Le sigle la tête du coq à la crête rouge est en passe de devenir un Trade Mark autorisé du poulet de table à Rodrigues. Livingstone Raviva, âgé de 47 ans et habitant Roche-Bon-Dieu, veut réussir le pari de la transition de l’élevage artisanal du poulet vers la mise en orbite d’une production industrielle sans sacrifier la spécificité authentique de la saveur du poulet rodriguais. Pour en arriver là, ce jeune entrepreneur, qui a littéralement touché à tout sur le plan professionnel, s’est donné les moyens pour réaliser ce breakthrough. Et cela avec la collaboration des membres de sa famille, dont son épouse Anne-Marie, ses enfants Mervin et Chalonie de même que ses frères et soeurs, Anderge et Kenko, et d’autres proches, au cours de ces trois dernières années.
Aujourd’hui, la Mevill’s Chicken Farm a atteint sa vitesse de croisière avec  quelque 800 pondeuses et quelque 2 000 volailles alors qu’elle peut accueillir jusqu’à un maximum de 3 200 unités. Des facilités d’abattage de poulet dernier cri et une chambre froide font également partie de l’infrastructure pour garantir un produit de qualité aux consommateurs de l’île. Le petit détail qui fait la différence demeure la nouvelle camionnette peinte et décorée aux couleurs de Mevill’s Chicken Farm sillonnant l’île chaque jour pour la livraison de commandes de poulet.
«Je passe pratiquement tout mon temps à m’occuper de mon business. Il n’y a pas de temps à perdre. Nous abattons actuellement 600 poulets par semaine. La production d’oeufs est de 25 plateaux par jour, soit  750 oeufs pour une capacité maximale de 800 pondeuses», souligne d’emblée Livingstone Ravina, qui est sur pieds chaque jour à partir de 5h pour démarrer les livraisons à partir de 7h 30. A partir de là, le rythme de travail est enclenché avec chacun assumant pleinement son rôle pour la bonne marche de la ferme.
Le patron de Mevill’s Chicken Farm avait connu une amère expérience dans le domaine de l’élevage avant de se recycler dans la bassecour. Il avait entamé sa carrière dans le domaine de construction avant de se mettre à son compte. «A un moment, j’avais décidé de changer de fusil d’épaule. Mes parents sont propriétaires d’un terrain à Bel Air Trefles. Avec des économies que j’avais réalisées, j’ai cru pouvoir sortir d’affaires en me lançant dans l’élevage caprin. Mais c’était mal connaître les chiens errants. Les dégâts sont conséquents avec des cabris dévorés et laissés au fond des ravins à Vainqueur et Rivière-Banane. La situation était devenue intolérable. J’ai tout abandonné et mis le cap sur Maurice», poursuit-il.
En 2009, Livingtone Ravia décide de rentrer dans son île natale. Les possibilités qui existent au niveau de la Fédération des Agriculteurs et Eleveurs de Rodrigues (FACER) le tentent de nouveau pour renouer avec l’élevage. Mais cette fois-ci, il optera pour le poulet de table. Il n’aura pas tort même si les débuts sont laborieux avec seulement 50 broilers et 50 pondeuses.
«Ce business m’a donné davantage de confiance dans mes capacités»
«Je prends avantage de mes contacts à Maurice pour approfondir mes connaissances et pour m’habituer aux dernières techniques. Le business commence à prendre son envol avec le marketing de bouche à oreille. Mais en 2013, je sens le besoin de franchir un nouveau palier. Avec la contribution de Brenda Espiègle Félicité, je soumets un projet en vue d’un prêt pour les petites et moyennes entreprises (PME)»,  se rappelle-t-il encore.
Avec ces ressources financières, Livinstone Ravia démarre la construction de deux nouvelles installations d’élevage de poulet de 16 mètres par 6 mètres chacune et également d’une chambre froide. De nouveaux équipements sont importés de Maurice et d’Afrique du Sud. Aguerri aux techniques d’abattage et de conservation de poulet, il se félicite de l’accueil qui est réservé aux produits de Mevill’s Chicken Farm.
«A l’heure où je vous parle, il y a une table d’hôte qui a passé une commande de 75 kg de poulet. Il y a aussi des clients qui viennent sur place pour s’acheter un poulet ou d’autres qui téléphonent. Le camion a débarqué il y a à peine un mois. Tous les jours, je livre dans les boutiques. Il n’y a pas un seul poulet qui reste chaque jour. La demande est importante à Rodrigues. Je compte accroître la production et prendre d’assaut les grandes surfaces», laisse-t-il entendre en affichant un air de satisfaction.
Livingstone Ravina est également conscient des risques mais se veut optimiste. «Il n’y a pas vraiment de grandes difficultés, mais il faut s’appliquer tous les jours. La seule crainte est le passage des cyclones où il faut tout sécuriser. Et puis quand il y a une coupure d’électricité de longue durée, il y a des risques. Pour contourner ces problèmes, je compte investir dans l’énergie renouvelable, principalement les photovoltaiques. Il y a aussi des maladies. Mais le remède le plus efficace est le Monitoring régulier de l’élevage et des interventions rapides des services vétérinaires», rassure-t-il.
En dépit des efforts physiques et de longues heures passées quotidiennement pour faire avancer cette nouvelle aventure, Livingstone tire une satisfaction des plus légitimes dans le parcours réalisé jusqu’ici sur la voie de la Success Story. «Ce business m’a donné davantage de confiance dans mes capacités. Je sais qu’il faut toujours garder en tête le maintien de la qualité pour relever le pari et je me fais un devoir de m’occuper personnellement de chacune des étapes au sein de l’entreprise. Je suis mon propre patron. J’ai été à l’école jusqu’en cinquième. Mais aujourd’hui, je ne sens aucun complexe vis-à-vis de ceux qui sont bardés de diplômes. Ce business me permet de nourrir ma famille, qui est plus unie avec un même objectif: toujours  progresser», ajoute-t-il.
Le mot de la fin de cet entrepreneur, qui prend sa mission à bras-le-corps : «Je compte créer encore d’autres emplois. Je compte travailler en collaboration avec les autres petits éleveurs de poulets. Pour moi, il n’y a pas de concurrence, car le but est de devenir autosuffisant en poulets et oeufs et éviter d’en importer de Maurice. J’encourage les jeunes qui reviennent de l’université de mettre leur compétence au service des Rodriguais. Un diplôme n’a pas de valeurs si on ne met pas en pratique ce qu’on a appris. Les gens qui ont des diplômes vont mener Rodrigues à bon port», devait-il conclure.