La huitième semaine depuis l’écroulement de l’empire Rawat devrait marquer un tournant dans la séquence des événements sur plusieurs fronts. D’abord en ce qui concerne l’enquête criminelle diligentée par le Central CID sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi, il faudra s’attendre à une accélération des mouvements des suspects entre les Casernes centrales et le tribunal de Curepipe pour d’éventuelles inculpations provisoires. Sur le plan social, la mobilisation des membres du personnel du groupe BAI devra s’accentuer compte tenu de l’échéance de la dernière semaine de juin avec les Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd, Mushtaq Oosman et Yogesh Basgeet, se prononçant sur le choix des repreneurs des principales entités solvables et économiquement viables, notamment la clinique Apollo-Bramwell, Iframac et Courts. D’autre part, les mêmes administrateurs nommés par la Financial Services Commission (FSC) se sont déjà attelés à la tâche visant à conclure des alliances stratégiques au sein des compagnies où le groupe BAI ne détient pas le controlling interest en vue de préserver les acquis et de prévenir toute spoliation économique.
Quasiment tous les protagonistes, qu’ils soient des membres du personnel de la centaine d’entités faisant partie du conglomérat BAI ou encore des membres du Top Management ciblés par les différentes enquêtes en cours que ce soit au Central CID, à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) ou de la part des consultants singapouriens de nTan Corporate Advisory Pte, savent que « the defining moments of the BAI Mega-Financial Scam have yet to come ». Mais avant le choix définitif des repreneurs imposant la mise à exécution de plans de restructuration, le ballet des membres du clan Rawat aux Casernes centrales pour leurs rôles et responsabilités dans la faillite d’un conglomérat pesant plus de Rs 30 milliards avec des missing funds de l’ordre de Rs 10 milliards devra s’accélérer.
En prélude à cette étape, les Claudio Fiestritzer, Chief Executive Officer de Bramcom, pôle commercial du groupe Raxat, Brian Burns, le CEO d’Iframac/Courts, et leurs épouses respectives, Adeela Rawat, la Seven-Million Dollar Woman », Laina Dawood Rawat, qui est montée au créneau avec un affidavit juré en Cour suprême pour contester la mise en liquidation de la Bramer Banking Corporation Limited, et Valérie Rawat, CEO d’Apollo-Bramwell, avec des salaires mensuels et fringe benefits dans les upper limits de six chiffres, frôlant même le million, ont été tout simplement virés de leurs postes. Les grosses cylindrées, dont des Mercedes-Benz et autres Cheerokee, ont été reprises en vue d’être mises en vente pour la constituer la cagnotte de remboursement post-crash BAI.
Après une semaine d’accalmie, les limiers du Central CID, qui ont procédé à la saisie d’une centaine de dossiers et de livres de compte de sociétés liées au groupe BAI, comptent passer à la vitesse supérieure pour les convocations formelles. Ainsi, Brian Burns, l’époux de Laina Dawood Rawat, habitant le 26 au Domaine de Belle-Vue, pourra difficilement échapper à une séance d’interrogatoire. Il s’était pointé à la porte du Central CID lundi dernier en compagnie de ses hommes de loi, Mes Gavin Glover, Senior Counsel, et Yahia Nazroo. Il s’est vu renvoyer chez lui car il n’avait pas encore convoqué.
« Prime beneficiaries »
Brian Burns devra entraîner dans son sillage les deux soeurs Rawat, qui intéressent le Central CID à plus d’un titre. Outre le fait que Adeela Rawat et Laina Rawat sont soupçonnées d’être des prime beneficiaries des détournements de fonds du Common Policy Holders Fund de BAI Co (Mtius) Ltd étant des actionnaires exclusives avec leur père Dawood Rawat de Seaton Investment Limited avec pour Ultimate Holding, KLAD Investment Ltd, domicilié aux Bahamas, elles sont également au centre d’une série de 13 deals fonciers réalisés en un seul jour, soit le 19 décembre 2013, pour la somme de Rs 257 millions.
Des transactions bancaires opérées par les deux soeurs Rawat sont également passées au crible en prévision de ces prochains rendez-vous. Des bribes d’informations disponibles indiquent que pour le seul mois de mai 2013, des transferts bancaires de plus de Rs 30 millions, dont Rs 15 millions d’un des comptes de Dawood Arjun Rawat sur celui d’Adeela Rawat. De son côté, Laina Rawat, dont les salaires mensuels sont inférieurs à ceux de la seven-million woman, devrait intéresser les enquêteurs pour une transaction bancaire de Rs 14,4 millions en date du 4 mars dernier, entre autres.
