Réouverture des supermarchés : Entre files d’attente interminables et caddies surchargés !

Les courses de fin de mois prennent le pas sur le simple ‘ravitaillement’

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Files d’attente à prévoir ce vendredi et samedi

La situation devrait se stabiliser à partir de la semaine prochaine

Nicolas Kan Wah (London Way) : « Le comportement des consommateurs a changé »

Le premier jour de réouverture des supermarchés et des boutiques avec le couvre-feu sanitaire s’est fait dans la souffrance pour des milliers de consommateurs et employés concernés. Le tout est assaisonné d’une pression énorme sur les forces de l’ordre. Devant la tendance notée, hier, les opérateurs engagés dans la grande distribution au détail concèdent que la situation devrait être quasiment identique ce vendredi et samedi, lorsque les deux autres groupes de clients (G à N) et (O à Z) se déplaceront à leur tour pour faire leurs courses.

La semaine prochaine pourrait s’afficher moins « hectic » vu que la majorité des consommateurs auraient déjà fait le tour des étagères pour les besoins essentiels. Mais à l’approche du prochain week-end de Pâques, le manque à gagner sur le chiffre d’affaires pourrait s’avérer moins sucré que d’habitude. Coronavirus oblige ! Si dans l’ensemble, la discipline a régné, dans certains cas, le non-respect de la Social Distancing était flagrant dans plusieurs régions de l’île, suscitant l’indignation d’autres Mauriciens intervenant sur les réseaux sociaux.

Caddies surchargés

Du côté des supermarchés et hypermarchés Jumbo, ce furent des files d’attente interminables, mais dans l’ensemble tout s’est déroulé à la satisfaction de la direction de Somags (operateur de la marque Jumbo), et les clients ont respecté les consignes. La direction affirme qu’elle n’a pas vraiment été surprise de l’afflux de clients. Et en caisse, au lieu des courses « de ravitaillement », ce fut plutôt un défilé de caddies « surchargés » devant les caissières.

« Les clients ont fait de grosses courses, n’ayant pu se déplacer en fin de mois à cause de la fermeture temporaire des surfaces de vente », note un responsable de Jumbo Phoenix. Malgré tout, l’ambiance était « bon enfant », dit-il. La direction salue les efforts de la police, présente sur les lieux, en particulier dans les hypermarchés du groupe.

Comme ce fut le cas hier, l’accès au supermarché ne se fera que par groupe de 30, soit une soixantaine par heure.

Mais la direction reste confiante pour les jours à venir. « C’est clair que le mouvement sera quasiment le même vendredi et samedi alors que les deux autres groupes de clients – (G à N) et (O à Z) se déplaceront à leur tour pour faire leurs courses. Ce n’est qu’à partir de la semaine prochaine que les choses deviendront plus gérables et commenceront à se stabiliser », concède-t-on chez Jumbo.
Du côté de London Way à Rivière-Noire, Nicolas Kan Wah, Manager, n’est non plus pas étonné de l’affluence. « Nous avons veillé à la social distancing à l’intérieur, mais à l’extérieur, c’était plus compliqué et les policiers ont eu fort à faire », dit-il. « Les supermarchés étaient fermés pendant une semaine, on peut comprendre que les gens n’aient que peu de vivres chez eux. Toutefois, ce que je remarque de positif c’est le comportement des gens. Il y a eu une évolution. La semaine dernière, ils se promenaient à l’intérieur des supermarchés et depuis les mesures drastiques imposées par le gouvernement, leur comportement a changé. Ils viennent, achètent et repartent rapidement », dit-il.

Et pour les jours à venir, le Management de London Way demande encore à ses clients de « ne pas perdre du temps à l’intérieur et de respecter la distance physique ». Il rassure encore une fois concernant les stocks : « Cela peut arriver que nous n’ayons pas toutes les marques de lait par exemple. Vous savez, il y a 40 marques de lait à Maurice, mais nous aurons facilement une trentaine de marques en rayons. Donc il ne faut pas paniquer, tout le monde aura de quoi se nourrir. »
Du côté des consommateurs, si certains se félicitent d’avoir pu se réapprovisionner, malgré l’attente, d’autres ont préféré se rabattre sur les boutiques. « Je devais aller chez Jumbo Express à Beau-Bassin qui est le plus proche de mon domicile, mais en chemin je me suis arrêtée à une boutique où j’ai pu trouver rapidement quatre baguettes de pain et du beurre et cela sans attendre des heures. Il n’y avait que quelques clients », raconte Swasti, habitante de Beau-Bassin.

A Quatre-Bornes, Micheline avait jeté son dévolu sur le supermarché Central, mais voyant la longue file d’attente « jusqu’au bazar », elle a décidé de mettre le cap sur Super Unic à l’avenue des Orchidées, là encore, la file d’attente était à perte de vue. « Finalement j’ai été au Mini-Market de l’avenue Hillcrest. Tout le monde portait des masques et des gants et la police distribuait du hand sanitizer aux clients. A l’extérieur, les gens respectaient les mesures de distanciation mais à l’intérieur de la boutique, on était un peu les uns sur les autres vu l’exiguïté des lieux. Ça m’a fait peur. Mais j’ai pu trouver 15 baguettes de pain précuit, des œufs, du détergent, des boissons gazeuses et des cigarettes. Et à mon retour chez moi, ce fut le grand nettoyage des courses et la douche obligatoire », a-t-elle dit.

Shakeell, résident de la Ville des Fleurs, déclare avoir tourné en rond dans sa voiture pendant des heures : « Monn fer letour tou sipermarse ki existe dan Quatre-Bornes, inposib rantre, donk monn retourn lakaz. » Dans d’autres régions du pays, notamment à Flic en Flac, c’était le même scénario. Le supermarché Jumbo Express du complexe Pasadena, en face du poste de police était littéralement pris d’assaut, « la queue allant jusqu’au cimetière », indique un habitant du coin.

« Bredouille »

Un sexagénaire, habitant d’Albion, s’est rendu au supermarché très connu de la localité. « Monn retourne toudswit. Lake longer lasemenn deor dan soley, lasante pa tro bon, mo va ale semenn prosenn », lance-t-il. Plusieurs consommateurs sont rentrés chez eux bredouille en ce jeudi et certains se sont résignés à faire une commande en ligne. « Je n’ai rien eu ! J’ai donc commandé un panier de fruits et légumes chez Proxifresh à Rs 1500, qui me sera livré mardi », lâche cet habitant de Rose-Hill. D’autres se sont rabattus sur les ‘packs’ proposés en ligne par Icare.mu (filiale du groupe Rose-Hill Transport).

Manque à gagner

Ne pas pouvoir opérer pendant une semaine a représenté un énorme manque à gagner pour les acteurs de la grande distribution, un secteur moteur de l’économie, brassant des dizaines de milliards de roupies chaque année. Et la reprise des activités est synonyme de soulagement pour les opérateurs du secteur, avec une rentrée d’argent dans les caisses. Mais ce matin à la réouverture, ce n’est pourtant pas à ça qu’ils avaient la tête… « Ce n’est pas un élément de réflexion pour le moment. Nous travaillons sous une énorme pression et notre priorité, c’est de penser à la protection de nos employés, à maintenir notre stock en permanence et aussi aux risques que nous prenons pour notre santé à devoir venir travailler pour fournir à manger à la population. C’est une grosse responsabilité et un stress permanent pour nous acteurs de la grande distribution. Nous ferons le bilan plus tard, dans deux mois », conclut Nicolas Kan Wah, au terme de cette dure journée de reprise.

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