza Uteem, le ministre des Finances a également annoncée l’arrivée d’une mission spéciale du Fonds monétaire international (FMI) incessamment en vue de collaborer avec les autorités à ce sujet. Il a cité la fin de ce mois comme période de discussions avec le FMI. Il a également fait état de l’assistance du Serious Fraud Office sollicitée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, auprès des autorités britanniques.
Xavier-Luc Duval a ajouté que l’un des objectifs prioritaires de l’action de l’Asset Recovery Unit sera de recouvrer un maximum d’avoirs de ces sociétés impliquées, que ce soit à Maurice ou à l’étranger, afin d’assurer le versement d’une compensation aux victimes de ces Ponzi Schemes.
Par ailleurs, l’affaire des abus allégués au Foyer Namasté prend une autre tournure avec la ministre Martin confirmant en réponses aux interpellations de l’opposition que le ministère a diligenté une enquête sur les activités d’Open Mind. « There is an enquiry on Open Mind which were in presence of certain information on Foyer Namasté since 2012. Open Mind est allée faire état de ces informations à la presse au lieu de saisir le chef de Cabinet de mon ministère pour une enquête aux termes des dispositions de la loi. Il y a un aspect confidentiel à observer quand il s’agit d’enfants », a-t-elle déclaré en substance à une des nombreuses interpellations supplémentaires de Lysie Ribot à ce sujet.
Dans la réponse liminaire au sujet des traitements suivis par trois internes du Foyer Namasté sous le contrôle d’Open Mind, Mireille Martin a déclaré que « When these three children were subsequently transferred to another shelter, my Ministry’s priority was to facilitate their adjustment in their new environment. Pending the overall evaluation of their situation, they were followed by a psychologist of my Ministry. As regards their attendance at Open Mind Centre, my Ministry was informed on the 8th of April 2013 that Open Mind Centre had some information as regards allegations of abuse on children who were residents of Foyer Namasté. The following day, that is, on the 9th of April 2013, one officer of my Ministry accompanied by a police officer called on the director of Open Mind Centre who handed over a Paper to them. The contents of the document provide strong indication that professionals of Open Mind Centre were in presence of crucial information which they did not report to the Permanent Secretary of my Ministry, as provided for in Section 11 of the Child Protection Act. Consultations with a view to clarifying matters have accordingly been initiated and are still ongoing. »