Le secrétaire général du MMM, Rajesh Bhagwan – qui se présentera à des élections générales pour la neuvième fois cette année – se retrouve de nouveau en première ligne quant à l’organisation de la campagne électorale du MMM. Fidèle à lui-même, il aborde cette campagne avec optimisme et enthousiasme. Pour lui, la décision du MMM de se présenter seul à ces élections est à l’origine d’une renaissance de ce parti et dit constater que bon nombre de militants qui avaient déserté le MMM sont de retour pour soutenir le parti. « Nous avons au MMM la volonté de vaincre ». Il affirme avoir retrouvé chez plusieurs militants le même enthousiasme qu’en 1982. Dans le cadre de cette interview, il souligne que la population a connu les gouvernements de Navin Ramgoolam et de Pravind Jugnauth, mettant néanmoins en exergue dans ce contexte électoral : « Ni Pravind ni Navin, l’heure du MMM a sonné… ».

Rajesh Bhagwan, vous êtes dans l’arène politique depuis plus de 30 ans. Qu’est-ce qui vous motive à vous engager à nouveau pour les prochaines élections générales ?
Ma plus grande motivation réside dans le fait que le MMM a décidé de se présenter seul à ces élections générales. J’avais déjà annoncé publiquement que je serai candidat à ces élections si le MMM y participait seul. Une décision en ce sens avait déjà été prise après les élections de 2014. J’ai maintenu la même ligne tout en reconnaissant qu’au niveau du parti, des camarades avaient adopté une position différente pour des raisons que je respecte. Au fil des mois et des semaines, la volonté de l’électorat du MMM d’aller seul aux élections s’est imposée d’elle-même. Aujourd’hui, à l’heure où je vous parle, cette décision a provoqué un enthousiasme extraordinaire de la part des militants de base, des sympathisants que ce soit dans les régions urbaines ou rurales. Ils se sont tous ralliés autour du MMM dans ce grand combat historique dans lequel nous nous sommes engagés pour les élections générales 2019.
Le congrès anniversaire célébré au Plaza a permis aux militants dont les jeunes et les femmes de manifester publiquement leur enthousiasme, et surtout leur adhésion aux valeurs de MMM. Cela a montré qu’aujourd’hui une grande partie de la population respecte MMM. Le fait d’aller aux élections seul est devenu un élément fédérateur autour du MMM. Je suis convaincu que la majorité des indécis choisiront le MMM. Ce combat me motive depuis 2014, que ce soit sur le terrain ou au parlement.

Jusqu’à la dernière minute, il y a eu des doutes de part et d’autre concernant la décision du MMM de se présenter seul…
Le MSM et une certaine section des médias ont encouragé le doute. Certains observateurs politiques se sont laissés prendre au piège. Aujourd’hui, tout le monde se rend compte que we mean business. Comme le leader Paul Bérenger l’a lui-même affirmé, le MMM cherche une deuxième naissance. Or les prochaines élections préparent le MMM de demain et préparent la relève au sein du parti. Lorsqu’on regarde l’enthousiasme autour de nos jeunes candidats et candidates aussi bien dans les régions rurales qu’urbaines, leur motivation lorsqu’ils font du porte-à-porte, il y a de quoi se réjouir. Non seulement, nous avons le courage d’aller seuls, mais nous avons cassé des tabous politiques en présentant un jeune professionnel comme Sébastien Lamy dans la circonscription No 6, Jean Marc Ah Foo dans la circonscription No 5 et Lucia Mélanie dans la circonscription No 10. Seul le MMM peut se hasarder à faire de tels choix politiques. À l’heure où je vous parle, je sens dans la population une volonté profonde de donner sa chance au MMM. La tendance dans la population est que « nou pale ni Pravind ni Navin ». Tout cela fait qu’aujourd’hui Pravind Jugnauth donne des signes évidents de nervosité. Il prétend être serein. Ce sont le MMM et Paul Bérenger qui sont sereins; le choix de nos candidats a été fait de façon démocratique et dans l’enthousiasme. Au MSM, on traîne « enn lake ferblan » qui s’appelle Serenity. Ce qui rend Pravind Jugnauth très agité.
Du côté du Parti travailliste, la situation est sans précédent. Voilà un leader d’un parti historique qui prétend s’être engagé dans une bataille pour reconquérir son trône, qui n’a pas encore révélé dans quelle circonscription il se présentera à quelques jours du “Nomination Day”. Pour qui il prend l’électorat de ce pays ? Le prend-il pour argent comptant ? Quel respect a-t-il pour cet électorat ? Le Roi Lion va décider où il se présentera. Ce qui diffère totalement des leaders des autres partis et du MMM. Lorsqu’on regarde la liste des candidats du MSM, c’est une catastrophe. Le ML est décimé et existe juste sur le papier. Jugnauth a recueilli dans ses rangs ceux qui ont été rejetés par les militants dont Ganoo qui aujourd’hui est devenu la risée de la population et la honte de la classe politique. Gramatin to dan PTr tanto dan MSM. Lui qui a critiqué Pravind Jugnauth depuis des années considère aujourd’hui que ce dernier a fait des miracles dans le pays. Son propre parti, le MP, a implosé. Certaines personnes n’ont pas tort de comparer l’Alliance Morisien à un « kamion salte » qui se rend à Mare-Chicose et comme un Titanic « ki pe al koule ».
Concernant le Parti travailliste, nous avons nous-mêmes été victimes des abus et des scandales qui ont caractérisé les mandats du PTr au pouvoir et de Ramgoolam. Qu’est devenu le PMSD aujourd’hui ? Il a tout le temps mené le rôle de « zoli mamzel » en intégrant des alliances. Le PMSD a joui du pouvoir avec Ramgoolam durant douze ans. Il a, par la suite, joué le rôle de leader de l’opposition et voilà que maintenant il retourne auprès de Ramgoolam.