Mais aux Casernes centrales, aucune des sources n’a voulu s’aventurer pour mentionner des détails du calendrier en voie d’élaboration en évoquant l’effet surprise tout en confirmant que le défilé des VVIP à être inculpées provisoirement devra reprendre dans les meilleurs délais.
La date de clôture pour l’expression of interests arrivant à terme mercredi dernier, les premières spéculations vont bon train par rapport aux repreneurs pour
la clinique Apollo Bramwell avec un price tag de Rs 1,7 milliards compte tenu des passifs lourds avec des emprunts bancaires de Rs 560 millions à décembre de l’année dernière et des pertes de Rs 40 millions par mois,
Iframac, dont le prix de vente pourrait avoisiner Rs 1,3 milliard vu les net borrowings de Rs 1,9 milliard au 31 décembre de l’année dernière et Courts avec un éventuel prix d’acquisition de Rs 1,2 milliard avec des dettes de Rs 1,1 milliard en dépit d’un chiffre d’affaires annuels de plus de Rs 2 milliards pour le dernier exercice financier se terminant au 31 décembre de l’année dernière.
Dix-huit repreneurs
Officiellement, pas moins de dix-huit repreneurs éventuels ont été enregistrés pour ces trois compagnies. La prochaine étape devrait être axée sur un exercice de due dDiligence et la soumission d’offres formelles aux Special Administrators. Ces derniers prévoient pouvoir être en mesure d’être fixés sur les choix définitifs vers a fin de juin prochain. Mais déjà, des noms sont cités comme étant d’éventuels favoris dans la course pour le partage de ce qui reste de l’empire Rawat.
Des sources bien renseignées indiquent que le puissant groupe indien Tata est de la course pour la reprise d’Iframac, même si dans un camp l’on souhaiterait voir cette enseigne demeurer mauricienne. Le Groupe Mon Loisir, l’un des plus importants conglomérats locaux, s’est également positionné avec Axess tentant également sa chance. Le groupe Leal peut difficilement aspirer à assurer la relève d’Iframac avec Mercedes-Benz en raison du fait qu’il représente une autre prestigieuse marque concurrente allemande, BMW.
En ce qui concerne l’avenir de Courts, des Singapouriens, sous l’appellation Courts-Asia, ont confirmé leur intérêt initial dans le rachat. Mais une réticence se fait sentir à Maurice avec des craintes que le groupe Courts-Asia pourrait être un tremplin pour un come-back par la porte arrière du Chairman Emeritus BAI, Dawood Rawat. Le groupe Rogers et David Issacs, le père fondateur de Mammouth, le prédécesseur de Courts à Maurice, à la tête d’un groupe d’hommes d’affaires mauriciens, se sont également jetés dans la bataille pour la survie de cette chaîne de magasins de vente à tempérament.
Difficile à dire si le rachat de la clinique Apollo-Bramwell est couru d’avance avec l’offre du groupe CIEL, déjà impliqué dans le capital de la clinique Forrus-Darné. Des groupes d’affaires arabes ont également signifié leur intention dans cette ligne de services médicaux.
Que ce soit pour Iframac, Courts ou Apollo-Bramwell, la partie ne s’annonce nullement facile car le poids des recommandations de la Competition Commission pèsera de toute son importance pour atténuer des risques de situation de monopole. Les autorités comptent aussi mettre un prix conséquent sur l’aspect de going concern par rapport à la réembauche du personnel déjà en poste, suscitant un minimum de remous sur le plan social. Et ensuite, il y a la décision de Mercedes-Benz/Daimler quant à l’octroi de cette franchise de marque au nouvel acquéreur. Les plus fûtés des hommes d’affaires mauriciens se préparent déjà à initier des négociations avec le constructeur automobile allemand hors du cadre de la reprise d’Iframac.
En parallèle, les Special Administrators de BAI ont amorcé une nouvelle étape dans la restructuration du groupe BAI. Dans les entités où BAI affiche une participation de moins de 50% au capital, des consultations ont été engagées en vue de se débarrasser de cet actionnariat dans des unités non-rentables à court et à long termes ou encore de consolider des alliances stratégiques dans d’autres avec une high profile visibility que ce soit sur le plan économique ou social.
Dans cette perspective, des changements devront être mis en place à tous les niveaux dans ces compagnies dans les prochains jours suite à la garantie donnée par le ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, lors de la marche des employés d’Iframac hier à Quatre-Bornes à l’effet que « bann ki finn partisip dan kokin ek movez gesyon bann filiales BAI pa pou kapav resté et pa pou sapé ar la zistis… »