La dernière édition du Financial Stability Report de la Banque de Maurice, publiée en fin de semaine, consacre la majeure partie de son analyse à l’état des crédits bancaires, ayant atteint pour la première fois la barre des Rs 300 milliards, représentant 83% du Produit intérieur brut (PIB), aux différents secteurs de l’économie. Avec cette nouvelle marque, la Banque centrale tient néanmoins  à préciser que la croissance de ces crédits a connu une légère décélération au cours de ces derniers mois compte tenu de l’évolution de la situation économique, tout en tirant la sonnette d’alarme à l’effet que « credit risk remained one of the main risks that banks face as advances constitute around 62 per cent of total banking assets ». Dans la conjoncture, ce document de la Banque de Maurice met en exergue deux préoccupations majeures, soit le niveau d’endettement de dix plus importants Corporate Clients auprès des banques et le doublement du volume de crédits alloués au secteur de la construction, un secteur à risques, au cours de ces cinq dernières années. Dans un autre ordre d’idées, le gouverneur de la Banque de Maurice est revenu sur la nécessité pour les banques commerciales de revoir leurs barèmes de charges et commissions imposées aux clients dans le cadre d’un fair deal à être adopté.
Commentant l’évolution des crédits bancaires d’un point de vue général, la Banque de Maurice confirme une décroissance, en notant que « growth in credit to the private sector, which trended upward to 13,3 per cent as at end-February 2013, dropped to 9.0 per cent as at end-September 2013, driven by a deceleration in corporate credit ». Le rapport, qui ajoute que « subdued and uncertain external demand conditions, weak business sentiment as well as internal operational challenges might have weighed on firms’ investment decisions ».
L’une des appréhensions majeures de la Banque de Maurice porte sur la concentration des risques, même si « the credit concentration ratio was well below the prudential limits imposed on aggregate large credit exposures ». Des chiffres disponibles à la fin de l’année dernière indiquent que dix plus gros clients des banques commerciales s’approprient quelque Rs 74,6 milliards, représentant 74,7% du Total Capital Base des banques ou encore 27,9% des crédits bancaires alloués au secteur privé.
Ces crédits bancaires aux ten largest borrowers étaient de Rs 65,2 milliards en mars 2012 pour atteindre une pointe de Rs 78,7 milliards six mois plus tard. Ce montant représentait 92% du Total Capital Base des banques en décembre de la même année pour descendre à Rs 69,3 milliards (73%) en juin de l’année dernière. En dépit de cette baisse enregistrée depuis mars de l’année dernière, la Banque centrale maintient une extrême vigilance jusqu’à imposer aux banques des « macroprudential measures, namely sectoral concentration limits ».
Montée des créances douteuses
« Despite the decline in the credit concentration ratio, close monitoring of credit extended to large conglomerates is warranted as these may be engaged in inter-related economic activities. Balance sheet vulnerabilities of some large corporate in Mauritius is a matter of concern for the Bank », révèle le Financial Stability Report. Le gouverneur de la Banque centrale attribue cet accroissement de l’endettement de ces sociétés au fait que « low on-lending rates have in turn induced growing indebtedness of the corporate sector, driven partly by speculative investment in the property sector ».
D’autre part, la hausse des crédits bancaires à l’industrie du bâtiment de l’ordre de 13,3% vers la fin de l’année dernière pour atteindre Rs 74,8 milliards à la fin de janvier dernier suscite des inquiétudes à peine dissimulées à la Bank of Mauritius Tower. « This growing level of credit presents a risk to banks amid possibly rising property prices that could potentially become a source of vulnerability for the financial system. The Bank has accordingly increased vigilance on credit granted to the construction sector », fait comprendre le régulateur du secteur bancaire.
De septembre 2009 à septembre de l’année dernière, le volume de crédits bancaires alloués à la construction a presque double, passant de Rs 39,5 milliards à Rs 73,4 milliards, représentant 20,4% du Produit intérieur brut. Les principaux facteurs alimentant ce boom, qui voit les banques accumuler un important stock de crédits bancaires à la construction, sont le lancement des Intergrated Resort Scheme (IRS) et Real Estate Scheme (RES), avec une présence soutenue d’étrangers dans le secteur de l’immobilier, un Low Interest Rate Environment de même que des Competitive Home Loan Packages proposés par des banques commerciales à leurs clients.
Une des principales retombées du ralentissement économique de ces dernières années se traduit par une montée des créances douteuses (Non-Performing Loans). « The coverage ratio, that is, the ratio of specific provision to Non-Performing Loans, increased from 39,9% to 43,3%, providing adequate buffer against bad debt », note la Banque centrale. Les trois secteurs économiques qui souffrent le plus de ce phénomène sont la construction, le secteur manufacturier et le commerce. « A rising trend in the level of Non-Performing Loans (NPL) was registered in the construction and traders. NPL in construction sector has risen from under 5% as at end-March 2009 to over 8% by end-September 2013 », confirme le Financial Stability Report.