Comment le MMM fait-il la différence ?
Le MMM arrive avec son histoire. Il se présente à ces élections en incarnant l’espoir de la population. Cette dernière ne veut plus voir ni Navin ni Pravind. Elle a développé une aversion contre la corruption, le népotisme. Lors des dernières élections, sir Anerood Jugnauth avait promis monts et merveilles. Que n’a-t-on pas entendu contre la fraude et la corruption ? Que n’a-t-on pas entendu sur les scandales, sur Gooljaury ? Aujourd’hui, ce même Gooljaury est dans le « godi » de Pravind Jugnauth. Il y a eu des abus dans des corps para-étatiques et des compagnies gouvernementales. Pourquoi Pravind Jugnauth n’évoque pas dans ses discours les poursuites dont fait l’objet Prakash Maunthrooa pour corruption ? Il est toujours poursuivi dans le cadre de l’affaire Boskalis. Il y a également l’enquête sur Bet365, sur « bal kouler ». Lutchmeenaraidoo a obtenu un prêt pour l’achat de l’or, il a dû partir. Soodhun, président du MSM, a dû démissionner. Combien ont dû quitter ainsi ? Quant à nous, nous présentons une équipe composée de jeunes et nous « mean business ». Nous avons travaillé sur des mesures prioritaires que nous avons annoncées cette semaine. Le MMM est fier de son passé et de son action parlementaire. Je rappelle que le MMM et Paul Bérenger ont été victimes de la lâcheté de certains après les élections de 2014.

De fait, le MMM de 2019 n’est pas le même que celui de 2014. Beaucoup sont partis. Comment avez-vous vécu ce changement ? Cela a-t-il affaibli le MMM ?
Ena ti finn sorti pou fini MMM. Je pense à la bande à Ganoo qui est partie, la bande à Obeegadoo. Finalement, il y a eu ce coup monté pour finir le MMM par le MSM avec la démission d’Ahmad Jeewah, de Sanjeeven Permal, de la fille de Devanand Rothoo, etc. Je pense que tout cela faisait partie d’un plan pour finir le MMM. Certains étaient devenus trop ambitieux. Ils ont voulu éliminer Paul Bérenger après 2014. Un groupe ne voulait même pas que Paul Bérenger occupe le poste de leader de l’opposition. Aujourd’hui, on voit leur vrai visage. Après tous ces coups, je crois qu’il y a la main de Dieu. Aujourd’hui, le MMM a connu une renaissance.

