Catapulté dans l’actualité via le procès de la jeune passeuse française Farah Nachi il y a quelques jours, le Subutex défraie à nouveau la chronique. Dans le cadre de sa visite en France, le Premier ministre a rencontré son homologue de l’Intérieur, Manuel Valls. L’un des sujets au menu était le trafic de Subutex entre les deux pays. Pour leur part, les travailleurs sociaux locaux, engagés dans la lutte contre la toxicomanie, profitent de l’occasion pour renouveler leur demande pour que « le Subutex, qui est un médicament, soit considéré comme tel par l’État mauricien. Cela freinera son trafic ! De plus, le Subutex est un des meilleurs médicaments reconnus par les instances suprêmes de la santé dans le traitement contre l’addiction aux opiacés. Qu’attend Maurice pour suivre le pas ? »
Le Subutex est un médicament interdit à la vente libre par les lois mauriciennes. Se trouver en sa possession relève donc d’un délit passible d’emprisonnement. Nombre de toxicomanes, Usagers de Drogues Intraveineuses (UDI), dépendants du Brown Sugar (dérivé de l’héroïne) ont, depuis plusieurs années, “shifté” leurs habitudes : plutôt que de s’injecter du Brown Sugar dans les veines, ils lui préfèrent le Subutex. Il convient de savoir, en ce sens, que le Subutex est en vente libre dans des pays comme la France, moyennant prescriptions de médecins. D’où l’émergence d’un certain trafic du produit…
« Le Subutex étant un médicament, il se présente en plaquettes de comprimés », explique le Dr Faysal Sulliman, attaché au Centre Idrice Goomany (CIG) et ancien responsable du programme de substitution à base de méthadone. « Discret, il est ainsi facilement dissimulé dans une valise, dans un sac, entre les vêtements, dans des cartons… Ce qui a facilité son trafic ».
Par ailleurs, fait ressortir Nicolas Ritter, directeur de PILS, « nombre de toxicomanes dépendants du Brown Sugar ont avoué préférer s’injecter du Subutex, parce que le produit leur procure un soulagement de longue durée. De plus, il n’a pas les mêmes “inconvénients” que le Brown Sugar, causant les douleurs et autres ». Ce que confirme le Dr Sulliman : « Le Subutex présente un meilleur “half life” que d’autres produits. Par exemple, si un patient prend un cachet selon la méthode recommandée, c’est-à-dire en le plaçant sous la langue, le Subutex lui procurera un soulagement sur une période d’un à trois jours. La personne peut mener une vie quasi normale durant ces jours, sans ressentir les effets de manque propres au Brown Sugar. Le toxicomane qui se shoote à l’héroïne doit, lui, s’injecter une nouvelle dose chaque 4 à 5 heures, l’effet du Brown Sugar dans le sang ne durant pas plus longtemps ».
Pour le toxicomane accro, il faut donc trouver une certaine somme d’argent vite, une dose de Brown Sugar coûtant actuellement Rs 300 à Rs 450. Or, si le Subutex a vu son usage premier perverti à Maurice comme dans quelques autres pays, « c’est parce que le toxicomane en achète un bout de comprimé, ce qu’ils appellent un “ti quart” ou un “gro quart” dans le jargon local. » S’acheter un comprimé entier revient très cher : « Entre Rs 1 000 et Rs 2 000 le comprimé entier, le prix variant selon la disponibilité sur le marché », expliquent Danny Philippe de LEAD et Imran Dhannoo du CIG.