L’échec des discussions entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, ainsi que l’annonce du Premier ministre à l’effet qu’un éventuel texte de loi sur la réforme électorale ne sera pas présenté avant les prochaines élections générales ont été accueillis avec beaucoup d’amertume et d’exaspération, tant dans les milieux du secteur privé qu’au niveau politique durant la journée hier.
Alors que le MMM, par le biais de son leader, a commenté la situation à l’issue de la réunion du bureau politique hier (voir plus loin), le MSM prendra position lors d’une conférence de presse donnée ce matin, par Pravind Jugnauth, à l’issue de la réunion du bureau politique de son parti. Il faudra attendre lundi, à l’issue de la réunion de l’exécutif rouge, pour apprendre la voie optée par le leader du PTr à la lumière des consultations qu’il a eues avec le leader de l’opposition et les leaders des autres partis politiques. Pour sa part, le leader du PMSD, Xavier-Luc Duval – qui était en congé de maladie cette semaine –, animera cet après-midi un congrès de son parti au centre municipal de Belle-Rose.
La déclaration du Premier ministre jeudi dernier a permis d’éclairer la population sur plusieurs points, notamment : (1) que son intention est de publier un texte de loi sur la réforme électorale et de permettre aux Mauriciens de l’étudier et le commenter; (2) ce texte de loi fera partie intégrante du programme politique lors des prochaines élections de manière à ce que les électeurs puissent se prononcer sur les propositions; (3) les élections générales seront organisées sans aucun changement; (4) concernant les réserves exprimées par les Nations Unies, le Premier ministre a expliqué qu’un livre blanc a été publié et qu’il faut laisser la population se prononcer; (5) les élections générales ne sont pas prévues dans l’immédiat; (6) un des problèmes devant être réglé concerne le seuil d’éligibilité des candidats; (7) le projet de réforme électorale est lié à celui de la réforme constitutionnelle en vue de la création d’une Deuxième République; (8) ce projet de Deuxième République vise à la consolidation de la démocratie et  des institutions de l’État, en tenant compte de la diversité de la population (« Je veux qu’il y ait un élan nouveau pour Maurice », a dit Navin Ramgoolam); (9) ce projet tient également en compte les pouvoirs du Président et du Premier ministre (« Un président disposant de pouvoirs importants doit pouvoir être “accountable” », estime le Premier ministre); et (10) le MMM est contre l’élection du Président de la République au suffrage universel.
Lalit : « Une manière de masquer les tractations »
Dans une réaction sollicitée par Le Mauricien hier après-midi, Lalit estime que les rencontres entre le Premier ministre et le leader de l’opposition, ainsi que la présentation du livre blanc sur la réforme électorale plus tôt, ainsi que la date butoir pour la soumission des propositions de tout un chacun concernant cette réforme sont « une manière de masquer les tractations entre les deux leaders » de deux partis traditionnels.
Lalit estime qu’avec la première réunion entre les leaders mauves et rouges, à la Clarisse House la semaine dernière, les deux protagonistes pensaient qu’ils pouvaient agir « comme des individus tout-puissants » sans même consulter leur parti. Or, tous deux ont eu un choc à la suite de l’instabilité déclenchée par leur comportement dans leur parti respectif, engendrant la démission du leader adjoint du MMM et « la campagne d’affiches dans les circonscriptions des ministres Beebeejaun et Boolell » respectivement. « Konportman otokratik de Bérenger finn deklans enn laraz parmi manb MMM, finn antrenn demisyon enn so lider adzwin, e mem amenn enn destabilizasyon parmi “taper”, ki finn antrenn enn lamor. Konportman otokratik Ramgoolam finn deklans kanpayn lafis a labaz dan sirkonskripsyon minis Beebeejaun ek Boolell respektivman », écrit Lalit.
Par conséquent, se rendant compte de cette « instabilité », les deux leaders ont estimé qu’ils ne pourront assurer « enn vot 3/4 dan Lasanble Nasyonal aktyel, pu mem fer sa “reform” elektoral bankal ki zot ti pe planifye : setadir “integre” best loser me su kontrol lider parti, ek introdir enn doz proporsyonel ».
Suite à cette deuxième rencontre, poursuit Lalit, il semblerait qu’il n’y ait pas d’unanimité sur le partage de pouvoir dans le cadre d’une IIe République. « Sann kut la, “reform elektoral”, lor lekel ti sipoze ena “linanimite”, paret pe ranvoye pu apre eleksyon zeneral – ki pa pu fer desito. »
« Tu sa tam-tam otur White Paper, otur ded-layn 5 Me pu propozisyon pu reform elektoral, otur proze de lwa ki ti pu sipoze pare pu le 13 Me, otur azurnman Parlman ziska le 13 Me pu sipozeman finaliz proze de lwa, tusala paret pe fer pu maske traktasyon ant Ramgoolam ek Bérenger », affirme Lalit. Le parti estime que les conclusions du Comité des droits humains des Nations Unies et du cas constitutionnel dans la Cour suprême du pays concernant la déclaration de son appartenance communautaire sur le “Nomination Paper”, n’a aucun poids dans les tractations des leaders. « Findings Komite Drwa Imin Nasyon Zini, ek ka konstitisyonel dan Lakur Siprem lor kestyon met kominote lor Nomination Paper, tusa pa pe pez lur dan sa bann traktasyon la », soutient Lalit.
Selon lui, lorsque le Premier ministre annonce que les élections générales sont « byin lwin », soit en 2015, « li pe anmemtan dir ki avan eleksyon li pu truv kik solisyon bankal pu satisfer problem “deklar kominote”, sirtu kan li separe depi kestyon “integre” best loser system dan Reform Elektoral ». Par conséquent, d’aucuns n’ont d’autres choix que d’attendre les prochains développements dans le cadre de cette affaire « ek labuzi ruz, parey kuma ti fer pu White Paper, limem ». Lalit trouve la situation absurde et estime qu’il convient de « fer enn zefor spesyal pu pa les nu-mem antrene dan bann taktik oportinis Ramgoolam ek Bérenger ».
 
Jocelyn Chan Low : « Combinaison difficile »
Pour Jocelyn Chan Low, de l’Université de Maurice, et observateur politique, la réforme électorale était déjà difficile et allait bouleverser le système politique à Maurice. Associer ce projet celui de Deuxième République vient bouleverser davantage le paysage politique mauricien. « Associer la réforme électorale à la Deuxième République risque de mener au naufrage », considère-t-il.
Jocelyn Chan Low se dit « sceptique » au sujet du Remake. Pour lui, il faut faire une différence entre une alliance politique pour remporter les élections et une autre pour former le gouvernement. « Une victoire du Remake ne voulait pas nécessairement dire que Paul Bérenger aurait été Premier ministre. Si cela avait été le cas en 2000 et 2010, c’est à cause de l’accord à l’israélienne. Les conditions ne sont plus les mêmes aujourd’hui », souligne-t-il.