Initié en 2017 pour une durée de dix-huit mois, le South East Islets Sensitisation Project (plus connu comme “Anou protez nou bann zil”), avait comme objectif de sensibiliser sur la conservation de l’île de la Passe, l’île aux Fouquets (l’île au Phare), l’îlot Vacoas, l’île Marianne et l’île aux Aigrettes. En jeu : la richesse endémique de ces cinq îlots, dont certains subissaient une dégradation en raison d’une fréquentation humaine accrue et des dégâts que cela entraîne. Le projet avait touché environ 300 stakeholders : pêcheurs, skippers, propriétaires de bateaux… Les porteurs du projet, la Mauritian Wildlife Foundation, le National Parks Conservation Service, le Forestry Service et le National Heritage Fund, comptent l’étendre afin de toucher davantage de régions et s’assurer de la pérennité des écosystèmes de ces îlots.

L’île de la Passe, l’île aux Fouquets (l’île au Phare), l’îlot Vacoas, l’île Marianne et l’île aux Aigrettes, situés dans le sud du pays, ont chacune leurs particularités mais se partagent la lourde tâche d’abriter des espèces endémiques et indigènes de Maurice. L’île Marianne abrite des night geckos, l’île aux Fouquets et l’île de la Passe des scinques de Bojer et des scinques de Bouton, l’îlot Vacoas (situé entre les deux) est l’habitat des scinques de Bojer et de night geckos.

Lesser night gecko
@Crédit photo: Nik Cole

L’île aux Aigrettes est la plus riche en biodiversité endémique, avec les nombreuses espèces qui peuplent son sol corallien. On y trouve, entre autres, différentes espèces de geckos, des cardinaux de Maurice, des oiseaux à lunettes, des pigeons roses, des cateaux verts ainsi que des tortues d’Aldabra, qui ne sont pas endémiques de Maurice mais qui jouent un rôle prépondérant dans la prolifération des plantes endémiques. Ces îlots sont fréquentés par des oiseaux marins tels que le paille-en-queue, le fouquet et le Noddi.

National Parks Islets.

L’île aux Aigrettes est sans doute celle qui est la plus protégée, l’accès y étant interdit sans autorisation. Les équipes de la MWF se relayent pour entretenir sa conservation. Quant aux autres îlots concernés, ils subissaient jusqu’à tout récemment les dégâts causés par une fréquentation accrue. Camping, pêche et visites régulières entravaient la pérennité de ces espèces endémiques. “Les gens y allumaient beaucoup de foyers, jetaient des déchets et piétinaient les plantes”, confie Benny Henry de la MWF, le responsable du projet. Beaucoup de gens ignorent jusqu’ici que l’île aux Mariannes et l’îlot Vacoas ont désormais le statut de National Parks Islets et sont donc interdits d’accès.

Garde-côtes et skippers ont été sensibilisés, notamment à travers des ateliers
et des visites des lieux

Benny Henry souligne que ces îlots ont joué un rôle important dans la sauvegarde de certaines espèces, notamment les reptiles. “On pouvait trouver ces reptiles un peu partout à Maurice. Mais ils ont disparu avec l’introduction de prédateurs exotiques tels que les rats. Ces îlots se sont révélés être la terre de leur dernière chance, puisqu’en les abritant, ils ont permis à ces espèces de ne pas disparaître de la surface du globe.” L’îlot Vacoas était un grenier pour les îlots du sud-est, car c’est elle principalement qui a abrité certaines espèces comme le night gecko, présents uniquement sur cet îlot. Ces espèces ont par la suite été emmenées sur les autres îlots par translocation par les acteurs concernés : la MWF, le NPCS et le Gerald Durrell Endemic Wildlife Sanctuary au Royaume-Uni.

Impact positif.

Pour toutes ces raisons, les chiens de garde de la conservation de nos espèces endémiques ont mis en place ce projet de sensibilisation, qui est une des meilleures armes contre l’extinction de ces espèces uniques au monde. De nombreux ateliers et des visites des lieux ont été organisés. “Nous avons touché une centaine de garde-côtes, une centaine de pêcheurs, une cinquantaine de skippers et une cinquantaine de propriétaires de bateaux.” Des panneaux de sensibilisation ont été érigés pour expliquer l’importance des lieux et leur richesse endémique, ainsi que les choses à faire et à ne pas faire.

Cardinal de Maurice

Financé par la Commission de l’Océan Indien (COI) sur une période de dix-huit mois, le projet “Anou protez nou bann zil” a connu un gros succès, si l’on en croit Benny Henry. La pollution continuelle est désormais chose du passé, les gens ayant compris l’importance de ces espaces. “Avant, nous collections quelque cent kilos de déchets sur ces îlots tous les quinze jours. Désormais, nous n’en collectons que deux, ce qui veut dire que le projet a eu un impact positif.”

Bojer’s skink
Crédit photo: Dany Vencatasamy

Afin de toucher davantage de personnes et s’assurer de la pérennité de ces îlots et des espèces qu’ils abritent, la MWF et ses partenaires sont à la recherche de financement pour étendre le projet. “Nous avons surtout touché des gens de Grand-Port. Nous souhaitons élargir la zone et toucher plus de personnes. Chaque année, il y a de nouveaux batchs de skippers. Il faudrait que les nouveaux venus soient sensibilisés. C’est pour cela que l’extension du projet est importante.”