Lorsque nous interrogeons Catherine Swaguemakers et François Moravic sur le festival Passe-Portes qui a attiré à la fois des artistes des îles de l’océan Indien et d’Europe à Maurice pour assurer six jours de théâtre et de musique avec à la fois des spectacles en compétition et des soirées artistiques, une conférence et une lecture de textes issus du tout nouveau prix d’écriture dramatique, ils s’affirment plus que jamais convaincus d’avoir trouvé la bonne formule pour favoriser la création théâtrale à Maurice et dans la région grâce aux échanges que cet événement permet.
« Notre bilan artistique est excellent, nous explique Catherine Swaguemakers, la directrice et fondatrice du festival avec François Moravic, puisque la mission qu’on avait de mettre les artistes mauriciens en avant a été atteinte. Ils ont eu notamment une visibilité internationale sur RFI avec trois émissions de La danse des mots, avec trois émissions pour Absolument Star sur la chaîne de télévision M6, sans oublier les articles qui sont parus dans la presse régionale, Le Figaro Magazine et à venir dans Paris-Match. Des gens comme Zulu, Yvette Dantier, Marc Gris, le comédien Ahmed Soumette, l’auteur Yusuf Kadel et d’autres filmés lors de la remise des prix ont pu grâce à cet événement être placés sous les feux de la rampe. »
Le fait d’avoir mélangé des compagnies de différents pays francophones a également permis d’envisager de nouveaux types de collaboration, notamment à l’échelle de la région. « Cela va permettre par exemple de monter une pièce de théâtre d’une jeune auteure mauricienne avec un metteur en scène de la région. Nous allons donc placer des auteurs mauriciens jusqu’alors inconnus sur la scène à la prochaine édition du festival. L’argent donné pour le prix d’écriture dramatique permet en premier lieu de mettre en scène ces textes et par exemple, Ahmed Soumette a proposé de monter Citotec d’Anooradha Raghoonundun. Le président de la Commission internationale du théâtre francophone, Khalid Tamer nous a quant à lui assurés de son soutien pour les déplacements des artistes venant de pays africains ou du Canada. »
Ce poste constitue une des dépenses les plus lourdes à assurer dans le cadre de ce festival sachant que les partenariats avec Air France-Air Mauritius et la MTPA ont concerné les billets VIP et ceux des journalistes étrangers, les taxes demeurant à la charge des organisateurs, ainsi que quarante autres billets. Si ce festival génère une trentaine de partenaires, la plupart contribuent par échange de marchandise. Certains ont permis d’obtenir des prix plus bas pour par exemple la location du centre de conférence de Grand-Baie ou les équipements pour la lumière et la sonorisation. L’apport de l’Union européenne concerne un soutien au prix d’écriture dramatique. IBL a financé le prix Passe-Portes et Total, les master classes animées par Igor Mendjisky sur le jeu théâtral masqué, pendant deux jours.
Un pont sur Rodrigues
Autre nouveauté de cette édition, le spectacle pour enfants, Le bal des abeilles, a été présenté dans la semaine qui a suivi le festival, à deux cents enfants rodriguais, venus des écoles gouvernementales et privées, réunis au centre culturel de l’Alliance française à Malabar. Aussi les liens établis sur place ont-ils permis d’envisager la venue d’une pièce rodriguaise l’an prochain au festival. À la question de savoir quel public vise Passe-Portes, Catherine Swaguemakers nous assure veiller à une offre artistique suffisamment large pour attirer différents types de publics, allant du spectacle pour enfant à la variété française ou mauricienne, en passant par différentes formes de théâtre de la création intégrale en solo aux improvisations collectives en passant par l’exercice de style d’un Nigel Hollidge sur Shakespeare…
« En termes de prix, nous avons proposé différentes formules qui commencent à Rs 200 pour les moins de 25 ans sur les spectacles en compétition. Et nous avons aussi besoin de l’apport d’une clientèle au pouvoir d’achat supérieur, touristes et expatriés compris… » La localisation à Grand-Baie semble cependant priver le festival du public des Plaines-Wilhems pour ne prendre que cet exemple. Aussi envisagent-ils de proposer à l’avenir des spectacles à la fois dans le nord où très peu d’événements culturels ont lieu et dans le centre où vivent de nombreux amateurs de théâtre.
Ce festival qui a présenté en quelques jours des pièces de Maurice, de la Réunion, de Madagascar et des Comores aux côtés de celles venues de France et de Belgique, a généré de nouvelles synergies et renforce ses organisateurs dans la conviction qu’un gisement de créativité existe ici qui ne demandent qu’à être encouragés pour exister. « Il faut que les anciens fassent confiance aux jeunes artistes qui méritent vraiment d’être aidés. » Des master classes organisées régulièrement avec des professionnels pourraient aussi y contribuer…