Les habitués des entraînements matinaux manquent rarement de saluer un petit bonhomme jovial et au visage débonnaire qui suit le va-et-vient des chevaux. Muni de son béret à la Bob Paisley, Antoine Mariaye, 80 ans, nous raconte ses plus beaux souvenirs, accumulés depuis 70 ans maintenant.
Ce natif de Port-Louis a, pour ainsi dire, découvert le Champ de Mars vers 1945. « À cette époque, le Mauritius Turf Club reconstruisait les loges, sévèrement touchées par un cyclone. Chaque matin, vers 10h, j’apportais le repas de mon père, qui bossait alors sur le site comme ouvrier », explique ce veuf et père de deux filles.
Ainsi, le jeune Antoine a commencé à fréquenter les écuries, suivre les chevaux à la marche et côtoyer les palefreniers. L’octogénaire nous raconte ce qu’il a vécu et compare le Champ de Mars d’aujourd’hui à celui d’autrefois. « La piste était plus rugueuse, avec de longues herbes et elle était souvent boueuse. Les chevaux marchaient dans toutes les ruelles de la capitale. Il y avait des écuries à la rue Labourdonnais, la rue Wellington et même à Château d’Eau. La plupart des jockeys étaient des Anglais », se souvient cet ancien chauffeur du gouverneur de la Banque de Maurice.
Des anecdotes à souhait, Antoine Mariaye nous conte ses souvenirs. « Zillah est la seule jument à avoir triomphé dans un Maiden, elle a gagné sur 6 furlongs 125 yards (ndlr : l’équivalent de 1365m) avant de monter avec succès sur deux tours. Je me souviens aussi que Bay A Best, de l’écurie Gujadhur, a succombé juste après le but. Debonnedella, aussi connu comme seval poupet, est morte sur la piste après avoir heurté les barres qui étaient alors en bois. Sur sept chevaux, un dimanche, six ont chuté dans une course. À l’arrivée, seul Palm Way a passé le but avec son jockey en selle. Il y a avait aussi, le jour du Maiden, une course qui attirait les habitants des régions rurales. Ils venaient camper sur la colline Monneron depuis samedi, après que leurs établissements sucriers respectifs leur eurent accordé un jour de congé », se rappelle-t-il. Mais le meilleur reste à venir.
Rs 15 pour un gain de Rs 500
Résident actuellement à la route Giquel, Tranquebar, Antoine Mariaye a tenu à raconter comment il a pu faire l’acquisition d’un lopin de terre. L’histoire est curieusement intéressante. « Il y avait une conférence internationale organisée par la BOM. J’étais allé déposer un invité à l’hôtel La Pirogue, un dimanche soir. En revenant, et à la hauteur de Petite Rivière, j’ai remarqué qu’une Mini était tombée en panne. Je me suis arrêté pour voir et je me suis retrouvé nez à nez avec le jockey Parkinson. J’ai pu le dépanner. Il m’a offert Rs 50, ce que j’ai refusé. Avant qu’on se quitte, il m’a dit de miser sur les chances d’In The Velt, dans la Duchesse de 1977. »
Chose faite, car deux semaines plus tard, le cheval du yard Brunel s’imposait dans une course qui a vu chuter Johnson et Hindu Idol. « J’avais misé Rs 250 pour un gain de Rs 7 750. Une fortune en 1977. Avec cette somme, cela ajouté à mes économies, j’ai pu procéder à l’acquisition d’un terrain de 10 perches. » Ses deux filles, toutes des professionnelles, y sont nées et ont grandi sur ce lopin de terre acheté grâce à In The Velt.