« Il faut tout faire pour qu’il y ait une confiance totale dans l’avenir du pays ». C’est le voeu exprimé par le directeur du Joint Economic Council en cette fin d’année 2014. Commentant les derniers chiffres publiés par Statistics Mauritius sur l’économie de Maurice hier, Raj Makoond estime que le taux de croissance de 3,4 % qui est prévu pour cette année est nettement insuffisant pour relancer la croissance économique.
« Pour relancer l’économie une croissance de 5 à 6 % est nécessaire », insiste Raj Makoond, qui constate également que l’investissement qui tourne autour de 21 % a continué à baisser. La tranche concernant l’investissement privé dans le cadre du taux d’investissement a aussi continué à chuter. Aujourd’hui, elle tourne autour de 74 % du total d’investment rate. Il faut que cette tranche passe à 80 % avec un taux d’investissement de 30 % pour pouvoir atteindre une croissance de 6 %, dit-il. « On ne peut parler de croissance saine et durable sans la relance de l’investissement privé », estime Raj Makoond. C’est une question que l’on devrait prendre en considération dans le cadre de la préparation du prochain budget, dit-il.
S’agissant des défis que devront être relevés, Raj Makoond estime que priorité doit être accordée aux secteurs suivants : infrastructure, eau, électricité, connectivité surtout en termes d’accès aérien et d’internet à haut débit. La gestion macroéconomique, dit-il, est extrêmement importante et le moindre dérapage au niveau de la dette ferait du mal au pays. « Tout doit être fait pour que Maurice atteigne le groupe des 15 premiers pays dans le classement Doing Business de la Banque mondiale ».
Le reengineering de certains secteurs figure également parmi les défis à relever. Raj Makoond fait mention sous ce chapitre du secteur sucrier où la réforme n’est pas complétée. Il constate que le travail se poursuit dans le secteur textile alors qu’il faut passer au niveau de la haute valeur ajoutée dans le secteur des TIC. Dans le secteur seafood, le grand défi à relever consiste à rester compétitif face à la compétition féroce venant des pays asiatiques qui bénéficient d’une baisse du niveau des droits de douane. De son côté, le tourism net earning per night en 2014 est inférieur à celui de 2009. Il ne faudrait pas perdre de vue, dit-il, l’objectif consistant à faire venir à Maurice des « touristes haut de gamme » et prendre les initiatives qu’il faut afin de permettre à nos visiteurs de dépenser davantage.
Par contre, relève Raj Makoond, les opportunités sont énormes au niveau de l’Afrique. « Aujourd’hui, quelque 70 entreprises opèrent dans au moins 20 pays d’Afrique dans des secteurs aussi variés que le sucre, le tourisme, le textile, les services financiers, entre autres. Le potentiel pour nous est énorme. Il peut permettre de contrebalancer les risques qui se présentent dans la zone euro ». Il souligne également le potentiel existant au niveau du knowledge hub. « La création du Médine Education Village et du Charles Telfair Institute démontre que nous avons un potentiel assez important au niveau de l’industrie de la connaissance, qui représente un secteur d’avenir pour le pays. Pour réussir cela, il faut qu’il y ait un shared understanding entre les différents partenaires sur notre modèle économique ».
Rs 600 de compensation, un défi à relever
Sur le plan politique, Raj Makoond observe que « nous avons aujourd’hui un gouvernement avec une majorité confortable ». « C’est une opportunité et une occasion à ne pas rater. Il faut tout faire pour qu’il y ait une confiance totale dans l’avenir du pays. Tous les partenaires doivent travailler à la construction de cette confiance. Tout le monde doit s’y mettre, dans la construction de cette confiance qui va amener la confiance de l’économie ».
Évoquant la récente rencontre entre le ministre des Finances et les représentants du secteur privé, le directeur du JEC observe qu’elle a été très franche et très cordiale. « Nous avons donné notre point de vue sur la situation économique dans le pays. On s’est mis d’accord pour continuer à travailler ensemble et la prochaine réunion aura lieu en marge de la préparation du budget ».
Invité à réagir sur la compensation qui a été approuvée par l’Assemblée nationale lundi, Raj Makoond affirme qu’une compensation de Rs 600 représente Rs 3,4 milliards pour le secteur privé. « Dans une situation difficile surtout pour les petites entreprises qui emploient quelque 130 000 personnes, ce sera un défi à relever. Nous espérons que le prochain budget introduira des mesures de relance. C’est la croissance qui aidera ces entreprises à faire face aux coûts additionnels ».
Le directeur du Joint Economic Council estime que tout le monde doit faire un effort mais reconnaît que certaines entreprises seront en difficulté.
Invité à commenter le contentieux qui oppose la MSPA au JNP et l’appel lancé par le ministre des Finances concernant le paiement des jours de grève, Raj Makoond s’est montré très prudent. « Les parties concernées devraient travailler ensemble pour trouver une solution qui ne ferait pas mal à notre image et ne découragerait pas l’investissement », dit-il.