Décidément les derniers locataires du Réduit semblent avoir de la difficulté à quitter le château. En effet, il paraît que le président par intérim fait de la résistance pour quitter le bout du monde, tout comme l’avait fait sa « prédécesseuse », mais pas pour les mêmes raisons. Selon certaines sources, c’est la méthode de calcul de la pension qui pose problème. Doit-elle être calculée sur le salaire de l’intérim à la présidence ou celui de la vice-présidence ? On aurait cru qu’un vice-président qui vient d’être béni — avec toute sa famille — en audience privée par le pape François aurait accordé plus d’importance aux valeurs spirituelles que matérielles. Ce qui permet à certains de reprendre l’anecdote qui aurait valu à Navin Ramgoolam une partie de sa défaite. Pour faire partir l’actuel locataire du Réduit, il faudrait utiliser un « catori ». Espérons que les « terms and conditions » du prochain président seront claires et nettes pour éviter à l’avenir les négociations de départ prolongées. Voilà un autre sujet sur lequel ceux qui disent qu’il faut amender — d’autres, plus radicaux, emploient le terme remplacer – la loi électorale. Cette loi écrite et votée depuis l’indépendance, et que tous les partis qui sont arrivés au pouvoir depuis ont refusé de toucher, qui est aujourd’hui dépassée.

Les nombreuses critiques et protestations autour de la manière dont les dernières élections ont été organisées le prouvent. Revenons sur le système utilisé pour recenser les électeurs. A l’époque, il avait été conçu pour un nombre moins important d’électeurs et pour un pays où, les exceptions confirmant la règle, la population en âge de travailler et de voter rentrait chez elle avant 18h. Il était alors facile aux canvassers d’avoir accès à des maisons, à l’époque sans murs recouverts de fils barbelés et avec une porte blindée — sans compter quelques chiens — pour faire leur travail. Si d’aventure le chef de famille n’était pas rentré, l’épouse ou les membres de la famille élargie qui vivaient avec lui pouvaient donner toutes les informations nécessaires aux officiers. Ce n’est plus le cas aujourd’hui avec les heures de travail décalées, le travail des femmes et les problèmes de sécurité qui obligent à transformer chaque maison en une petite forteresse. Alors, dans ces conditions, comment recenser un électeur ou pire décider d’enlever son nom de la liste électorale parce qu’on n’a pas pu le rencontrer ? Je ne dis pas que tous les officiers bâclent leur travail basé sur un système archaïque, mais que l’on promulgue une nouvelle loi répondant aux critères d’aujourd’hui, pas ceux d’il y a cinquante ans. A l’heure d’internet, du téléphone mobile, de la carte d’identité numérique et des caméras du « Safe City » doit-on encore faire appel à eux pour établir la liste électorale ?

Passons sur la règle magique qui permettrait de ranger en ordre parfait les bulletins dans une urne scellée, qui est devenue un plaisanterie nationale et qui fait le buzz sur internet, et interrogeons-nous sur la méthode utilisée pour compter les bulletins. Selon la loi, le décompte doit commencer à 8h. Or, le 8 novembre dernier, dans tous les centres de dépouillement, les opérations ont débuté avec plusieurs heures de retard. Dans le No 10, il aurait commencé après l’heure du déjeuner selon la demande — d’autres disent l’exigence — de Navin Ramgoolam qui voulait vérifier de visu les ballots de bulletins. Pour quelle raison a-t-on accepté cette demande qui, selon certains claquait comme un ordre, d’un des nombreux candidats dans cette circonscription ? Résultat : le dépouillement des bulletins de vote s’est terminé au petites heures du matin et a donné lieu au triste spectacle d’un ancien Premier ministre exfiltré par la police par une porte de derrière, sous une pluie de bouteilles en plastique.

Curieusement le MSM, parti habitué à célébrer ses meetings par des chaînes de pétards canon, des hurlements au micro de Showkutally Soodhun et de bruyants défilés de voitures dans les villes et villages a pas ou a très peu manifesté pour sa victoire électorale. Le Premier ministre, qui ne lésinait point sur les moyens de publicités pour montrer la foule des partisans de son parti, a été très sobre cette fois. Il a laissé le soin à ses nouvelles recrues de continuer à dénigrer le MMM remplaçant ainsi les porte-parole du MSM du samedi. Le PM et le MSM se rendraient-ils compte qu’en dépit de leur majorité parlementaire, ils sont largement minoritaires dans le pays ? Encore une raison pour que l’on se débarrasse de cette loi électorale — et son système de repêchage — qui est loin de représenter l’expression du vote des électeurs.

Jean-Claude Antoine