Il travaillait dans son bureau, au 64e étage, au World Trade Center, le 11 septembre 2001 lorsque la première tour où il se trouvait a été percutée par un premier avion. Il pensa d’abord à un tremblement de terre mais devait vite se rendre à l’évidence qu’il s’agissait plutôt d’un attentat terroriste, notamment lorsqu’il entendit les gens hurler « un deuxième avion ! » Une heure et demie durant, Ram Singal, originaire de l’Inde et établi depuis de nombreuses années aux États-Unis, a frôlé la mort. Pourtant, il ne ressentit aucune peur. Il consola les autres et les aida à trouver le chemin de la sortie. En visite à Maurice, à l’invitation de la Brahma Kumaris World Spiritual University (BKSWU), cet ingénieur civil, qui est par ailleurs l’initiateur du programme 7 Billion Acts of Goodness relate que, de son expérience du tragique événement du 11 septembre 2001, « les gens attendent toujours de moi une histoire d’horreur mais je n’ai que du bon à partager… »
Né en Inde, Ram Singal découvre la BKWSU vers l’âge de 21 ans. Environ trois ans après des études à la Brahma Kumaris, il s’établit aux États-Unis. « Dans ma vie, j’ai toujours eu de bonnes pensées et de bons souhaits pour tout le monde. J’ai toujours été convaincu qu’accomplir de petites actions pour les autres vous apporte des bénédictions et c’est ce que j’ai eu dans ma vie ».
Le jour où le World Trade Center fut attaqué par les terroristes, l’ingénieur civil travaillait dans une des tours en tant que chef de projet d’un Structural Integrity Inspection Programme qu’il avait mis en place pour le complexe en entier. « Je travaillais dans mon bureau quand l’avion percuta le bâtiment. Ma première réaction était qu’il s’agissait d’un tremblement de terre. Le bâtiment tangua dans une direction avant de bouger vers l’autre et cela se répéta un certain nombre de fois avant de retourner vers une position stable. Très vite je réalisai qu’il ne pouvait s’agir d’un tremblement de terre car si cela avait été le cas, le bâtiment et le sol auraient tremblé pendant longtemps. Nous pensions aussi qu’il se pouvait qu’un petit avion avait heurté le bâtiment après que le pilote avait eu une attaque ou quelque chose de ce genre ». Pris de panique, les gens demandèrent ce qu’il fallait faire à ce moment précis. « Je leur dis qu’on devait tous descendre. Nous commençâmes tous à descendre l’escalier et alors qu’on descendait, on entendit des gens hurler : « Deuxième avion, deuxième avion ». C’est-à-dire qu’un deuxième avion avait heurté la deuxième tour. C’est alors qu’on réalisa qu’il s’agissait d’une attaque terroriste ».
Alors qu’ils descendirent, « la tour commença à trembler fortement. En fait, la deuxième tour était en train de s’effondrer, ce qui donnait des secousses horribles au bâtiment. Le sol et le mur secouaient, le plâtre tombait, la conduite d’eau avait éclaté alors qu’on pouvait entendre la sirène. Les gens cédaient à la panique. Ensuite, on nous annonça qu’on devait utiliser un autre escalier parce que les débris de l’autre tour avaient bloqué l’escalier. Alors qu’on changea d’escalier et alors qu’on continuait à descendre, nous vîmes l’eau dévaler les escaliers à une vitesse telle que nous dûmes tenir fortement la main courante pour ne pas nous laisser emporter. Après quelque temps, on nous dit qu’il fallait changer d’escalier une fois de plus. À partir de là, nous dûmes traverser le couloir dans le noir complet avec de l’eau qui coulait de la toiture, mouillant nos vêtements alors que nous avions les pieds dans l’eau. Nous avançâmes dans le noir laissant les murs nous orienter. De temps en temps, nous étions éclairés par une lumière qui s’allumerait et nous voyions alors des câbles au-dessus de nous. Nous devions donc nous courber pour avancer et chemin faisant, nous arrivâmes vers le troisième escalier. Finalement, nous parvînmes à en sortir et après avoir marché un peu, nous vîmes que la tour que nous avions tout juste quittée était en train de s’effondrer. Nous en étions si près que si elle s’était effondrée dans notre direction, elle nous aurait écrasés. Mais nous étions chanceux que le bâtiment se soit effondré droit vers le bas. Malgré tout, nous courûmes jusqu’à arriver assez loin. Comme certains voulaient rester avec moi, je les ai emmenés à un centre de méditation à Manhattan, à l’Empire State Building. Là, nous avons pris un repas et avons médité pour les victimes. La nuit, nous regagnâmes nos maisons ».
