Le Chief Executive Officer du groupe Beachcomber, Herbert Couacaud, sort de sa réserve pour évoquer quatre conditions de base en vue d’assurer une relance vigoureuse de l’industrie touristique mauricienne. L’objectif visé est de réaliser un potentiel de croissance de 15% en 2015 avec près de 160,000 arrivées additionnelles. C’est ce qu’il indique dans l’éditorial de la dernière édition de Beachnews, qui accueille également pour l’une des rares fois le président de l’Association des Hôtels et Restaurants de l’île Maurice (AHRIM), Gregory de Clerk. Ce dernier a fait un plaidoyer en faveur de 46 vols supplémentaires par semaine dans une tentative de combler le déficit entre le parc hôtelier et le nombre d’arrivées touristiques chaque année.
Cette dernière édition de Beachnews définit une Roadmap pour une reprise des activités dans le secteur du tourisme. Les mesures énoncées s’inscrivent dans le cadre d’une série de propositions des acteurs économiques d’un secteur en difficultés aux décideurs politiques à venir dans le sillage des prochaines élections générales. Le fait demeure que ce n’est pas tous les jours que le CEO de Beachcomber, l’un des plus importants groupes hôteliers, décide de s’engager publiquement dans le débat.
D’entrée de jeu, Herbert Couacaud remet en perspective «le principal problème, dont souffre le secteur est un sérieux déséquilibre entre l’offre  – la capacité d’accueil (hébergement touristique) et la demande – les arrivées touristiques ». A la fin de 2013, le nombre total de chambres disponibles, secteur hôtelier et non-hôtelier inclus, est de 17 676 avec une augmentation de la capacité en 2015 vu l’entrée en opération des établissements hôteliers en rénovation.
Le CEO de Beachcomber soutient que la conséquence majeure de ce déséquilibre se résume à une guerre des prix avec Maurice se transformant en une Discount Destination. « L’image de la destination haut de gamme chère aux autorités a souvent cédé la place à une destination bradée où on peut acheter un All-Inclusive à 40 euros par jour toutes taxes incluses », déclare-t-il sans ménagement. Il ajoute que des solutions existent en vue de renverser la tendance.
Herbert Couacaud se montre des plus audacieux en avançant qu’il existe un potentiel de croissance de 15%  l’année prochaine, soit avec 160 000 arrivées touristiques additionnelles alors que le ministère du Tourisme mise sur une croissance de 5% avec 50 000 arrivées additionnelles. Pour réaliser ce tour de force, il propose quatre conditions de base, à savoir établir la vocation d’Air Mauritius en tant que compagnie nationale au service du développement du pays, réduire le coût des billets d’avion, mettre en place une diplomatie pour soutenir des initiatives auprès des gouvernements des pays concernés et activer dans les meilleurs délais la restructuration de la Mauritius Tourism Promotion Authority en vue de l’adapter aux nouvelles ambitions fixées.
Le CEO de Beachcomber s’appesantit sur le fait que « la priorité des priorités pour le tourisme est de résoudre le déséquilibre structurel entre l’offre et la demande. Agir sur la demande passe par une politique de desserte aérienne appropriée ».
De son côté, le président de l’AHRIM prend la balle au bond en affirmant qu’il est «clair que nous devons simultanément stimuler les marchés cibles et assurer les dessertes aériennes appropriées, y compris la compétitivité du prix du billet d’avion ». Il situe le déficit de touristes par rapport au parc hôtelier dans la fourchette de 400 000 à 500 000 en ajoutant qu’il « est devenu urgent de combler ce déficit au plus vit afin de permettre au secteur dans son ensemble  de retrouver de la rentabilité ».
« Pour pouvoir  se donner une chance de rétablir un équilibre structurel, et redonner des couleurs à un secteur qui accumule des pertes opérationnelles depuis 2009, la destination a besoin de l’apport d’au moins 46 vols supplémentaires par semaine. Ce n’est pas rien », fait comprendre Gregory de Clerck dans une interview à Beachnews.
Le président de l’AHRIM  attire l’attention sur un fait pertinent par rapport à la croissance du parc hôtelier au cours de ces dernières années. « De 2010 à 2013, alors que le nombre de touristes a cru de 6,2%, la parc d’hébergement a cru de 8,9% en nombre de chambres. Mais fait plus intéressant, le nombre de chambres d’hôtel a cru de seulement 3,7% ». L’AHRIM réclame une révision de la promotion de l’industrie touristique. « Il y a un besoin fondamental de promouvoir l’île Maurice d’une manière différente en mettant en avant tous ses atouts diversifiés, en non plus seulement l’image de plage et lagon », ajoute-t-il.
Beachnew a entrepris un exercice pour démontrer où se trouvent les 160 000 touristes additionnels recherchés, soit 30 000 de la France avec une augmentation de la capacité et une baisse des tarifs, 30 000 touristes d’Allemagne  et d’Autriche avec des dessertes d’Air Mauritius et d’Emirates de Munich et de Francfort, 10 000 d’Italie avec une augmentation du nombre de sièges sur Meridiana Fly, 10 000 également d’Espagne, 70 000 de Chine avec les opérations accrues de China Southern Airlines et la venue de Hainan Airlines, 5 000 autres de la Réunion et 5 000 d’autres pays.
La finalité de cette Roadmap est de permettre au tourisme de renouer avec sa contribution de 6% au PIB dans les années à venir…