Le Service d’Aide Médicale d’Urgence (SAMU) est en état d’alerte. Pour cause : le peu de moyens mis à la disposition d’un personnel restreint pour répondre à nombreux appels d’urgences quotidien de la population. A ce jour, ce service — qui reçoit quelque 100 appels par heure, soit environ 2500 appels par jour — compte 5 ambulances pour les cinq hôpitaux régionaux de l’île. Un médecin, deux infirmiers et un chauffeur assurent le service disponible 24h sur 24, alors qu’un permanencier – avec pour tâche de prendre les appels au centre névralgique du SAMU basé à l’hôpital Candos – dirige les informations au seul médecin régulateur qui doit obligatoirement assurer le relais 24h sur 24 avant d’envoyer une équipe ou pas auprès d’un malade. Ainsi, s’ils ont la passion du métier, médecins et infirmiers montent au créneau pour dénoncer leurs conditions de travail et pointent du doigt le manque de moyens pour assurer un véritable service d’aide médicale d’urgence.
2000-2500 appels par jour, environ une dizaine de sorties par jour, sans compter les sorties pour les cas de santé non-conséquents, le SAMU fait partie des services hospitaliers qui font le plus l’objet de vives critiques. «SAMU en retard. SAMU pa lé vini. SAMU fer ler are enn tas kestion alors ki dimoun la pe mort, kot SAMU ti été letan accident? « Les reproches au SAMU sont nombreux et décourageants, dit le personnel médical affecté à ce service. Or, ce n’est pas de notre faute si la situation est telle, ajoute-t-il. Près de 20 ans depuis sa mise en opération, ce service se trouve en état d’urgence. Les nombreuses sollicitations auprès du ministère de la Santé n’ont rien changé à la situation qui devient intenable pour le peu de médecins et infirmiers affectés à ce service. En effet, si l’hôpital du Nord et l’hôpital de Candos sont dotés de deux ambulances SAMU, équipées pour les cas cardiaques, les cinq autres ambulances du SAMU postées dans les cinq hôpitaux régionaux ne sont pas suffisantes pour répondre à l’appel.
«Souvent, on est amené à effectuer le travail des ambulances non-médicalisées. Ou encore, les ambulances cardiaques ne fonctionnant qu’entre 9h et 15h les jours de semaines et entre 9h et 11h30 le samedi et n’ayant pas de sorties les dimanches et les jours fériés, nous devons aussi assurer ce service alors que les cas cardiaques sont de plus en plus nombreux», explique un urgentiste.
Le personnel se fait souvent insulter
Il fait ressortir que chaque jour, alors que les hôpitaux régionaux comptent chacun 4 à 5 ambulances médicalisées, le SAMU doit souvent effectuer des sorties pour le transport des patients dialysés par exemple, devant se rendre à l’hôpital pour leurs soins. «Letan nou sorti pou ale cherche sa bann patients la, enn coup gagn enn lappel urgence, enn accident, be nou pa dans lendroit. Ce lerla souvent ki SAMU prend letan pou arrive sur les lieux. Dimoun pa compran. Zot croire ki SAMU pa efficace. Me ce sa nou réalité», explique-t-il, soulignant que le personnel se fait souvent copieusement insulter par les appelants ou sur le lieu où ils se rendent en raison des retards.
Outre les insultes du public, le SAMU fait également face à un manque de personnel, estiment ceux en service. En effet, les appels à l’aide sont tous dirigés vers un seul numéro : le 114 et convergent vers la salle de régulation médicale, le pivot du service où un seul médecin régulateur responsable de jauger de l’état du patient à travers les informations qu’il demande au téléphone aux proches est de service 24h sur 24.
Appel au ministre
«Ce n’est pas évident. Le stress est énorme, et surtout, des fois, on n’a même pas le temps de manger tellement il y a des appels», explique un médecin du SAMU. Idem en ce qu’il s’agit des permanenciers qui expliquent les difficultés pour travailler alors que le téléphone n’arrête pas de sonner. Et souvent parmi ces appels quotidiens, les sorties effectuées par le personnel s’avèrent inutiles, car lorsqu’ils arrivent sur les lieux, le patient ne présente pas un état nécessitant des soins d’urgences, ou alors les appels sont annulés alors que l’ambulance a déjà effectué la moitié de la route. Si le public ignore la difficulté de l’exercice d’une équipe du SAMU, le ministère de la Santé aurait, lui, plusieurs fois été mis au courant de la situation. Cependant, si deux nouveaux ambulances ont été achetées, et servant notamment pour les urgences cardiaques, les investissements dans ce service hospitalier sont rares, estiment le personnel soignant. D’où leur appel à l’aide au ministre de la Santé, Lormus Bundhoo, pour une attention particulière à ce service, dont le rôle est indispensable pour la population.