À peine deux heures avant la fermeture des bureaux de vote à Rodrigues, des partisans et sympathisants de l’Organisation du Peuple de Rodrigues (OPR), massés juste à la limite des 200 mètres du centre de vote de Grande-Montagne, donnaient le ton quant à l’issue du scrutin. Les indications, qui devront être confirmées tout au long du dépouillement du jour, étaient que le parti de Serge Clair devrait renouer avec la victoire après la déconvenue face au Mouvement Républicain de Nicolas Von-Mally aux élections générales du 5 mai 2010.
Au niveau du taux de participation, la tendance à la baisse est de mise même si Rodrigues se hisse en tête avec le plus fort taux au niveau national, 69 %, au-dessus de la moyenne pour Maurice. Ce taux reste loin des 81,3 % de 2005 ou encore des 78 % de 2010. En dépit de l’attrait de cette joute électorale, le talk of the town dans l’île était la pénurie de produits pétroliers et l’arrivée de justesse du Tristar Glory pour refaire le plein dans les réservoirs (voir détails plus loin).
Certes, le centre de vote de Grande-Montagne est situé dans une région qui est connue comme étant le fief de l’OPR et cette forte mobilisation des sympathisants de ce parti n’est nullement une surprise. Toutefois, avec la consigne que la victoire serait à portée de main, la foule n’a fait que grossir avec des défilés de motocyclettes, de 4 x 4 ou encore de camions bondés, venant de diverses agglomérations de l’île et se rendant à Grande-Montagne en vue d’accompagner les urnes contenant les bulletins de vote au centre de dépouillement de Mont-Lubin à la fermeture des bureaux de vote à 17 h.
C’était littéralement la fête avec des militants de l’OPR envahissant les deux côtés de la route principale, reprenant l’hymne du parti I Love OPR et se déhanchant à la grande joie des passants et autres membres du public. À partir de 14 h, après le passage du chef de file de l’OPR, Francisco François, dans l’isoloir au centre de vote de Grande-Montagne, l’ambiance devait monter crescendo aux abords.
Interrogée par Le Mauricien en début d’après-midi, Franchette Gaspard Pierre-Louis, Deputy Commissioner à l’Assemblée régionale, devait soutenir que le taux de participation de 56 % sur le coup de 14 h s’expliquait quasiment par la participation massive de l’électorat de l’OPR. « Depuis ce matin, c’est notre électorat qui s’est déplacé dans l’ordre et la discipline pour accomplir son devoir civique. Nous sommes confiants que la victoire ne pourra échapper à l’OPR lors de ces élections », fait-elle comprendre.
L’ambiance à La Ferme, région où le Mouvement Rodriguais puise le gros de son électorat, contrastait avec l’exubérance notée à Grande-Montagne. Baie-aux-Huîtres affichait du rouge et du bleu de l’Alliance Sov Rodrigues du Front Patriotique Rodriguais (FPR) de Johnson Roussety et du Mouvement Militant Rodriguais de Christian Léopold. Mais le mood était sans plus devant le déferlement du blanc, couleur fétiche des sympathisants de l’OPR.
Le scrutin s’est déroulé dans le calme à travers Rodrigues avec des électeurs faisant queue devant les centres de vote une bonne heure avant leur ouverture. Le ministre de la Pêche et leader du MR, Nicolas Von-Mally, qui habite Terre-Rouge, s’est rendu au centre de vote de sa localité à pied en compagnie de son épouse. Comme tous les électeurs, il a dû faire la queue avant de voter et de placer son bulletin dans l’urne.
Le taux de participation, même s’il est le plus élevé pour ces présentes élections générales, est encore loin des 80 % des consultations populaires de 2000 et de 2005 et même des 78 % des dernières élections. Peut-être l’explication à cette abstention, jugée importante, se trouve dans cette réflexion de Roseanne André, candidate du Mouvement Indépendantis Rodriguais (MIR). « L’électorat de Rodrigues a sanctionné les partis traditionnels par son message de silence. À eux maintenant de décoder et de comprendre ce message », lâchait-elle alors que la cloche de la fin du scrutin retentissait au centre de vote de Terre-Rouge.