C’est une mère éplorée, désemparée et perdue que Le Mauricien a rencontré presque une semaine après la disparition tragique de Retnon Navin (Milton) Sithanen. Cet habitant de l’Allée Mangues, Port-Louis, âgé de 36 ans, a été surpris par la montée des eaux, au Ruisseau du Pouce, alors qu’il tentait de sauver ses biens. Son corps a été emporté par les flots meurtriers et a été retrouvé en fin d’après-midi du samedi 30 près du cinéma Cine City (ex-Majestic), dans les environs du Jardin La Compagnie. Depuis une semaine, Kamla Sithanen, la mère de Milton, « ne peut plus vivre dans cette maison… Mo nek fer so vision… »
« Mo nepli pou kapav res isi… », confie d’une voix chargée d’émotions Kamla Retnon. Depuis samedi dernier, cette mère de trois enfants, deux fils, Vishal et Navin, et d’une fille, Rakhee, est inconsolable. En octobre dernier, elle a perdu Vishal (33 ans), emporté par la maladie. Samedi dernier, c’est Navin, « qui était à mes côtés à chaque moment, depuis que Vishal est mort, qui m’a quitté… Je suis désormais toute seule… La, mo pe koz ek ou, mo pe fer so vision… Mo trouv li, mo tann li… Pa fasil ditou sa, perdi ou zanfan koumsa… »
Ce n’est que maintenant, après sa disparition, continue Mme Sithanen, « ki mo konpran bann koze an parabol ki Navin finn dir mwa avan li ale… Kouma dir li ti pe santi li pe kit mwa… »
Samedi dernier, mère et fils s’adonnent à leurs activités quotidiennes, comme à l’accoutumée. « J’avais quelques courses à faire, explique Mme Sithanen. Et je me suis rendue à la foire de Ste Croix. C’était un peu avant la mi-journée. Auparavant, vers 10 h 30, Navin m’a informé qu’il allait se rendre aux courses… » C’était sa passion, confie Kamla Sithanen. D’ailleurs, continue-t-elle, « il y a deux ans, avant qu’il n’ait maille à partir avec quelques personnes qui l’avaient roué de coups, il passait toutes ses journées aux courses. Samem ti so gran plezir. »
Il y a quelques années, alors qu’il était marchand ambulant dans la capitale, Navin Sithanen, « que tout le monde dans le voisinage appelait Milton », a eu une dispute. « À la suite de cela, il a été blessé à la jambe et ne pouvait plus marcher normalement. Devenu invalide, depuis, il restait à la maison, avec sa mère », témoigne Roumeelah Chundee, qui habite, avec son frère et ses proches, la maison en dur qui jouxte celle des Sithanen, sur le Ruisseau du Pouce, côté Allée Mangues.
Samedi dernier, quand la journée des courses a été annulée, « Navin finn retourn lakaz, explique encore sa mère. Mo pa ti la, mo pa kone ki ler linn rantre, me mo vwazinn ti la, li finn dir mwa… » Aux alentours de 13 h 30, Kamla Sithanen se trouve dans un bus en direction de sa maison. Elle se trouve alors à la rue Desforges. « Mo vwazinn finn apel mwa pou diman mwa kot mo ete. Ti ena ekstra trafik ek mo ti bloke. Li nek dir moi “Kamla, enn gro problem finn arive ; retourn vit lakaz…” »
Sur ces entrefaites, Kamla descend du bus et fait le trajet jusqu’à chez elle, à pied. « C’était très difficile de marcher, car l’eau avait englouti toutes les rues… » Une fois à la maison, elle est informée du fait que « bann vwazin ti trouv Navin pe ramas nou bann zafer andeor lakaz, lor kote rwiso. Enn moman, dilo finn ris li. Enn madam finn kriye, kriye, me personn pann kapav sap so lavi… Kouran ti tro for ».
Le frère de Kamla, Suraj, habitant La Tour Koenig, ainsi que son neveu, Ritesh, venu de Pamplemousses, l’avaient entretemps rejoint. « Ils ont averti la police de la situation, continue Kamla Sithanen. Vers 17 h 30, la police a appelé mon neveu pour lui dire qu’on avait retrouvé un corps près du cinéma, au Jardin La Compagnie. »
Lors de l’identification, « ti ena boukou feyaz ek labou lor li », le neveu de Kamla ainsi que son gendre, qui est policier, sont formels : il s’agit bien de Navin Sithanen.
« Depi enn semenn, mo pa kapav res dan sa lakaz-la, explique la mère de la victime. Mo gayn fin, me manze-la pa rantre. Mo pa gayn somey, mo nek gayn febless ek tranbleman. Yer (jeudi), mo finn bizin ale get dokter paye… Linn fer pikir ek moi ek linn donn mwa konprime dormi. »
Kamla Sithanen a déjà demandé à ses proches de « me trouver une autre maison. Je ne peux continuer à vivre ici. C’est trop pénible… Je vois et j’entends Navin qui me parle à tout moment de la journée ». Si elle arrive à passer la journée, chez elle, à Allée Mangues, le soir venu, Kamla Sithanen trouve refuge « tantôt chez mon frère, tantôt chez ma fille… Je préfère partir, car je ne peux oublier que mon fils m’a quitté et comment il est parti… »
De Navin, Kamla Sithanen garde le souvenir d’un fils « ki ti ena so ti karakter, me ti enn garson ki tou dimoun isi ti kontan. Li ti ramas enn lisien tipti, li ti apel li Rocca. Linn grandi li ek lisien-la fek gayn tipti. Li ti amenn zot dormi lor so lili… » Samedi quand elle est rentrée à la maison et que son fils avait été emporté par les eaux, « Rocca ek so bann tipti ti lor lili Navin… »
Roumeela Chundee, son frère, Jeeten et l’épouse de celui-ci, Reshma, qui sont les voisins des Sithanen, gardent également un souvenir impérissable « d’un homme tranquille, qui ne cherchait jamais la bagarre. Il adorait regarder des films, aider son prochain et était très proche de sa mère. C’est un très grand choc… » Roumeelah ajoute que « depuis samedi, Reshma est bouleversée. Elle était la dernière à avoir parlé à Navin alors qu’il ramassait leurs affaires quand la pluie tombait. Elle ne l’a pas vu partir dans les eaux mais elle n’arrive toujours pas à accepter cela… »