Question de générations ? Question de contextes socio-historiques différents ? Question de rééquilibrage dans la quête d’identité et les rapports de genre ?
Sans doute, y a-t-il un peu de tout cela. Toute lutte voit ses termes se poser, évoluer, parfois même, malheureusement en son contraire. Faute de sagesse, le basculement dans les extrêmes se voit et s’actualise dans tous les domaines. L’égalité et l’équité, prônées dans les discours se transforment quotidiennement en actes – paroles et actions – de despotisme et d’enfermement d’individus et de groupes minoritaires dans des catégories infra humains.
La lutte des femmes n’échappe pas aux mêmes contradictions, diversions, retournements de situation. Essayons ici d’être attentifs à une transformation sensible de cette lutte, à savoir, un certain décalage dans le vécu de femmes engagées dans le militantisme des premières années et la réalité des jeunes femmes d’aujourd’hui.
Entre les « sans soutien-gorge » des militantes d’antan et les talons aiguilles, corbeille ou balconnet, avec ou sans armatures, push-up, ampliforme, « relever », « enrober », guêpières d’aujourd’hui, est-ce simplement un effet de mode ?
Or, la mode se nourrit de l’imaginaire et des fantasmes d’une période. Elle n’est appropriée par le public (hommes et femmes inclus) que lorsque ceux qui savent si bien humer l’air du temps devinent et donnent corps à des produits qui rejoignent le monde du désir, conscient ou inconscient.
A quelle ère sommes-nous aujourd’hui ? Sommes-nous revenus au bon vieux temps de la claire répartition des rôles dans la séduction ? Terminés les combats collectifs pour plus de justice sociale et économique ? Finies les analyses systémiques et revenons-nous aux stratégies individuelles de lutte pour le pouvoir ? Un pouvoir personnel.
Sommes-nous aujourd’hui à cette « Leçon 6 : S’il résiste, Pratiquez l’hypnose ». Publicité récente d’Aubade, lingerie de femme.
De “Girl Power”, “Sex and the City” à “Living Doll”
Ce qui est certain, c’est que les années de libération des femmes ont enlevé certains tabous et décoincé bien des rapports traditionnels de séduction. On l’a vu à travers l’hédonisme du « Girl Power » et sa morale dans « Sex and the City ». Aujourd’hui, un cran est franchi et nous vivons un peu partout dans le monde, y compris sur notre île, à l’âge des « Living Dolls ».
Non, ce n’est pas un simple retour à la chanson de Cliff Richard :
“Got myself a crying, talking, sleeping, walking, living doll
Got to do my best to please her, just ’cause she’s a living doll
Got a roving eye and that is why she satisfies my soul
Got the one and only walking talking, living doll”

C’est un retour à une sexualisation accrue de la féminité et une appropriation du corps féminin comme passeport au succès, au pouvoir. Dans nos sociétés hypersexualisées où la pornographie est devenue banale et les fantasmes sexuels sans aucun frein. Une appropriation clairement voulue et assumée par des femmes, jeunes ou pas. Une stratégie bien ciblée pour hypnotiser ? Quand Aubade et autres ne suffisent plus ?
Oui, je le sais. On me dira sans doute traître, traîtresse à la cause des femmes.
Nous sommes loin de l’ « empowerment » qui incite au respect mutuel, tant dans les émotions que dans le domaine physique. La libération est de se comporter comme des top-modèles ou de les imiter, d’avoir droit aux rapports sexuels « no string attached », sans engagement et célébrant les « one-night stands ».
Et elles rient. Elles se moquent de ces hommes, si vulnérables et narcissiques qu’un balconnet ou une guêpière affole. Hypnotisés, « gaga » à tout jeter en l’air et à tout leur donner. Et elles se moquent également de ces hommes qui recherchent de l’engagement. « Mais voyons…. »
Solitude, anorexie, dépression, boulimie… nous en sommes là.
Ah, nous les mères, quelles erreurs avons-nous commises ? Pour aujourd’hui voir nos filles se comporter comme leurs poupées Barbie. Elles rectifieront, n’est-ce pas ?
Lisons le livre de Natasha Walters, Living Dolls.