Compte tenu de la gravité du phénomène d’érosion qui touche les plages mauriciennes, le gouvernement a entrepris des travaux visant la réhabilitation d’une vingtaine de plages. Après Pointe-aux-Sables, Mon-Choisy, Flic-en-Flac et Grand-Baie, c’est au tour de trois autres plages du Nord : Poudre d’Or, Cap-Malheureux et Bain-Boeuf d’être remises en état. Les travaux, au coût d’environ Rs 25 M pour chaque site, devront démarrer à Poudre d’Or dans deux mois. Si cette initiative est bien accueillie, certains professionnels de l’océanographie sont sceptiques quant à la méthode de réhabilitation choisie par le ministère de l’Environnement pour mener ces travaux. Le mur de revêtement perméable comme préconisé ne serait pas la meilleure solution, disent-ils, soutenant que ce procédé risque d’entraîner à la longue d’autres dégâts, sans compter l’enlaidissement des sites, comme c’est le cas à Grand-Baie, devenu un eye-sore…
Près de 70 % des plages dans le monde sont victimes d’érosion. Un phénomène naturel certes, mais accentué par des causes anthropiques, notamment avec les constructions de plus en plus proches du littoral. La pression démographique sur les côtes font aussi qu’au fil des années le problème d’érosion s’accentue. Sans compter le dérangement effectué dans le rythme du sable avec l’installation de barrages dans certaines rivières. Maurice n’échappe pas au phénomène. L’érosion dévastatrice qui frappe les plages mauriciennes depuis quelques années est plus qu’inquiétante. Si aucune disposition n’est prise des routes principales mauriciennes et les commerces longeant les côtes se trouveront exposés à bien de dangers.
Grand-Baie : un eye-sore
En attendant le Coastal Conservation Plan qui sera entrepris dans le cadre du Africa Adaptation Programme (AAP) des experts de la Japan International Corporation Agency (JICA), qui doteront Maurice d’un portefeuille de plus de Rs 90 M pour des projets de conservation, le ministère de l’Environnement a entrepris, depuis l’année dernière, une série de travaux de réhabilitation de nos plages. Cela fait suite aux recommandations de la firme consultante GIBB Mauritius Ltd. Une vingtaine de sites ont été identifiés. La première série des travaux de réhabilitation des plages a été entreprise à Flic-en-Flac (400m), Pointe-aux-Sables (241m), Mon-Choisy (600m) et Grand-Baie (250m). Dépendant des spécificités des plages, différents types de travaux de réhabilitation sont entrepris.
Ainsi, à Pointe-aux-Sables, c’est un Permeable Rock Revetment qui a été installé. A Flic-en-Flac et Mon-Choisy, les autorités ont eu recours à une « soft measure rehabilitation ». Pour ces deux plages, le ministère a opté pour un beach nourishment, soit en remettant du sable là où la plage a été érodée et faisant du reprofiling, incluant la plantation de gazon. Il a fallu également installer à Flic-en-Flac, un French Drain d’environ 250 mètres et y effectué une reef restauration. A Mon-Choisy, outre le reprofiling sur 600 mètres, des racines ont été enlevées du sol. A Grand-Baie, un mur de revêtement perméable a été installé sur une distance d’environ 210  m non loin des toilettes publiques. Ces travaux ont métamorphosé l’une des plus belles plages de Maurice en un eye-sore…
Dans deux mois, des travaux de réhabilitation seront enclenchés au niveau de la plage de Poudre d’Or. Ils seront ensuite poursuivis à Cap-Malheureux et à Bain-Boeuf. A Poudre d’Or, où les travaux devraient démarrer dans deux mois, il est initialement prévu d’installer sur une distance de 250 mètres, un mur de revêtement perméable. Ces rochers, expliquent les techniciens de l’Environnement, permettront de dissiper l’énergie des vagues qui s’écrasent contre le mur et feront que l’eau de la mer passe à travers, en raison des petits espaces laissés exprès. D’ici 2014, des travaux seront également entrepris à Grande-Rivière-Sud-Est, Quatre-Soeurs, Baie-du-Cap, La Prairie, Le Morne et La Preneuse/Rivière-Noire.
« Si efficaces dans un premier temps, ces méthodes créent un déséquilibre sur l’écosystème »
Des professionnels du domaine indiquent qu’il faut faire attention à ne pas faire n’importe quoi trop rapidement. Sur quelques plages mauriciennes, des gabions ont été déjà installés mais ce système est très coûteux et ne donne pas de résultats satisfaisants, rappellent-ils.
Lors d’une présentation en février dernier, des représentants de la société française Ecoplage en collaboration avec Synergie Océan Indien, ont soutenu que les solutions douces ou dures, souvent promptement préconisées par certains experts et autorités, ne sont pas les meilleures et tiennent peu compte des répercussions à la longue. « Certains experts préfèrent les méthodes douces pour traiter l’érosion et la fixer, et d’autres les méthodes dures, avec notamment l’utilisation des gabions, rochers, brise-lames ou autres murs pour contrecarrer l’érosion. Or, certaines de ces méthodes, si elles sont efficaces dans un premier temps, créent un déséquilibre sur l’écosystème plus tard. Le phénomène de l’érosion s’accentue ailleurs à la longue », expliquent les représentants d’Ecoplage.
Lorsque l’on évoque la question de massacre à l’environnement, le ministère répond qu' »il faut voir l’efficacité d’une mesure », soutenant que même si ce n’est pas esthétique, le mur de revêtement perméable est beaucoup plus efficace avec les gros rochers qui laissent passer l’eau.
Les experts d’Ecoplage concèdent que les ouvrages de défense rigides de type digues ou murs protègent les terres de la submersion marine. « Cependant, ils bloquent les échanges naturels entre la plage et la dune et modifient également l’équilibre de la côte. Ils aggravent souvent l’érosion des sites sur lesquels ils sont situés et sur les sites adjacents. Le haut de plage a tendance à s’éroder plus rapidement sous l’effet de la réflexion des vagues qui accroît la turbulence dans la zone de déferlement », disent-ils.
« Un plan Marshall pour gérer la catastrophe »
L’océanographe Vassen Kauppaymootoo, indique qu' »en raison du phénomène d’érosion — liée à la hausse du niveau de la mer (une hausse évaluée à 2.7 mm par an et qui s’accélère), la hausse des températures à cause de la dilatation des masses d’eau océanique et de fonte des glaciers — la côte mauricienne et le secteur touristique sont menacés de disparition d’ici une dizaine d’années si rien n’est entrepris ». Or, « transformer les côtes en enrochements, c’est enlaidir Maurice et cela n’est pas adéquat ». Cette méthode, dit-il, implique de « mettre un sparadrap alors que nos côtes sableuses sont gravement menacées ». Il est d’avis que l’on est en train d’appliquer des solutions techniques locales sans se préoccuper de l’esthétique et sans regarder des solutions plus globales dans le long terme. Selon lui, « il faudrait penser à relocaliser les hôtels et les personnes sur le littoral, penser reculer les routes et avoir un plan Marshall pour gérer la catastrophe qui arrive et qu’on ne pourra pas arrêter, et certainement pas avec de tels édifices laids et inadequats ».
Il est essentiel, ajoute-t-il, ne pas oublier le côté esthétique mais il est aussi primordiale qu’en sus d’une étude environnementale les autorités prennent des mesures coordonnées basées sur des données précises. « Faute de quoi, nous transformerons nos plages en plages de roches et de béton », disent les professionnels, ajoutant que l’enlaidissement de nos côtes ne sera pas en faveur du tourisme.