Le Ramadan débute aujourd’hui pour nos compatriotes musulmans. Le Mauricien a tâté le pouls de quelques jeunes de la communauté pour voir où en est leur foi. « La religion dans la vie d’un musulman, c’est la base même de ses valeurs », affirme Beelall Burokur, 23 ans, Assistant Quantity Surveyor dans la construction. Pour l’avocate Nazneen Imanbaccus, 25 ans, ce mois d’abstinence est un temps « où l’on est plus conscient de la peine des gens autour de nous. Le Ramadan resserre aussi les liens familiaux ». S’il dit vivre « au présent » et ne pas se situer pas dans l’Islam radical, Akshan Jangeerkhan, 24 ans, Accounts Clerk dans un groupe de presse, entend bien se focaliser davantage sur la prière et l’aide sociale durant ce mois. Kadhija Ozeer, étudiante à l’Université de Maurice, estime quant à elle que le Ramadan « devrait inviter à réfléchir sur notre vocation et à revoir sa vie ».
L’apparence est souvent trompeuse. À voir les jeunes Mauriciens d’aujourd’hui, très branchés et en phase avec les évolutions internationales, voire même plus parfois que dans des pays développés, tant au niveau vestimentaire qu’alimentaire – avec une appétence pour les fast-foods – mais aussi dans la manière de penser, on aurait pu douter de l’importance accordée à la foi dans leur vie. Or, les jeunes musulmans interrogés par Le Mauricien, pour la plupart des professionnels, ont sans hésitation aucune répondu que le Ramadan revêt toute sa raison d’être dans leur vie. « Peu importe le type de vie que l’on mène, la religion dans la vie d’un musulman constitue la base même de ses traditions et valeurs », estime Beelall Burokur. Il poursuit : « Le Ramadan est un pilier majeur dans l’Islam. Nous avons l’obligation d’observer le jeûne. Cela fait partie de la prière. Tous mes amis musulmans observent le jeûne, même ceux qui fréquentent les boîtes de nuit. Ils ont ce respect qui fait que durant le Ramadan, ils s’éloignent de toutes ces choses que leur religion défend. Ils songent à leur vie dans l’au-delà et leur conscience leur dit qu’il faut un changement ».
Pour sa part, Akshan Jangeerkhan, qui dit lire le Coran « de manière ouverte », reconnaît ne pas trouver suffisamment de temps au quotidien pour la prière. « C’est difficile de trouver le temps pour la prière cinq fois par jour, mais je fais plus d’effort les vendredis. »
Si elle vit à Maurice depuis deux ans seulement, étant née et ayant grandi en Grande-Bretagne, la jeune avocate Nazneen Imanbaccus n’accorde pas moins d’importance au Ramadan. « Ici, les Mauriciens d’autres communautés respectent ce mois. En Angleterre, les gens ne savent pas comment vivent les religions autres que la leur. Ils ne savent pas quand c’est le Ramadan. À Maurice, tout le monde sait et nous respecte. » Une des valeurs rattachées à cette période ascétique et qu’apprécie beaucoup la jeune femme est qu’« on parvient à apprécier les petites choses de la vie. On prend davantage conscience que certaines personnes n’ont pas de quoi manger. Et puis, lorsqu’on rompt le jeûne chaque jour, les proches se réunissent pour dialoguer et manger ensemble. Contrairement aux autres mois de l’année, on arrive à mieux apprécier nos proches. You become more conscious and lighter ».
Aquil Ramzan, qui travaille dans l’informatique, est catégorique sur l’importance du Ramadan : « Pour moi, cela ne changera jamais. C’est l’occasion de se repentir, de prendre de bonnes habitudes et de les garder après le Ramadan ».
« Les portes du pardon »
De son côté, Kadhija Ozeer montre que même « si j’ai une vie à l’européenne comme mes amis de l’université qui s’habillent suivant la tendance, cela ne nous empêche pas de jeûner. C’est un mois de sacrifice et on profite au maximum pour faire des prières additionnelles. Dieu nous dit que les portes du pardon sont ouvertes durant ce mois et les portes de l’enfer sont fermées. Donc, on profite au maximum pour prier pour que cela en soit toujours ainsi ».
Comment ces jeunes entendent-ils vivre ce mois de Ramadan ? Beelall Burokur compte se mettre à la prière « au maximum pour avoir un maximum de “récompenses” car celles-ci sont plus que doublées durant le Ramadan. Je prendrai du temps pour faire des actions charitables. Tout au long de l’année, nous avons vécu un peu comme bon nous semblait. On n’a pas forcément eu l’occasion de nous retirer du monde pour penser à Dieu et ses faveurs. Ramadan nous permet de le faire ».
Akshan Jangeerkhan a prévu lui aussi de « faire une pause avec les sorties, de mettre de l’ordre dans mes idées et d’apprendre davantage du Coran. Le jeune d’aujourd’hui, il est vrai, n’a pas le temps de lire le Coran ». Le jeune homme entend par ailleurs se focaliser davantage sur la prière et faire du social. « Je regroupe des adultes, jeunes et âgés autour des programmes socioculturels. Lors de l’Iftar (rupture du jeûne), on distribuera des gâteaux gratuitement et on fera une petite causerie sur l’Islam. On fait aussi des collectes pour des familles pauvres. Il y a des jeunes musulmans qui nous accompagnent pour faire la distribution. C’est l’occasion aussi pour nous de voir comment vivent ces familles. Je déduirai 10 % de mon salaire que je remettrai aux veuves. »
L’association dont Kadhija Ozeer est membre au sein de l’Université de Maurice invitera les jeunes non-musulmans à « apprendre davantage sur leur mode de vie. Ils seront invités à partager un repas avec nous. J’ai connu pas mal de non-musulmans au collège, ensuite à l’université qui ont jeûné quelques jours avec leurs amis musulmans dans le passé afin de mieux comprendre ce que nous vivons », témoigne la jeune femme.
Ne demeurant pas insensibles à ceux vivant dans des situations très précaires, nos jeunes interlocuteurs accompliront la zakaat, aumône obligatoire pour les musulmans possédant le niveau imposable. « Si tous accomplissent leur zakaat comme il le faut, ce sera un grand moyen de combattre la pauvreté. Cela dépend bien sûr des moyens de chacun », explique Beelall Burokur.
Dans le silence de ce pieux mois où se retireront les dévots, affleurera le tapage du quotidien de la société rythmé ces derniers temps par des violences telles des meurtres qui font la Une des journaux. Qu’en pensent nos interlocuteurs ? « Dans le Coran, il est mentionné que tuer un innocent revient à tuer l’humanité. De même, si vous sauvez la vie d’un innocent, c’est comme sauver la vie de l’humanité. On devrait comparer le taux de criminalité de Maurice à celui en Arabie Saoudite où ils sont très sévères et où ils croient fondamentalement que la vie humaine est très importante. Aujourd’hui, à Maurice, une personne peut tuer pour Rs 9 000. La vie est devenue très bon marché. Il faudrait amender la loi », estime Beelall Burokur.
Pour l’avocate Nazneen Imanbaccus, face à de telles violences, le Ramadan est l’occasion de « ask God for better time for these people. C’est un des mois les plus sacrés, donc une occasion de demander pardon. Lorsque vous arrivez à comprendre que les vraies valeurs reposent sur votre religion et votre famille, celle-ci dure plus longtemps ».