Comme cela arrive souvent, alors que vous êtes tranquillement au volant de votre voiture, voilà que se pointent subitement derrière vous trois ou quatre motards tous feux allumés et sirènes ou klaxons ronflants. Eux roulent au-dessus des limites autorisées et vous demandent, illico presto et faisant fi des dangers environnants, de vous rabattre pour laisser passer le cortège premier ministériel ou celui de son vice-Premier ministre. Même si cela est dérangeant pour votre conduite prudente, vous vous exécutez immédiatement en bougonnant des mots pas très gentils. En vous disant qu’après tout, cela fait partie du folklore de notre chère République. Celle qui est classée au 24e rang des pays les plus paisibles du monde selon le Global Peace Index.
Mais il arrive que ces voltigeurs de la route tentent de vous faire exécuter cette manoeuvre sans que vous puissiez le faire aussi vite qu’ils auraient espéré que vous le fassiez. Dans ce cas-là, le motard de tête se rapproche de votre voiture, vous dit des mots que vous devinez grossiers et vous pousse carrément sur l’autre voie quelle que soit l’imminence d’un danger quelconque pour votre sécurité et celle d’autrui.
C’est ce qui nous est arrivé ce matin vers 10 h 20 au niveau de Pailles sur la nationale en direction de la capitale. Alors que nous doublions une voiture noire qui avait considérablement ralenti à l’approche du radar de Pailles, où la limite de vitesse est à 80 Km/h, voilà qu’apparaît dans notre rétroviseur un bal de lumières bleu et rouge accompagné de klaxons agressifs nous demandant de céder la voie à un cortège composé de deux berlines noires que nous avons identifié par la suite comme étant celles du Premier ministre et de ses gardes du corps. Ce cortège roulait visiblement bien au-delà de la limite de vitesse autorisée. Eux ont tous les droits.
Malgré l’insistance des motards, devenus des enragés du guidon, nous ne pouvions nous rabattre à cause de la présence de la voiture que nous doublions. Et comme nous étions dans la partie sensible du radar, celle où l’on vous prend en contravention, nous avons également attendu d’en sortir pour accélérer, doubler la voiture et nous rabattre sur la voie intérieure pour enfin libérer cet impatient cortège. Qui était si pressé qu’on se demandait ce qui pouvait motiver une telle intimidation à notre égard. Quitte à provoquer un accident de la route et des blessés comme cela a été le cas dans le passé. Renseignement pris, c’est le conseil des ministres qui nous a valu cette pression, cette tension et cette panique. Et finalement notre colère. Espérons que ce retard de quelques secondes n’a pas perturbé le travail de nos chers ministres.
Ouf. Ils étaient partis. Mais notre paix n’était cependant pas gagnée. Le motard de queue du cortège s’est mis à notre hauteur, nous a regardés puis nous a demandé aussi brutalement que ses leaders de nous rabattre sur l’arrêt d’autobus de cette région. Nous nous sommes exécutés encore une fois au péril d’un accident possible vu la brutalité de la manoeuvre. D’une courtoisie assez rare mais peu loquace, ce motard nous demanda notre permis, inspecta la voiture et ses papiers en nous demandant pourquoi nous ne nous étions pas rabattus plus tôt. Nous avons alors donné les explications ci-dessus. Quoi qu’il eût dit qu’il ne nous prenait pas en contravention, les détails des renseignements récoltés nous laissent tout de même perplexes. Et pour éviter des désagréments qu’avait connus la dame au doigt d’honneur pour une aventure semblable, nous avons préféré mettre tout cela on record… Au cas où !