Oh, les millions par-ci, les millions par-là ! Les détracteurs de Paul Lam Shang Leen ont dégoté la dernière trouvaille pour tenter de l’achever. Du moins devant le tribunal de l’opinion publique. Pendant que le député du MSM Sanjeev Teeluckdharry se ridiculise avec ses effets de manche et ses multiples actions pour ensuite se défausser, la campagne, elle, bat toujours son plein. Selon un confrère, le président de la Commission d’enquête sur la drogue aurait réclamé la coquette somme de Rs 17 millions pour les trois ans passés à disséquer les méthodes de la mafi a mauricienne.

Le chiffre cité doit certainement choquer plus d’un, mais l’ancien juge a dû se dire que le travail très exposé que lui et ses assesseurs ont abattu, n’est pas moins crucial ou méritant que le conseil légal à Rs 19 millions que le folklorique Kailash Trilochun a donné à l’ICTA, les indemnités généreuses de Rs 15 millions accordées à Raj Dayal après avoir été destitué de son poste de commissaire de police il y a vingt ans et qui sont aussi considérées comme une sorte de prix de consolation pour avoir perdu son maroquin après sa participation à un bal d’un nouveau genre, celui de toutes les couleurs. Peutêtre que le président de la commission drogue considère que sa réclamation est tout aussi valable les de Rs 15 millions obtenues par le ministre de la Santé Anwar Husnoo pour son terrain à Trianon.

D’autres pourront aussi établir un parallèle avec la Commission justice et vérité qui, elle aussi, a englouti un paquet d’argent du contribuable, près de Rs 60 millions sans qu’elle n’ait été suivie de la moindre décision concrète. Dans le cas de celle qui s’est penchée sur les ramifications du trafic de drogue, on ne sait pas si les rémunérations ont été négociées avant le début des travaux lorsque c’est SAJ qui dirigeait le Conseil des ministres ou si c’est une facture qui est tombée après la soumission du rapport à son commanditaire, le bureau du Premier ministre. Le doute est permis sur la thèse de la facture-surprise dans la mesure où le Premier ministre avait, après la publication du rapport drogue, annoncé que c’est le même juge qui enquêterait sur la disparition des seize kilos d’héroïne de la grosse cargaison de Navind Kisnah, mais rien depuis. Ni sur la brusque réduction du volume de la came ni sur l’enquête sur ce qui est pourtant présenté comme la prise du siècle.

A moins que ce soit le cover-up du siècle. On ne peut exclure que, dans cette affaire aussi, on assiste finalement à un dénouement à la Lutchigadoo, ce mécanicien qui avait pour passe-temps de traverser le pays pour aller chez sa belle famille à Triolet et faire de petites expériences avec son attirail très fourni de 300 sachets de thé, d’acétone et d’autres substances dont l’utilisation ne faisait pourtant aucun doute quant au but ultime de leur mélange. C’est le même prévenu qui avait eu le privilège, en avril dernier, de quitter la cellule où il était en détention préventive pour aller prendre l’air frais dans les rues de Vacoas. Et qui est accusé de lui avoir ouvert la porte comme s’il était le propriétaire des lieux ? Un certain Ashish Dayal, cet habitant de Quatre Bornes interpellé pour délit de drogue en 2012 et dont le carnet d’adresses était très éloquent, puisqu’il était, comme son complice Lutchigadoo, proche de certains députés de la majorité, d’hier et d’aujourd’hui, du No 18.

Comme une coïncidence heureuse ne vient jamais seule, le pays a aussi appris, quelque temps après l’escapade nocturne vacoassienne que la mémoire d’un des téléphones portables de Kusraj Lutchigadoo, essentiels pour établir son réseau, ses connexions et ses activités, a été, comme par hasard, effacée. Stupéfiant à tous les niveaux. Et l’on s’étonne que le rapport Lam Shang Leen ait recommandé le démantèlement de l’ADSU, si chère et indispensable à Pravind Jugnauth, et son remplacement par une National Drugs Investigation Commission. Et pendant que l’on attend toujours que les recommandations du rapport Lam Shang Leen soient mises à exécution, la drogue synthétique, celle qui n’était pas alarmante, selon Anil Gayan, lorsqu’il officiait à la Santé, continue à faire des ravages dans nos collèges. En sus des faits de violence, un phénomène qui devient vraiment inquiétant, comme l’ont montré les incidents qui ont été rapportés cette semaine, l’alcool et la drogue ont pris des proportions alarmantes dans les établissements publics comme privés. Entre le whisky que l’on consomme, comme dans ce collège des basses Plaines Wilhems, dérive qui n’est pas cantonnée à ce seul établissement, et le synthétique qu’on avale dans nos cours d’école, il y a urgence à s’emparer du dossier.

D’autant que le contrôle échappe de plus en plus aux administrations et au corps professoral, dépassés par les événements et peu ou pas du tout préparés à faire face à ses pratiques déviantes nouvelles. C’est dans ce sens que le cri du coeur ou de détresse du recteur du collège du Saint-Esprit, Lindsay Thomas, lancé dans nos colonnes la semaine dernière, arrive à point nommé. Parce qu’à force de jouer à l’autruche, on se réveillera un jour pour constater qu’il est peut-être un peu tard et que l’on n’aura rien fait pour ces jeunes perdus, sans repère, qui vivent, pour beaucoup, dans leur monde virtuel, où tout leur semble possible. Jusqu’au premier couac.

C’est ce qui explique que lorsqu’ils sont confrontés au tout premier petit problème, c’est l’affolement, la panique et la décision radicale. Pendant ce temps, la ministre de l’Education, qui croit avoir tout réalisé avec son 9-Year Schooling, joue à l’abonné absent. Même lorsqu’elle n’est pas en voyage, elle est quand même absente et envoie systématiquement son attaché de presse réciter ses stéréotypes aux médias. L’heure est grave, madame, bougez-vous ! Stupéfiant !

JOSIE LEBRASSE