Le lendemain, Ram Singal était sollicité par des journaux, les chaînes de télé qui voulaient lui poser nombre de questions. L’une des questions qui revenaient était : « Les terroristes ont fait beaucoup de tort. Comptez-vous vous venger ? » Mais la réponse de Ram sera : « Aujourd’hui, ils se sont vengés. Demain, on se venge. Ensuite, ils se vengent encore, comment cela se terminera-t-il ? Les gens n’arrêteront pas de se faire tuer. Je leur ai dit qu’il fallait mettre fin à ce cercle vicieux. Nous devons pardonner et commencer le processus de guérison qui vient du pardon. Ce jour-là, je me suis demandé à qui je devais pardonner car je ne savais pas qui étaient les perpétrateurs. Donc, ce jour-là, je me suis pardonné à moi-même. Je me suis dit : “Ram, tu as fait des choses pas bien dans ta vie, alors aujourd’hui, tu peux te pardonner.” Ce que je fis et je dois admettre que je me suis senti si léger comme si un poids avait été enlevé de ma poitrine et de ma tête. Je me suis senti très heureux et léger ».
Ram Singal observe que si les gens attendent toujours de lui une histoire d’horreur lorsqu’il leur raconte cet événement tragique, « j’ai plutôt de bonnes choses à leur partager. J’ai été amené à voir depuis, que par temps de crise, on a aussi l’occasion de montrer ce dont on est fait. J’ai mis une heure et demie à sortir du bâtiment et c’est seulement quatre ou cinq minutes après qu’on était sorti que le bâtiment s’effondra. Même si j’ai été si près de la mort, ce n’est pas un sentiment de colère qui m’anime. Depuis ce jour, lorsque je vois quelqu’un fauter, je me pardonne pour quelque chose que j’ai fait de mal parce qu’on fait tous des erreurs et le pardon est capable de nous guérir. Les gens dans le bâtiment savaient que je pratiquais de la méditation depuis de nombreuses années et cela les a aidés à se sentir bien. Je leur disais sans cesse que tout allait bien se passer, que nous serions ensemble, d’avoir foi en Dieu… »
Pour Ram Singal, « toutes les bonnes actions que vous faites, parfois vous en récoltez les fruits tout de suite, parfois pas. Et, même si vous ne les récoltez pas tout de suite, ils s’accumulent et dans les situations de crise, ils reviennent vers vous. Souvent, les gens pensent que quand on est bon, les gens profitent de nous. Mais, j’ai remarqué que ceux qui profitent de vous demeurent toujours inférieurs et vous continuez à progresser de votre côté. Et si les gens profitent de moi, c’est que je suis constamment en train de recevoir de Dieu, de la nature etc. ».
Comment est né le 7 billion acts of goodness ? « En 2009, le magazine Times mentionna que bientôt, la population mondiale allait atteindre 7 milliards de personnes. Ce qui se passa en octobre 2011. Et, à cette époque-là, un article avait parlé de l’effet contagieux du bonheur qui était comparé au virus de la grippe. On disait que si une personne est heureuse, quatre à cinq personnes qui la regardent deviennent heureuses et regardant ces personnes, 25 autres deviennent heureuses, ensuite 125, 150 partagent le bonheur. L’idée était que si un terroriste peut ébranler le monde entier, quelques petites bonnes actions peuvent aussi secouer le monde. D’où l’idée que si nous commençons de manière collective à faire des bonnes actions dans notre vie, cela nous apportera du bonheur. Nous avons pensé que nous pouvons répandre cette tendance. Et, la définition de l’acte de bonté est ce que je fais au-delà de mon devoir, de mes obligations, ou de ce qui est attendu de moi et qui va changer l’attitude du monde. Quelque part, je pense que nous sommes les enfants de Dieu et nous portons l’ADN de nos parents. De même, si je suis enfant de Dieu, je porte l’ADN de Dieu, l’ADN de la bonté et du bonheur en aidant les gens ».
C’est dans le contexte de ce programme que Ram Singal est à Maurice pour une semaine. Le 7 billion acts of goodness qui vise à créer un environnement de compassion et de générosité, a commencé aux États-Unis et introduit dans plusieurs pays. Le programme existe déjà dans certains établissements scolaires de Maurice. Ram Singal souhaite que « Maurice soit un modèle pour le monde car c’est un peuple pluriel. C’est un petit pays et ce qui est petit peut devenir très grand ». Le programme propose de transformer des situations de crise en opportunités ; la peur en courage et le stress en force intérieure ; créer une atmosphère de joie ; explorer ses ressources intérieures ; découvrir le pouvoir de l’énergie douce ; gérer des situations qui survenant à l’improviste ; apprendre à s’aimer, à aimer les gens et la nature.