Le montant des créances douteuses dans la construction était de Rs 6,1 milliards à la fin de septembre dernier contre Rs 2,7 milliards à pareille époque en 2009. Devant cet état de fait, le rapport, rendu public vendredi, note que « the Bank is concerned about this increase in the Non-Performing Loans in the construction industry, and the resulting risks to banks. The Bank remains vigilant to the evolution of the level of credit granted to the construction sector as part of its current macroprudential surveillance of the financial system ».
« Decline in tourism receipts despite higher tourist arrivals »
La situation dans les autres secteurs économiques est la suivante : la manufacture avec un taux de créances douteuses de 9% après des pointes enregistrées lors des deux précédentes années, de 6% dans le commerce contre 4% à la fin de 2010. La Banque de Maurice émet un avertissement pour le secteur du tourisme, même si en septembre dernier, le taux de Non-Performing Loans était de 2%. Probablement, la tendance aurait pu connaître une détérioration avec la mise sous administration judiciaire des quatre établissements hôteliers du groupe Apavou, dont La Plantation de Balaclava, vers la fin de l’année dernière.
À forte raison, la Banque de Maurice attire l’attention que, « nevertheless, the tourism sector may warrant closer monitoring, with the decline in tourism receipts despite higher tourist arrivals. » Les dernières données à la Banque centrale indiquent qu’en 2013, les recettes brutes de l’industrie touristique ont accusé une baisse de 10%, passant de Rs 44 milliards à Rs 40 milliards d’une année à l’autre, cette tendance pouvant se répéter probablement en cette année.
Les crédits bancaires aux ménages se rapprochent dangereusement de la barre des Rs 30 milliards, soit Rs 28,9 milliards à la fin de janvier dernier. Toutefois, depuis mars de l’année dernière, les crédits aux ménages ont épousé une courbe baissière tout en demeurant au-dessus des 15%. À la fin de septembre dernier, cet indicateur représentait 20,3% du PIB.
Sur chaque somme de Rs 100 allouée par les banques au titre des Personal Credits, Rs 60 sont consacrées à des projets de construction résidentielle et les Rs 40 restantes à la consommation. Toujours à septembre de l’année dernière, un ralentissement dans la croissance des crédits aux ménages a été enregistré, passant de 18,7% en septembre 2012 à 12,5%. La progression des crédits bancaires à la consommation, qui se pointait à 22,9% à la fin de mai de l’année dernière, est descendue à 19% à la fin de septembre.
Par contre, l’élément positif se signale au niveau des créances douteuses, la Banque de Maurice concédant que « the NPL resulting from credit extended to the personal sector has remained unchanged at 9,5 per cent as at September 2013 compared with the year before. »
Résilience des banques
La Banque de Maurice passe également en revue la performance financière des banques commerciales en révélant que « the profitability of banks is still well above the pre-crisis level despite the decline in pre-tax from Rs 17,951 million as at end-Septmber 2012 to Rs 13,518 million as at end-September 2013 ». Sur le plan des dépenses, les raisons derrière cette baisse sont une augmentation des Non-Interest Expenses et des charges de dépréciation (Impairment Charges).
La principale source de revenus des banques demeure le Net Interest Income de Rs 21,1 milliards, soit une hausse de 3,9%, générés principalement par des activités sur le plan domestique. Cet état de choses contraste avec la robustesse de la croissance des Net Fees and Commission Income de 16,8%, soit Rs 5,6 milliards.
Le dossier des commissions et des charges imposées par les banques aux clients constitue une véritable pomme de discorde, les appels du gouverneur de la Banque de Maurice tombant dans l’oreille de sourds. « It has also been quite some time since I began urging banks to review their rates and charges », s’appesantit Manou Bheenick dans la Letter to the Stakeholders rendue publique également vendredi.
En guise de suivi aux délibérations de la Task Force mise sur pied en juillet 2012 ayant pour principale attribution d’enquêter « into the terms and conditions of banking and related financial contracts, including fees, commissions and charges », le gouverneur de la Banque centrale annonce la publication prochaine d’un Public Consultation Document qui a pour objectif déclaré de s’assurer que « both consumers and banks have a fair deal ». Cette question pourrait figurer à l’agenda de la prochaine réunion des banquiers à la Bank of Mauritius Tower.
En conclusion, le Financial Stability Report avance que « recent trends in private sector credit in some sectors as well as rising NPL raised some financial stability concerns ». En même temps, la Banque de Maurice reconnaît que « banks in Mauiritius are well capitalized and are assessed to be resilient to a range of shocks in their credit portfolios. Most banks have continued to report positive results and good profitability ».