Mais vous, contre vents et marées, vous êtes resté au MMM…
Cela dépend de la mentalité des individus. Tout ce que j’ai réussi dans ma vie politique, je le dois au MMM. Je suis devenu conseiller municipal en 1988, J’ai été élu aux élections générales à huit reprises. J’ai été maire de Beau-Bassin/Rose-Hill. Je suis devenu PPS. J’ai été ministre à deux reprises. J’ai aussi été whip de l’opposition. Pour accomplir tout cela, il me fallait la bénédiction du parti. Il fallait avoir l’aval du leader Paul Bérenger. Il fallait avoir l’approbation des militants pour obtenir le symbole cœur. Aujourd’hui, je suis arrivé là où je suis. J’ai les mains propres. Je me considère comme un exemple de l’anti communalisme. J’ai été élu à huit reprises dans ma circonscription qui comprend une majorité de la population générale. Je regarde Roger, Rashid, Rajen, Rajesh de la même manière. Je suis un homme de terrain, je suis à l’écoute de tous les problèmes des gens. En 37 ans de politique, j’ai connu des générations de père en fils et de fils à petits-fils. Je me considère comme faisant partie de beaucoup de familles de Beau-Bassin. Rajesh Bhagwan n’est pas une fabrication. C’est une personne qui a pioché, qui a planté, qui a arrosé ses plantes qui ont fleuri. J’ai aussi connu des moments difficiles. J’ai été ministre de l’Environnement où j’ai laissé mon empreinte. D’autres se souviennent de moi comme maire de Beau-Bassin/Rose-Hill. Il y a eu de grandes victoires et de grandes défaites. Cela ne m’empêche pas d’être l’homme le plus heureux du monde. Je participerai à la victoire historique que remportera le MMM. Le MMM participe aux prochaines élections avec l’intention de les remporter. Ses candidats sont motivés et présentent avec fierté Paul Bérenger comme Premier ministre. Il n’a ni « lake ferblan » ni casseroles. Il a un bilan palpable, que ce soit pour la classe des travailleurs que pour l’économie du pays en général.

Quel regard jetez-vous sur votre passage au parlement durant les cinq dernières années?

La petite équipe parlementaire a été une « demolition team ». L’équipe composée de Paul Bérenger, de Reza Uteem, de Veda Baloomoody, d’Adil Ameer Meea de Franco Quirin et de moi-même a secoué Pravind Jugnauth et son gouvernement. Nous avions agi de la sorte également sous le régime travailliste. Aujourd’hui, nous avons un bilan au niveau parlementaire. Au niveau du parti nous avons des jeunes en ébullition qui apportent une fraîcheur.

Vous êtes un vétéran, quel message avez-vous à l’intention de ces jeunes qui intègrent votre parti aujourd’hui?

Il faut d’abord la fidélité au parti et à ses leaders. Il faut un travail assidu sur le terrain. Il faut accomplir un travail de proximité tout en restant humble. Il faut également savoir dire merci à l’électorat. On ne peut travailler avec des collaborateurs pendant les élections et disparaître par la suite.
Aujourd’hui je constate le même enthousiasme qui prévalait en 1982. Beaucoup d’anciens militants qui s’étaient éloignés du parti sont revenus. Pour moi, le terme « tou sel ver laviktwar » est devenu aujourd’hui un slogan gagnant.
Nous avons une vision pour ce pays. Celle-ci se manifeste dans les 20 mesures prioritaires présentées cette semaine et qui ont été choisies après un travail d’écoute du Policy Council au sein de la population. Certaines personnes sont surprises de la proposition concernant l’octroi d’une allocation de Rs 5000 aux jeunes chômeurs. Est-ce qu’ils savent ce qu’est la pauvreté ? Savent-ils la difficulté rencontrée par les jeunes pour obtenir un peu d’argent de poche. Même le Pape François a lors de son passage à Maurice mis l’accent sur la pauvreté et le chômage des jeunes. Nous présenterons en temps et lieu une série d’autres mesures concernant entre autres le logement, l’éducation, les PME et le sport. Le MMM et son leader Paul Bérenger ne feront pas dans la démagogie. Nous émettons des propositions qui sont réalisables parce que le responsable de l’économie et des finances a vu tous les chiffres. Nous avons prévenu que lorsque nous arriverons avec notre expérience du passé toutes les institutions qui ont été infectées par le MSM feront l’objet d’une chirurgie de haut niveau. Toutes les institutions infectées seront épurées afin de s’assurer que la population obtienne « value for money » et que le gouvernement soit comptable. Aujourd’hui nous avons l’impression que le gouvernement est la propriété des Jugnauth. Ramgoolam avait fait la même chose. Il contrôlait le parlement, la MBC, les commissions et l’ICAC. En parlant de l’ICAC, on se demande à quel niveau est tombée cette institution. Un membre de l’ICAC aurait, selon nos renseignements, présenté sa candidature. Le fils d’un des membres sera candidat à Quatre-Bornes… Où voulez-vous que sa loyauté soit ? À la MBC la situation est encore plus dramatique. L’ancien Chairman est devenu directeur. L’ancien directeur est devenu consultant. Je sais qu’ils manipulent les images. Je leur demande de faire attention parce que la population les suit de près. Lorsque le vase sera rempli, ils auront des comptes à rendre. Nous enregistrons les informations tous les jours. Après les élections il y aura des comptes à rendre que ce soit au niveau de l’ICAC ou de la MBC. State Bank n’a plus la même valeur qu’auparavant. À Air Mauritius, au Duty Free Paradise, dans les casinos à la SIC, ils ont placé des petits copains. Landscope est une caverne de famille. Depuis les élections il y a eu cinq ministres en charge de la région d’Ébène et la situation en termes de parking et de circulation n’a pas changé. On fait du tam-tam autour du Metro Express, mais allez à Cité-Barkly, vous verrez la désolation qui s’y est installée après la démolition des maisons. Le rond-point de Beau Bassin est une zone dangereuse et les automobilistes ont peur.

Selon vous quel sera l’enjeu de ces élections ?

L’enjeu principal est de mettre au pouvoir une équipe qui n’a pas caché la fraude et la corruption et n’a pas pratiqué le népotisme, qui a de l’expérience et qui accorde une importance à l’intégrité. C’est la raison pour laquelle vous entendez partout les gens dire qu’il faut donner sa chance au MMM, qu’il faut donner à Paul Bérenger la possibilité de diriger ce pays durant cinq ans, donner à son équipe une majorité pour qu’il puisse procéder au nettoyage nécessaire, remettre la compétence à l’avant-plan.
Avez-vous déjà vu la police donner la permission pour l’organisation de deux grands meetings, un devant la municipalité de Port-Louis, l’autre au Waterfront? C’est du jamais vu. La police a fait des arrangements pratiques. Mais est-ce que la police ne se rend pas compte que cela peut créer des problèmes. Ce gouvernement existe juste à travers la MBC et dispose de beaucoup d’argent. Des contracteurs installent des milliers d’oriflammes à travers le pays ainsi que des banderoles. Les réunions sont organisées sous des chapiteaux. Comment tout cela est-il financé? Nous savons que des milieux des organisateurs de courses hippiques et des paris financent le MSM. Quant à nous, nous ne disposons pas de l’argent de la mafia de la drogue ou de la mafia des courses hippiques. Nos candidats et le parti roulent sur des moyens extrêmement limités. Si nous n’avons pas des moyens nous avons du courage. Nous avons au MMM une volonté de vaincre. Je suis extrêmement motivé à l’idée de participer à ces élections dans une équipe, avec un symbole et une couleur.

Donc le renouveau souhaité par le leader du MMM a actuellement lieu ?

C’est palpable. Vous n’avez qu’à voir la liste des candidats. Il y a des vétérans mais également les jeunes. Nous avons 12 candidates dont deux dans une seule circonscription. Nos candidats dans toutes les circonscriptions sont super-motivés alors que Navin et Pravind s’entre-déchirent parce qu’ils ont le même track record.

On présente le MMM comme le joker pour après les élections générales ?

Je n’utiliserai pas le terme « joker ». Le MMM participe à ces élections pour gagner. Il y aura beaucoup de surprises à l’ouverture des urnes. Ce sera des élections sous-marines parce que les électeurs choisiront entre trois blocs. Les votes seront divisés, il y a un regain d’intérêt parmi les Militants. J’espère que ces élections se dérouleront dans le calme. Il y aura des bases comme autrefois. Il n’y aura pas de plastique et nous comptons organiser une campagne propre. Je lance un appel pour que ces élections soient « free and fair » malgré les difficultés découlant des changements des bureaux.

Le Mot de la fin…

Mon premier vœu est que les élections soient « free and fair » et que la MBC cesse avec ses manipulations ; que le jeu démocratique soit respecté et que les élections se déroulent dans le respect de l’environnement et de l’adversaire. Le gouvernement sortant a été un gouvernement de la famille Jugnauth. Auparavant le pays avait connu un gouvernement dominé par Ramgoolam. Le pays en a assez. Ces élections permettront de tourner une nouvelle page dans l’histoire politique du pays. Je suis de la génération de 1980 et ma participation dans ces élections vise surtout à aider la nouvelle génération à prendre la relève. Notre objectif : remettre le pays sur les rails. Je sens que le pays nous fait déjà confiance. Nous avons des idées à en revendre. Par exemple, une des priorités d’un gouvernement MMM sera de remettre les collectivités locales sur les rails. Nous voulons redonner aux administrations locales ses lettres de noblesse. Comme je l’ai déjà dit, la population ne veut ni Pravind ni Navin. L’heure du MMM a sonné !